‹ Traité de versification française où sont exposées les variations de l'accent tonique dans les vers françaisChapitre 144 sur 243 · TE · texte numérisé non relu

TE

L'un avorte avant temps des œuvres qu'il eonçoit ; Ore il vous prend Macrobe, et lui donne le fouets

Dès lors cloitre ne rima plus avec paroitre. Mais, comme il arrive toujours, cette fausse rime a persisté longtemps lorsque l'oreille la condamnait, parce qu'elle avait pour elle l'approbation des yeux et l'exemple des poètes antérieurs.

Au XV* siècle, et plus tard, on trouve souvent j^ voy$,jâ m'en voys, pour J^ vays; mais primitivement oy avait le son de ay :

Au moustier w>y dont suis paroissienne, villon. Disans : Je m'en voys à l'église. coQuaLAET. Je vùy devant, il vient après, mbschinot. Je voy par nuit à l'étourdie \ Or a mon Dieu d'en haut ouï ma voix, Et mis à fin l'espoir qu'en lui j'avois. Sus, suivez-moi, au temple je m'envoti. lunoT.

Toutefois Je m'en t;ois Dire en sens Que je sens. id.

Et de même je foys, au lieu de je fais :

Un cheval suffit à la fois, Au roi une robe, un hostel S'il mengeue et boit ; je le foys Aussi bien que lui; j'ai los tel. xesghinot. Je foys savoir à qui le veut entendre, aabelais.

Quand la bivocale oi eut pris un son particulier, cette manière d'écrire vais, fais, n'était plus tolérable, et H. Estienna s'en est moqué :

N'étes-vous pas de très-grands fous De dire chouse, au lieu de chose?,,. Et pour trois mois, dire froos moas?

Pour je fay, vay, je foas, je voas?

U dit ailleurs : u Quant à quelques autres mots qui sont

i. Traduction de X Amphitryon d« Plaute, ptr Tautettr dt VÀn Me ifff damM.

bons de soy , mais qu'on gaste par quelques lettres qu'on y met au lieu d'autres , ou bien qu'on y adjoute ou oste , il amena pour exemple quand on dit : Je m'en y voy, pour je m'en yvay. Car je voy c'est video, comme j> vay c'est vodo. »

La Monnoye fait une remarque sur ces mots dans son édition des Contes de Bonaventure des Périers. Or, dormez tout votre saoul; je m'en vois (t. II , p. 50). « Je m'en vois. A l'antique, pour je m'en vais. Ceux qui disent je m^en vas tiennent de la prononciation de ceux dont se moque H. Estienne, lesquels pour je fais, je vais, àiseni je foas, je voas, »

Sans prétendre deviner la prononciation de Marot, nous nous contenterons d'établir que la tàusse rime du son ai et du son ai est fréquente dans ses poésies. Ainsi il associe les suivantes : prendroit^ endroit; faudroit, droit, je voudrois, trois ; j' aimois , mois; il suivoit, '\\voit; je songeais^ joie.

On trouve dans Ronsard : voix avec je pouvois, voit avec pleuvoit, carquois avec sentois, françois (prononcé français) avec lois et rois ;

Dans Régnier : faudroit, adroit ; accordois, doigts ; voulois, lois ;

Dans Malherbe : François (Français), sois.

Cette rime devient plus rare dans les grands poètes du xvu* siècle. Les exemples en sont encore trop nombreux , puisqu'alors elle était certainement vicieuse. U ne peut y avoir aucun doute à cet égard. On lit dans Port-Royal (1663) : « Mais il faut remarquer que les pluriels des imparfaits, comme ils aimoient, ils combattoient, n'ont pas la rime féminine, parce que l'e ne se prononce pas seul, mais ne fait qu'une même syllabe avec Voi, qui doit se prononcer (pour le dire ici en passant) comme ai : aimoient, comme si on écrivoit aimaient; et au singulier de même, aimoit comme aimait. » C'est donc une erreur de croire que ces rimes étaient bonnes du temps de Boileau et de Racine.

Et, s'il avoit affaire à quelque maladroit,

Le piège est bien tendu : sans doute il le perdroit. coen.

Si je le vis jamais et si je le connoi.

— Ne vieo&je pas de voir son père avecque toi?.,.

348 KOTES.

Voua me parlez en vain de ce que je connoi ;

Je vous ai vu combattre et commander sous moi. coa^c.

Durant les premiers ans du Parnasse françoU,

Le caprice tout seul faisoit toutes les lois. boil.

Qu'il s'en prenne à sa muse allemande en françoii.

Hais laissons Chapelain pour la dernière Tois...

L'honneur et la vertu n'osèrent piusparoUre;

La piété chercha les déserts et le cloître. id.

Ma colère revient, et je me recormois :

Immolons en partant trois ingrats à la fois. eac.

Tenez, voilà le cas qu'on fait de votre exploit.

-— Gomment, c'est un exploit que ma fille lisoit?...

Va, je t'achèterai le praticien (rançon.

Mais diantre ! il ne faut pas déchirer les exploits...

Et que plus d'une fois Elle arrêta la Paix, toute prèle à descendre

Sur l'empire françois *. id.

Il est de done Ignés, à ce que je connoi? — Oui, je m'en réjouis et pour vous et pour moi. mol. S'il ne songeoit à lui, que l'on le surprendroil ; Que l'on couchoit en joue et de plus d'un endroit... Tu sais qu'en pareil cas ce seroit avec joie Que je te le rendrois en la même monnoie, id.

Et l'on n'est souvent qu^un bourgeois :

C'est proprement le mal françois, la font. Mère écrevisse un jour à sa fille disait : Comme tu vas! bon Dieu! ne peux-tu marcher droit?.. Bien plus, si pour un sou d'orage en quelque endroit

S'amassoit d'une ou d'autre sorte.

L'homme en avoit sa part, et sa bourse en souffroit,,.

En a, comme on dit, la monnoie.

Pourvu que j'aie cette joie...

Claque des dents, et meurt quasi de froid : Le pèlerin, qui le tout observoit, etc. id.

Voltaire a souvent critiqué cette rime , et il en a pris Toccasion de justifier son orthographe. Nous approuvons sa crilîque, sans admettre son explication.

i. J'ai transcrit ici tous les exemples de Racliif.

« On prononçait alors connoi comme on récrivait \ et on le faisait rimer avec mai, toi. Aujourd'hui on prononce cannais, et cependant l'usage a prévalu d'écrire connais; c'est une inconséquence , ou je suis trompé , d'écrire d'une façon ,

et de prononcer de l'autre On s'est déjà aperçu combien

il est ridicule d'écrire de la même manière les François, qu'on prononce Français, et saint François, qu'on prononce François. Comment un étranger, en lisant anglois et danois, devinera-t-il qu'on prononce danois avec un o et anglais avec un a ? Mais il faut du temps pour corriger un abus introduit par le temps. ' — Voilà encore cannois ou connoi qui rime avec toi. Voilà une nouvelle preuve qu'on prononçait je cannois, ou bien je connoi en retranchant la lettre s, comme nous prononçons j"aperçoi5, je vois, lai, rai, tous les ai prononcés comme écrits avec l'o. Aujourd'hui qu'on prononce, je conr nais, Reparais, je verrais, j'aimerais, il est clair qu'il faut un a, — Rois et français (français). On prononçait alors françois, anglois, ce qui était très-dur à l'oreille. On dit aujourd'hui anglais, français ; mais les imprimeurs ne se sont pas encore défaits du ridicule usage d'imprimer avec o ce qui se prononce avec a. — Moi, je connoi. On prononce je cannais, et du temps même de Corneille, cette diphthongue ai était toujours prononcée ai dans tous les imparfaits, j'aurais, je ferais; auparavant on la prononçait comme toi, soi, loi. »

On aurait pu croire qu'une rime qui faisait déjà disparate au XVII* siècle , ne se serait pas maintenue au xvnr . Cependant elle y réparait encore quelquefois :

Nerwinde, où ses efforts guidèrent nos exploits, Éternisent sa vie, aussi bien que la gloire De Tempire français, rouss.

Je la fis en ce même endroit :

Je chantois, La Fare écrivoit.,.

Que riliade est un conte plus froid Que Cendriilon, Peau-d'Ane et Barbe-Bleue. Maître Houdard, peut-être on vous croiroit. id.

I. VolUlre dit plus bis le contridre, et avec plut de raliooi

Ainsi, par la bienveillance

De ce grand roi des Françoii,

Qui déjà dessous tes lois

Avoit remis la Provence, ghaulibu.

Qui, toujours entouré d'anchois Pendant sa podagre passée, D*un grand fromage polonais, etc. id.

Rousseau, conduit par Polymnie, Fit passer dans nos vers françois Ces sons nombreux, cette harmonie Qui donne la vie et la voix, etc. derxis. Trop resserré dans les bornes d'un cloître. Un tel mérite au loin se fait connoitre. ghessbt.

Voltaire lui-même a fait rimer saint François avec de Cha^ rolois, et Lamotte /rançow {français) avec rois.

L'ancienne prononciation , ou du moins la trace de cette prononciation, reparaît dans les rimes suivantes, où la diphthongue oi est accouplée fautivement à un é ou à son équivalent :

AUoit au branle \ et, maudit sois-je.

Il étoit aussi blanc que neige, saint-gelais. C'est par un cœur que du mien j'ai fait maître, Voyant en lui toutes yeritis accroître, mabot. Je sais que sais notre flamme telle être, Qu'elle ne peut davantage s'accroître, baïf. Ce seul espoir adoucit mon cmgoisse, II faut qu'il cesse ou que je prenne cesse, desportbs. Il sera, par l'effort d'une main toujours drotïe. Libre dans sa prison, vainqueur dans sa défaite, lemoinb. D'abord j'appréhendois que cette ardeur secrète Ne fût du noir esprit une surprise adroite, mol. Par comparaison donc, mon maître, s'il vous plaît. Quand on voit que la mer par l'orage s*accroit.,. Ho, hol les grands talens que votre esprit possède 1 Dirait-on qu'elle y touche, avec sa mine froide? id. Quel plaisir d'élever un enfant, qu'on voit croître Non plus comme un esclave élevé pour son maître, bac.

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