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4* modèle.
Vers de huit syllabes et vers alexandrin :
Quand pourrai-je dire à Timpie :
Tremble, lâche, frémis d'effroi ; De ton Dieu la haine assoupie Est prête à s'éveiller sur toi.
Dans ta criminelle carrière, Tu ne mis jamais de barrière Entre sa crainte et tes fureurs ; Puisse mon heureuse prière D*un châtiment trop dû t'épargner les horreurs ! norss.
5' modèle,
Lastance de neuf vers peut encore avoir un repos après le cinquième vers, et finir par un quatrain :
Au bon vieux temps, où le gentil Ésope, ^ Pour débiter maint bon enseignement, Des animaux se fit le truchement, Point ne fut lors si parfait misanthrope Qui ne louât un tel amusement.
Aujourd'hui donc que notre cour abonde En discoureurs qui n'ont que du caquet. Pourquoi faut-il contre nous qu'elle gronde Pour avoir fait parler un perroquet? chauliriî.
Le plus beau des mois
Remplit notre attente :
La terre est riante ;
Déjà dans les bois
Le rossignol chante ;
Déjà les moutons
Paissent les herbettes,
Et font mille bonds
Au son des musettes, m'" drshoulikrrs.
6* modèle.
Enfin la stance de neuf vers peut se diviser en trois tercets :
250 CtfAMTHB Itl.
Ce peaple B'^veille, Qui dormait la veille
Sans penser à Dieu.
Les grands palais croulent ; Mille chars qui roulent Heurtent leur essieu ; Et la foule accrue Trouve en chaque rue Un fleuve de feu. v. hugo.
Écoutez 1 le canon gronde.
Il est temps qu'on lui réponde*
Le patient est le fort.
Éclatent donc les bordées I
Sur ces nefs intimidées,
Frégates, jetez la morti
Et qu'au souffle de vos bouches
Pondent ces vaisseaux farouches,
Broyés aux rochers du port 1 v. hugo.
Cette division oniforme est un peu monotone.
« Dans le genre gracieux et badin, dit Marmontel, la stance de neuf vers a quelque chose de plus libre et de plus léger que le dizain. » Cette observation nous conduit à blâmer Temploi que Sarrasin a fait de cette strophe dans une ode d'un genre élevé.
S 8. STAIfOB DB DIX VBRS.
La stance ou strophe de dix vers y ou le dizain, a un repos bien marqué après le quatrième vers, et un autre, plus faible, après le septième, en sorte qu'elle est partagée en un quatrain et en deux tercets.
Les poëtes du xvi"^ siècle faisaient des stances de dix alexandrins \ Ces stances ont de la lourdeur, et
I, Voyez la note à la fin du volume.
DES STàKGBS. 251
l'oreille n'en peut apprécier le rhythme symétrique : on a bien fait d'y renoncer. Marmontel, nous Tavons vu j ne permet pas qu'une strophe ait plus de six alexandrins. Les strophes de dix décasyllabes sont également tombées en désuétude.
La strophe isomètre de dix vers de sept ou de huit syllabes est la plus fréquente et la plus majestueuse.
4" fnodèle.
J'ai vu mes tristes journées Décliner vers leur penchant :
Au midi de mes années Je touchois à mou couchant.
La Mort, déployant ses ailes, Gouvroit d'ombres éternelles La clarté dont je jouis; Et, dans cette nuit funeste, Je cherchois en vain le reste De mes jours évanouis, rocss.
Fortune, dont la main couronne Les forfaits les plus inouïs, Du faux éclat qui t'environne Serons-nous toujours éblouis?
Jusques à quand, trompeuse idole, D'un culte honteux et frivole Honorerons-nous tes autels?
Verra4-on toujours tes caprices Consacrés par les sacrifices Et par rhommage des mortels? rouss.
Cette distribution des rimes est la plus symétrique, la plus harmonieuse et la plus ordinaire \
n La strophe de dix vers à trois pieds et demi » dit La Harpe, Tune des plus heureuses mesures qui
I. C'est à Ronsard et à son école qu'appartient Thonnetir d'avoir inventé cette strophe. Voyex, k la fin du volume, la note 44.
soient du domaine de Tode, a deux repoa où elle s'arrête successivement, et peut, dans son circuit, embrasser toutes sortes de tableaux^ comme elle peut s'allier à tous les tons... Une des plus harmonieuses, et qu'il (Rousseau) aie plus fréquemment employée, c'est la strophe de dix vers de huit syllabes. Si la mesure du vers ne peut avoir la pompe et la majesté (le l'alexandrin , la strophe entière y supplée par une marche nombreuse et périodique , qui suspend deux fois la phrase avant de la terminer, et par le rapprochement des rimes dont le son frappe plus souvent l'oreille : ces avantages la rendent propre aux grands effets de la poésie. »
Très-rarement cette strophe commence par une rime masculine:
Quand le ciel parmi nos dangers
Avoit horreur de nos prières,
Que les yeux des plus étrangers
Donnoient des pleurs à nos misères;
Quand nos maux alloient jusqu'au bout,
Que l'État ébranlé partout
Étoit prêt à changer de maître,
Il fit mourir notre douleur
Et perdre espérance au malheur
De la faire jamais renaître, thkopii.
%' modèle.
Il y a une autre strophe dans laquelle les rimes sont distribuées différemment. Elle est belle encore, quoique la cadence n'y soit pas aussi bien marqtiée ;
L*hiver, à qui la glace Hérissoit les cheveux, Enfin, selon nos vœux.
Au printemps a fait place.
Ces monts audacieux,
Qui presque dans les deux
Semblent porter leurs tètes,
De vert sont revêtus,
Et des coups des tempêtes
Ne sont plus combattus, maynabd.
Son trône deviendra l'asile De Torphelin persécuté ; Son équitable austérité Soutiendra le foible pupille.
Le pauvre, sous ce défenseur, Ne craindra plus que l'oppresseur Lui ravisse son héritage; Et le champ qu'il aura semé Ne deviendra plus le partage De l'usurpateur afiàmé. aocss.
Cette manière d'enlacer les rimes était fort usitée au XVII*' siècle. On la trouve dans Malherbe, Théophile, Racan, Corneille, Godeau, Brébeuf, etc.
1^ strophe suivante présente dans le sixain un agencement de rimes différent :
Que j'aime cette solitude 1
Que ces lieux sacrés à la nuit,
Éloignés du monde et du bruit.
Plaisent à mon inquiétude 1
Mon Dieu 1 que mes yeux sont contens
De voir ces bois, qui se trouvèrent
A la nativité du Temps,
Et que tous les siècles révèrent.
Être encore aussi beaux et verts
Qu'aux premiers jours de l'univers ! saint-amant.
Avant de passer aux autres modèles ^ nous devons ajouter quelques observations sur la strophe isomètre, qu'on peut considérer comme le véritable type de la strophe de dix vers.
Première remarque. Les repos après le quali*ième
254 C^APITEE XYl.
vers et le septième sont de rigueur. Malherbe n'observait pas d'abord le repos du septième^; mais il céda sur ce point aux conseils de son élève Maynard, qu'il considérait comme Thomme de France qui savait le mieux faire les vers. Auparavant, il partageait cette strophe en deux quatrains suivis d'un distique, ou en un quatrain, un distique et un quatrain , rhythmes moins variés et moins nombreux :
Les Parques d^une même soie Ne dévidèrent pas nos jours; Ni toujours par semblable voie Ne font les planètes leur cours.
Quoi que promette la Fortune, A la fin quand on l'importune, Ce qu'elle avoit fait prospérer Tombe du fatte au précipice; Et, pour l'avoir toujours propice, Il la faut toujours révérer, malh.
Tel qu'aux vagues éperdues Marche un fleuve impérieux, De qui les neiges fondues Rendent le cours furieux :
Rien n'est sûr en son rivage ; Ce qu'il trouve , il le ravage ; Et traînant comme buissons Les chênes et leurs racines, Ote aux campagnes voisines L'espérance des moissons*, malh.
Mais dans la plupart de ses odes, Malherbe met le deuxième repos après le septième vers. Il est juste de dire que Théophile , contemporain de Malherbe ,
I. U est bon de noter que Marot, dans ses pstumes, marquait déjà exac^ tement ces deux repos. Voyez, à la fin du volume, la note 44.
% C'est là une ancienne division de la stance de dix syllabes. Voyex Marmoatel, ilémenU de lUtéfêlure, article Stamci.
DEIS SUNCË». 255
fait toujours de même. Racan, au contraire i eut le tort de ne pas se rendre à Tobservation de Maynard. Du temps de Louis XIII et de Louis XIY , on partageait assez souvent la stanoe de dix vers en un sixain et en un quatrain. Cette méthode S plus heu* reuse que celle qui joint un distique à deux quatrains ^ aurait pu être consacrée; mais la méthode usitée est encore préférable.
Roi des saisons et des anoées, Soleil, dont les courses bornées Donnent Tordre à tout l'univers ; S'il est vrai que tu remédies Aux langoureuses maladies Par tant de royaumes divers :
Garde que Richelieu ne meure ; Vois son mal, et pour obliger Toute la France qui le pleure, Hâte-toi de le soulager, boisrobbrt.
Racine n'avait pas dans Toreille la véritable harmonie de ces strophes ; puisque dans la même ode, il les coupe tantôt après le sixième versi tantôt après le septième ' :
L'âme, heureusement captive^ Sous ton joug trouve la paix, Et s'abreuve d'une eau vive Qui ne s'épuise jamais.
Chacun peut boire en cette onde ; Elle invite tout le monde :
Biais nous courons follement Chercher des sources bourbeuses, Et des citernes trompeuses D'où l'eau fuit à tout moment.