‹ Traite de versification françaiseChapitre 50 sur 51 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Tel est le rapide aperçu des différents genres de la poésie, cette fleur de Thumanité, immortelle comme l'âme et qui s'est toujours épanouie en France, éblouissant le monde de ses multiples couleurs aux tons splendides et l'embaumant de ses parfums ineffables et salutaires.

Jeunes gens, aimez la poésie, la vraie, la saine, celle qui, dans ses inspirations, n'écoute et ne traduit que les grandes voix des belles choses, le devoir, l'honneur, l'amour, la patrie, le grand, le beau ; fuyez la poésie fausse, malsaine, celle qui ne s'adresse pas à vos plus nobles sentiments, à votre cœur, mais aux \ils instincts de l'homme, aux sens, celle qui oublie de vous parler des charges qui incombent à l'homme, pour ne vous glisser à Poreille que l'expression de brutalités, pour ne vous suggérer que l'image de plaisirs irréalisables, de rêves impossibles. Ne lisez pas ces vers inutiles, jeunes filles, où vous ne trouverez rien pour votre âge, où Ton se moque de vos délicieuses

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rêveries de jeune cœur qui s'ouvre à la vie, où Ton raille l'amour simple et ordinaire, le seul humain et le seul digne, où l'on ne vous parle pas des douleurs et des joies de la maternité, ni des petits enfants, ni des consolations et de l'orgueil des vieilles grand'méres, ni de la famille, cet abri inébranlable dans les plus grandes tempêtes. Mais je le sais, je Tespère, vous connaissez ce que vos pères et vos maîtres, ce que vos mères et vos institutrices attendent de vous; et grâce à vous, toute cette poésie qui ne vit que d'un titre bien trouvé, que d'une pièce scabreuse, que d'une image naturaliste, sera éphémère, et vous n'aimerez que la muse de la famille et de la patrie, mots qui résument tous nos droits et nos devoirs. Ainsi notre France gardera sa suprématie intellectuelle, comme Pa dit si bien mon maître et ami : c Actuellement la France de Rabelais et de Pascal, de Molière et de Montesquieu, de Bossuet et de Voltaire, de Corneille et de Racine, n'est pas descendue de ce piédestal où, pendant trois siècles, toutes les nations l'ont honorée comme la grande statue exemplaire! Jusqu'en i8i 5, l'Allemagne nous semble avoir tenu le principat intellectuel, de par Goethe et Schiller, Herder et Fichte; mais depuis la Restauration, date d'une seconde Renaissance; depuis l'apparition des Villemain, des Thierry, des Michelet; depuis l'avènement de Lamartine, de Musset, de Victor Hugo, quelle est la littérature dont l'Europe, même involontairement, proclame la suprématie irrécusable? C'est toujours la littérature française par des chefs-d'œuvre en tous genres et

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surtout en des genres nouveaux. Sans omettre les réserves du goût et de la morale, aimons ce xix« siècle français dont nous sommes les enfants et qui, dans notre pays, s'est attesté par de tels monuments de prose élevée et de poésie souveraine. Aimons ce siècle de tout notre patriotisme littéraire, car il nous a faits de nouveau les maîtres de la forme et de la pensée devant les peuples éblouis, car il a une fois de plus imposé notre génie à Pémulation de l'Europe, et j'oserai le dire, en imprimant à ce génie un caractère plus sympathique et plus humain encore, et par là peut-être plus durable. C'est que notre littérature du xix« siècle a sur ses aînées cet incontestable avantage d'être plus accessible à tous et plus aimante pour tous, d'exprimer des sentiments plus fraternels et des idées plus généreuses, de se révéler .plus philanthropique et, quoi qu'on dise, plus chrétienne, de porter sur elle-même le double signe des temps nouveaux, l'amour et la justice!

Devant cette revue du passé, en face de ce spectacle du présent que je n'ai fait qu'indiquer, mais dont on peut démêler déjà toutes les clartés rassurantes, le patriotisme littéraire me semble devoir- être raffermi, fortifié dans vos cœurs. Sur ce point comme pour toute autre chose, ne nous laissons pas aller au découragement malsain, à la stérile défaillance. Croyez-moi, l'emblème du présent et de l'avenir aussi, pour notre chère France, ce n'est pas le crépuscule, mais l'aurore émergeant des ténèbres de la nuit.

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Rappelez-vous cette scène immortelle du drame shakspearien où Juliette dit à Roméo :

« C'est le rossignol et non l'alouette dont la voix frappe ton oreille. » Et Roméo de répondre : a Non, ce n'est pas le rossignol, mais l'alouette, messagère du matin. /> Et nous aussi, parlons comme Roméo. Ce que nous entendons dans les voix confuses de la Patrie qui se relève ce n'est pas le rossignol, oiseau des deuils et des mélancolies, c'est l'alouette, symbole ailé, mélodieux témoin de la résurrection et de l'espérance !

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