‹ Traite de versification françaiseChapitre 40 sur 51 · ODE · texte numérisé non relu

ODE

La poésie lyrique était primitivement chez les Grecs le chant accompagné de la lyre ; chez les modernes, la poésie lyrique est le chant intime de l'âme humaine,, de la douleur et de la joie, du désespoir et de l'enthousiasms, du bonheur et des cruautés de l'amour ; là c*est le chant patriotique, enflammé, l'excitation à la lutte, à la revanche contre l'ennemi vainqueur; le rythme est varié, les images hardies, brillantes, la langue audacieuse ef harmonieuse; l'oreille, l'esprit, le cœur, tout doit être ravi, saisi. L'ode en est l'expression ordinaire. L'ode était autrefois un poème destiné à être mis en musique; aujourd'hui, c'est une pièce de vers

DE VERSIFICATION FRANÇAISE ibc)

divisée en strophes semblables entre elles par le nombre et la mesure des vers. L'ode, « qui habite les grands espaces déserts, les nuages, les pics et les forêts » (Bersot), peut se diviser classiquement en ode héroïque, dont le sujet et le style sont nobles, élevés, et en ode anacréontique, dont le style et le sujet sont légers, gracieux; mais, d'ordinaire, l'ode exige des sujets grandioses qui intéressent une grande famille, une nation, l'humanité entière.

Il a paru, et avec raison, à Victor Hugo « que la froideur et la monotonie de Tode française n'étaient point dans l'essence de l'ode, mais seulement dans la forme que lui ont donnée jusqu'ici les poètes lyriques. Il lui a semblé que la cause de cette monotonie était dans l'abus des apostrophes, des exclamations, des prosopopées et autres figures véhémentes que l'on prodiguait dans l'ode; moyens de chaleur qui glacent lorsqu'ils sont trop multipliés et étourdissent au lieu d'émouvoir. Il a donc pensé que, si l'on plaçait le mouvement de l'ode dans les idées plutôt que dans les mots, si, de plus, on en asseyait la composition sur une idée fondamentale quelconque qui fût appropriée au sujet, et dont le développement s'appuyât dans toutes ses parties sur le développement de l'événement qu'elle raconterait, en substituant aux couleurs usées et fausses de la mythologie païenne, des couleurs neuves et vraies, l'on pourrait jeter dans l'ode quelque chose de l'intérêt du drame. »

l6o TRAITÉ

ODE ANACRE0NTIQ1TE

Mignonne, allons voir si la rose Qui ce matin avoit desclose Sa robe de pourpre au soleil A point perdu ceste vesprée Les plis de sa robe pourprée Et son teint au vostrc pareil.

Las ! voyez comme en peu d'espace, Mignonne, elle a dessus la place.

Las ! las ! ses beautez laissé cheoir !

O vrayment marastre Nature, Puisqu'une telle flsur ne dure Que du matin jusques au soir !

Donc, si vous me croyez, mignonne, Tandis que votre âge fleuronne En sa plus verte nouveauté.

Cueillez, cueillez vostre jeunesse :

Comme à ceste fleur, la vieillesse Fera ternir vostre beauté.

(Ronsard, Odes^ 1. I, xvir, A. Cassandre. Edit. Blanchemain.)

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