‹ Traité de versification française où sont exposées les variations de l'accent tonique dans les vers françaisChapitre 110 sur 243 · I. Théophile Pavait déjà pratiquée · texte numérisé non relu

I. Théophile Pavait déjà pratiquée

). La Fontaine place le repw tantôt après le septième, tantôt après le huitième vers.

Et un peu avant :

0 Sagesse, ta parole Fit éclore Tunivers, Posa sur un double pôle La terre au milieu des airs.

Tu dis; et les deux parureot, Et tous les astres coururent Dans leur ordre se placer.

Avant les siècles tu règnes ; Et qui suifr-je, que tu daignes Jusqu'à moi te rabaisser?

Deuxième remarque. Nous avons vu (p. 222) des quatrains commencer et finir par une rime de même nature : c'était à la condition qu'une stance commençât par une rime masculine et la suivante par une rime féminine ^ et ainsi de suite alternativement.

Il aurait pu en être de même pour la stance de dix vers. Théophile a voulu la traiter sur ce pied; et, s'il n'a pas eu d'imitateurs , son essai n'est désavoué ni par les règles générales des stances ^ ni par l'harmonie :

L'eau de sa naturelle source Trouve assez de canaux ouverts Pour traîner par les plis divers La facilité de leur course :

Ses rivages sont verdissans.

Où des arbrisseaux fleurissans Ont toujours la racine fraîche; L*herbe y croit jusqu'à leur gravier, Mais une herbe que le bouvier N'apporta jamais à sa crèche.

Ces petits cailloux bigarrés En des diversités si belles, Où trouveroientrils des modèles

DES 8TAIICB8. 257

Qui les fissent mieux figurés?

La nature est inimitable, Et dans sa beauté Téritable Elle éclate si vivement, Que Tart gAte tous ses ouvrages, Et lui fait plutôt mille outrages, Qu*il ne lui donne un ornement,

3* modèle.

Vers (le huit syllabes et vers alexandrins ' :

Flambeau, dont la clarté féconde Fait vivre et mouvoir tous les corps ; Qui, sans épuiser tes trésors, Ne cesses d'enrichir le monde; Doux père des fruits et des fleurs , Qui par tes fertiles chaleurs Achèves leur vive peinture; Éternel arbitre des jours, Brillant époux de la nature, Soleil, adore Dieu qui gouverne ton cours, godkad.

4' modèle.

Mourante, hélas! en vastes dons Elle* épuise encor ses richesses, Et de sa voix les derniers sons Vous annoncèrent ses lai^esses.

Mais d'où part ce torrent de feu?

Devant moi s'ouvre l'empyrée.

Quelle est cette vierge sacrée, Qui sort sur un char lumineux?

4. Marmontcl blâme ce mélange. « Quelques poctes, dlMl, ont fait le dixaiii en vers de douze, mêlés de huit; mais la période me semble alors trop étendue, et sa marche est pénible et lente. C'est à la stance de quatre ou de six vers au plus que convient le vers héroïque. » Cette remarque s'applique sur* tout aux dizains dans lesquels il y a beaucoup d'alexandrins.

2t La princesse Anne-Cbarlottc de Lorraine,

258 CHAPITRB XVI.

Des éclairs de son front runivera se décore ,

Et la nuit se revêt des couleurs de Taurore*. «obirt.

5* modék.

Mais j'ai commis un grand blasphème

De douter de leur* équité;

Car de ta noire impiété

Tu te punis assez toi-même.

Leur courroux n'a point de tourmens

Qui s'égalent aux c^àtimens

Que ta mauvaise foi t'ordonne; Tes sévères bourreaux te suivent pas à pas,

Et, bien que le ciel te pardonne.

Ton remords étemel ne te pardonne pas. Touvant.

6* modèle.

Qu'un seul jour enfante d'alarmes!

Tes maux naisaoient : déjà les larmes

Gouloient de tous les yeux françois;

Cher prince , une crainte mortelle

Désoloit ce peuple fidèle

Fameux par l'amour de ses rois.

Mais le ciel, satisfait des premières menaces,

Fait luire des momens heureux; Et par ce prompt secours, nos actions de grâces

Se confondent avec nos vœux, la motte.

7* modèle.

Puissant dieu de la médecine, Viens luire sur notre horizon ; Fais-nous voir les effets de ta force divine, Viens lui donner la guérison ; Fais que les attraits et les grâces Conservent leurs premières places Dessus un visage si beau ;

i. Pal trouvé aussi ce type dans Corneille. Théophile en avait précédemment fait usage, mais il entremêlait différemment les rimes. 24 Des dieux.

DIS STARGBft. 259

Que de ses yeux brilians la cour soit éclairée ,

Et que le fils de Cythérée Y vienne tous les jours allumer son flambeca'.

8* modèh.

Us chantent refirh)yàble foudre

Qui, d'un mouvement si soudain ,

Partit de ta puissante mata

Pour mettre Pignerol en poudra;

Ils disent que tes bataillons ,

Gomme autant d'épais tourbillons > Ébranlèrent le roo jusque dans ses racines; Que même le vaincu t'eut pour libérateur, Et que tu lui bâtis sur ses propres ruines Un rempart étemel contre Tusurpateur. ciupsuirt*-

9« modèk.

Les cruels aquilons , la terreur des nochers ,

Luttant contre les vents qu'ils trouvent dans la plaine ,

Siillent horriblement, et de fa même haleine

Qui rend stables les flots, font trembler les rochers.

Éole, qui voit que la terre

S'ébranle en cette rude guerre ,

S'écrie et les rappelle en vain ;

Depuis qu'ils ont quitté son antre ,

On dirait qu'ils ont £ait dessein

De la jeter hors de son centre'.

40* modèle.

Oh! que bientôt sur mon rivage On verra luire de beaux jours!

Oh! combien de nouveaux amours Me viennent des rives du Tage 1

i. Pièce anonyme, de la première moitié du xvir siècle.

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