‹ Traite de versification françaiseChapitre 49 sur 51 · THEATRE TRAGÉDIE — COMÉDIE — DRAME · texte numérisé non relu

THEATRE TRAGÉDIE — COMÉDIE — DRAME

Une tragédie est une œuvre dramatique représentant une action héroïque propre à exciter

la terreur, la pitié et tous les grands et nobles mouvements de l'âme humaine; mais l'action tragique, qu'elle soit religieuse avec Eschyle, plus qu'humaine avec Sophocle, humaine avec Euripide, les trois plus grands tragiques grecs, héroïque avec Corneille, passionnée avec Racine, philosophique avec Voltaire, ne doit laisser aucune place au rire; le vers choisi doit toujours être un alexandrin, et les rimes plates, c'est-à-dire par couples de deux alternativement masculines et féminines. Il en est de même pour la Comédie d'intrigue, de mœurs, de caractère, d'où tout ce qui touche aux larmes doit être exclu. Le vers comique peut cependant s'écarter de la noblesse majestueuse et monotone de l'alexandrin. Pour le drame, mélange de la tragédie et de la comédie, Victor Hugo lui-même a exprimé quel était le vers convenable et du même coup critiqué la versification de la tragédie et de la comédie classique :

« Nou's voudrions un vers libre, franc, loyal, osant tout dire sans pruderie, tout exprimer sans recherche; passant d'une naturelle allure de la comédie à la tragédie» du sublime au grotesque; tour à tour pdaitif et poétique, tout ensemble artiste et inspiré, profond et soudain, large et vrai; sachant briser à propos et déplacer la césure pour déguiser sa monotonie d'alexandrin ; plus ami de l'enjambement qui l'allonge que de l'inversion qui l'embrouille; fidèle à la rime, cette esclave reine, cette suprême grâce de notre poésie, ce générateur de notre mètre; inépuisable dans la va-

riété de ses tours, insaisissable dans ses secrets d'élégance et de facture; prenant, comme Protée, mille formes sans changer de type et de caractère; fuyant la tirade; se jouant dans le dialogue; se cachant toujours derrière le personnage; s'occupant avant tout d'être à sa place, et lorsqu'il lui adviendrait d'être beau, n'étant beau en quelque sorte que par hasard, malgré lui et sans le savoir; lyrique, épique, dramatique, selon le besoin ; pouvant parcourir toute la gamme poétique, aller de haut en bas, des idées les plus élevées aux plus vulgaires, des plus bouffonnes aux plus graves, des plus extérieures aux plus abstraites, sans jamais sortir des limites d'une scène parlée. »

(V. Hugo, Pré/ace de ÇromwelL)

Nous ne donnons pas d'exemple de vers de comédie ni de tragédie ni de drame. C'est une omission volontaire, dont Sainte-Beuve excusait M. Crépet pour son livre des Poètes français en appréciant en ces termes Tœuvre de ce critique : a Tous les genres sont représentés dans ce livre depuis le sonnet jusqu'à Tépigramme, tous, un seul excepté, la poésie dramatique, dont les chefs-d'œuvre ne peuvent être cités ni dans leur entier, ni par fragments. Comment offrir au lecteur des scènes isolées, qui, séparées du tout harmonieux dont elles font partie, n'ont plus leur véritable sens? » Mieux vaut, en effet, s'abstenir que prétendre donner une idée de la comédie, de la tragédie ou du drame, en citant une scène détachée, un monologue du Cid, de Ruy-Blas, de V Avare.

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