HIME
il reste constaté que , sous Charles II , il existait deux ma* nières de prononcer les imparfaits , en sorte que la bonne n'a point péri. On peut croire que la prononciation j'atmoë élait une altération introduite par les savants pour soumettre à un son uniforme la diphthongue oi. C'était une sorte de tyrannie dérivant de l'écriture.
Je résume mou opinion sur ce problème difficile. Je crois qu'on ne peut guère donner une solution unique. Le même signe a représenté deux sons différents , tantôt oi , tantôt ai. A mon avis , jamais on n'a prononcé en oi les imparfaits et les conditionnels, sauf la faible restriction que j'ai indiquée. On a vu que la notation même par un o de ces deux temps, n'était pas la plus ancienne.
D'autre part , jamais on n'a prononcé gloire, mémoire avec le son ai (glaire, mémoire) . Les mots français dérivés d'un mot latin ayant un o à sa désinence , et particulièrement la terminaison orins, oria, orium, après avoir conservé purement cet 0 dans les transcriptions primitives, ont été prononcés plus tard avec la bivocale oi. Ainsi gloria a donné glorie, glore, gloire. De même la prononciation pleine a dû toujours exister pour mémoire, victoire, ciboire, promontoire, méritoire, dortoir, lavoir, reposoir, cloître, poireau, voix (ital. voce)^ croix {croce\ etc.
Mais les mots qui ont un e dans le latin , et dans l'italien , qui est contemporain de notre langue , ont dû se prononcer d'abord par ai : roi, foi, loi, moi, toi, soi, voile, toile, étoile, étroit (lat. strictus, ital. stretto), droit {directes, diretto), coi (cheto) , froid (freddo), croire, boire, voir y devoir, croître, asseoir, etc. Il en est de même dans le cas plus rare où la voyelle latine est un i , comme dans niger, pix, piper, pirus, digitus, glis, qui sont devenus dans notre langue : noir (ital. nero), poix, poivre, poire^ doigt, loir.
Quand , au xvi* siècle, on a voulu, et avec raison , attribuer à chaque voyelle ou à chaque diphthongue une valeur uniforme, on a changé pour un grand nombre de mots la prononciation ai en ot. Telle était l'influence presque irrésistible des textes imprimés. Il n'y avait pas de raison pour que roi ne
sonnât pas comme gloire, toutefois, nous l'àVons vu, les imparfaits et conditionnels se sont soustraits à cette révolution, ou ne Tout subie que momentanément et partiellement. L'orthographe dite de Voltaire, qui a Hxé à jamais cette prononciation, n'est que la consécration défmitive d*un fait bien ancien, et ne méritait pas l'ignorante opposition de Charles Nodier.
4* La bivocale eu (prononcée u) , que nous avons conser\'ée dans le verbe avoir, j'ai eu, }*eus, et qu'on mettait encore il n*y a qu'un siècle dans une foule de mots, ne faisait pas primitivement une diphthongue. On disait eu (qui est encore une prononciation populaire*), véu, seu, connéu. Nous parlerons de cette diérèse dans la note 10.
On lit dans la Chanson de Roland , traîtur {traditôr, traître ) rimant avec empereur. Dans le même poème et dans la Chronique des ducs de Normandie , on voit meillur, pour meilleur ; dans Alexandre miliu, dans le Roman de Brut, liu, hurt et hurler (heurt, heurter); dans celui de Rou", lur, suletnent, seignur, sorur (sœur), paslur, honur. Encore dans Christine de Pisan aveugle est écrit avugle (à la rime).
D^autre part, la bivocale eu reçut dans notre langue, à une époque indéterminée, une prononciation distincte, que nous trouvons ABXisjeu, peu, deux, heureux, etc. 11 est clair que eu prononcé ueieu prononcé eu ne sauraient rimer.
Deux choses , cette remarque reviendra plus d'une fois , ont singulièrement contribué à altérer la prononciation : la notation de la parole par l'écriture , et dans cette transcription , l'absence des accents figurés. Peu (écrit, bien entendu, sans accent) a, par l'affaiblissement de Yé, produit pe-u; mais ce pe-u, qui ne différait pas beaucoup Aepéu, fut identique pour l'œil avec l'adverbe peu : ce qui a donné lieu à une fâcheuse confusion.
1. «11 (Malherbe) réprcnolt Racan de rimer eu avec vertu, parce qu'il dl- Mit qu'on prononçoit à Paris eu en deux syllabes. »(Yiê de Maiherhe, par Racan. } Le peuple dit aoasl e'vu (de avuto),
2. Je die des noms pour préciser ; mais cette manière d'écrire se trouve dan» beaucoup d*autres textes «aciens*
Il serait difficile de préciser à quelle époque le groupe de voyelles eu a coolmencé de prendre le son qu'il a aujourd'hui, n est certain que d'abord il ne fut qu'une notation différente de Vu, en sorte que la diversité d'orthographe n'empêchait point la parité des sons et la légitimité de la rime. Aujourd'hui la notation du son u par eu n'est restée que dans quelques temps du verbe avoir : feus, fai eu ^ j'eusse^ et dans le mot gageure, qui n'a conservé 1'^ que parce qu'on ne s'est pas avisé de mettre la cédille sous le g : autrement il aurait disparu , comme dans conçu, aperçu (conceu, aperceu).
On peut dire approximativement que c'est entre 1450 et 1550 que la rime du son u (écrit eu) avec le son eu est devenue fausse.
Comme nous l'avons vu , les textes très-^anciens présentent souvent n, au lieu de eu :
Mondes, en toi n'a fors peintures, Durtés, tribulations sures, (iubinàl.)
Plus tard on écrivait seures, qu'on prononça toujours 5t{re5.
Villon fait rimer cogneus avec nudz; et s'il accouple demeure avec meure {mûre), il est à croire qu'il prononçait demure.
Vers te même temps, Coquillart (14^8) nous montre comment on prononçait le mot seur {sûr) :
Si ce mignon, ut dicitur.
N'appartient à homme vivant, Il faut dire, pour le plus seur, etc.
On lit dans Marot :
Ainsi celui qui par vive foi voit
La mort du Christ, guérit de ma blessure,
El vit ailleurs plus qu'ici ne vivoit,
Que dis-jeplus? mais sans fin, je fasseure,
A la fin du xvi* siècle^ Pybrac montre par les vers suivants que cette prononciation s'était constamment maintenue :
Car le vert brun du bled, qui d'un éclat obscur Brille dedans les yeux, lui donne l'espoir seur Que de gerbe et de grain il oomblera ses granges*
On voit par là que la prononciation du mot seur et de ses composés a toujours été ce qu'elle est aujourd'hui : s4r, assurer, Pareillement/eti5 s'est toujours prononcé de même : BaïF, qui tenta d'introduire (1572) une nouvelle orthographe, destinée à noter exactement la prononciation , écvwdxi fusse, au lieu iefeusse.
On pourrait croire que la prononciation de eu était restée u dans tous les cas ; ce qui absoudrait bien des fausses rimes du XVI' et du xvii* siècle. Il est de fait que plusieurs provinces, telles que la Picardie et la Gascogne , ont encore cette manière de prononcer. « Les Picards , dit M. Génin , ont toujours affectionné la terminaison en u, et prononcé Diu, fiu, du fu, le /m, les yus^, » Le peuple prononce comme un u simple la première syllabe de Eugène, Eugénie, Eustache; il n'est pas rare d'entendre encore dire hurler. « Tout ce qui parle bien en France , dit Théodore de Bèze (1585), prononce htlreux, » Au commencement du xvr siècle, cette prononciation était connue, sinon générale, comme le prouvent ces deux vers à rime équivoque de Crétin :
Ains étrangers tenanl la plante heureuse (hureuse) Qui a produit telle ileur plantureuse.
hemsle Recueil des.pltts belles pièces des poètes françois, etc., publié chez Barbin (1692), on lit encore :
0 bien hûreux qui a passé son âge. saint-gelais.
Mais il est certain qu'au xvi« siècle, la prononciation actuelle de la bivocale eu était pratiquée. La phrase même de Théodore de Bèze prouve deux choses , d'abord que tout le monde prononçait eu la seconde syllabe, et implicitement, que la première se prononçait de deux façons. Ensuite nous avons un témoignage formel, celui de Sibilet, qui constate positivement (1548) la séparation opérée entre les mots écrits par eu. « Je trouverois rude, dit-il, de rimer heure contre nature, pour la différence du son, mais bien morsure avec asseure, >»
i. Det Varicktiom, etc., p. 33. Voyex encore p. 171.
La difficulté paraîtrait levée si Ranius ne venait jeter de nouveau un nuage sur la question, en rangeant sur la môme ligne les mots peur, seur, meur, dont il veut figurer la diphlhongue par un signe nouveau. C'est là une assimilation dont je lui laisse la responsabilité : je me contente de lui opposer Sibilet et les deux vers précités de Pybrac.
Je ne saurais dire si Marot prononçait denture, au lieu de demeure. Ce qui est certain, c'est que des poètes du xvr siècle ont employé sciemment la fausse rime en eur, quand l'un des deux mots avait le son ur, toujours par la même disposition à se payer de la vaine approbation des yeux.
On voit dans Coquillart les rimes suivantes : couleur et seur (sûr) , liseur et seur, docteur et seur ; dans Jean Le Maire : épaisseur et seur, demeures et meures (mûres) , ombrageux et sceus (je sus); dans Crétin : épaisseur et seur ; dans J. Marot : peur et seur; dans Saint-Gelais : peu et repe^i (repu) , deux et deus (dûs);
Daus Clément Marot : douceur, vigueur, successeur, danseur, intercesseur avec seur; sœurs avec seurs;je meurs avec meurs (mûrs); meure (verbe), demeure, pleure avec meure (mûre); voeu avec vev (vu); peii avec peu et repeu (pu et repu), etc. J'attribue au grand nom de Marot l'autorité donnée à cette rime, qui était assez rare avant lui.
Elle est fréquente dans Ronsard et son école. Les exemples en deviennent plus curieux, parce qu'à cette époque elle était indubitablement défectueuse :
Mais quand le ciel est triste et tout noir d'épaisseur, Et qu'il ne fait aux champs ni plaisant ni bien seuT\ ronsabd. Et qu'étant parvenu à son âge plus meur, Il ne se fâche point de porter ce labeur, du bellat. Ou quelque autre venin, dont aprèft avoir />eti, Nous sentons nos esprits nous laisser peu à peu. id. C'est la femme déjà meure :
La meure est toujours meilleure, baïf.
1. U fait encore rimer feu »»i vfu (vu', feu ei rej^eu, peu pt peu (pu'» queue et veue, etc.
3Sft N0TB8.
Mai vantera BOB fratcheuni,
Ses fruits meurs, asixiiu.
Un plomb environné de fumée et de feu,
Gomme un foudre éclatant, court par un bois touffeu. du bartas.
Et pour ne perdre point le renom que j'ai eu,
D*un bon mot du vieux temps je couvre tout mon jeu. Régnier.
Es cendres d'Alexis Amour nourrit le feu
Que jamais par mes pleurs éteindre je n*ai peu(pu). id. Que nous n'ayons les momens compassés, Et calculé les heures et minutes En ^attendant quasi à toutes meutes, rabblaib.
Ces rimes sont encore admises au commencement du XVII* siècle ; mais elles sont rares dans Técole de Malherbe. On trouve dans Théophile heure et meilleure avec ieure^ efomeures avec meures (mûres).
Quel remède à son mal vous semble le plus seur? Est-ce la violence, ou si c'est la douceur? mairbt. Un chacun admiroit la douceur de ses mœurs, Et la Mort, dont la faux toute chose moissonne, Voyoît de sa vertu naître des fruits si meurs. Qu'elle prit de ses ans le printemps pour l'automne, ragan. Sa bonté se montre à cette heure.
Et veut qu'on s*asseure, etc. monfcron.
Elles ne reparaissent plus dans Corneille, Molière, Boileau et Racine. Le seul La Fontaine persiste, là Gonune ailleurs, à suivre les traces des anciens :
Mars autrefois mit l'Olympe en émeute.
Certain sujet 6t naiire la dispute.
Il s'est servi deux fois de cette rime.
Voltaire a encore reproduit cet archaïsme dans la Benriade :
Près des bords de l'Iton et des rives de l'Eure, Est un champ fortuné, l'amour de la nature.
En 1704, Hamilton écrivait à Boileau :
Des bords de la rivière (J^Eure Lieux où, pour orner la nature, etc.
Très-anciennement on disait Eure :
Rtchault parla à li ; dessur Tève d'Eure, (bou.^
J'ai insisté sqr les trois fausses rimes qui précèdent, à cause de leur usage fréquent et prolongé. Il en est d'autres que j'indiquerai plus brièvement.
5"* Dans beaucoup de mots la bivocale at a été admise concurremment avec la voyelle a, lettre dP radical. On a dit ia char (d'où charnier, charnel, charnu) et la chair ^^ amer* et aimer, bagner (ital. bagnare) et baigner, gagner et gaigner, etc. L'adjectif clair prend la bivocale, et le substantif clarté conserve l'a.
L^usage de la double voyelle est très-ancien. On lit dans la Chronique des ducs de Normandie Br^taigne rimant fivec remaigne; dans le ron^an de liou, firelaigne, E9paigne^ etc. Et dans Rutebeuf :
Jamais n'iert jour que ne s'en plaigne Et Navarre et Brie et Qiampaigne.
Encore au xvi* siècle, on écrivait généralement montaigne, compaigne, paige, langaige, saige, etc. Comme on ne dit plus aujourd'hui b(igner ni gaign^^ plusieurs rimes ou figurent les mots précédents sont devenues fausses.
Ainsi dans Christine dePisan : conraige et ai-je;
Dans Villon : Bretaigne et enseigne;
Dans Coquillart : langaige et que sai-je, Allemaigne et ^seigne; gaige, paige et neige;
Dans J. Marot : montaignes et enseignes, baigne et Bretaigne, déclaire (déclare) et éclaire;
Dans Cl. Marot : montaigne et baigne, gaigne et baigne, déclaire et austère;
Dans Ronsard : accompaigne et baigne, montaignes et dédaignes;
Dans Du Bellay : accompaigne et dédaigne.
&" Les finales en ogne et oigne, qui sont aujourd'hui distinctes , ne formaient primitivement qu'une même désinence.
1. L'auteur de VAn des sept dames, ayant Imprimé chair, met dans son errata : « Pour chair y doit avoir char; car chair c*cst françoU parisien. »
2. Marot fait encore rimer qui l'ame avec dme. Kous avons conservé amant.
L't était intercalé fort anciennement : on voit dans la Chanson de Roland Borgoigne, dans la Chronique des ducs de Normandie besoigne, et dans Wace Borgoigne ^^ Coloigne, besoigne, etc. Il se conservait au xvi* siècle , ou était remplacé par une n, ou ces deux lettres figuraient concurremment : on écrivait Bourgoigne, Bourgongne ou Bourgoingne, et avec les mêmes variétés vergoigne, cigoigne, roignons, coigner, groigner, etc. Nous ne disons plus que vergogne, cigogne, be^ sogne^ cogner, grogner; mais l't est resté dans quelques verbes, comme éloigner, témoigner. De là des rimes défectueuses.
On trouve dans Christine de Pisan : élongne (nous disons éloigne) et Bourgongne, témoingne et Bourgoingne, besoingne et éloingne.
Le cardinal Du Perron fait rimer cigoigne avec éloigne. Au
contraire Sarrasin a dit :
Puisque Voiture s'ilogne, Je in*en vais dans la Pologne.
7^ La prononciation fautive a, au lieu de e, a été critiquée par Henri Estienne :
En la Qn, vous direz la guarre, Place Maubart et frère Piarre.
Elle donne lieu a beaucoup de fausses rimes. Dans une strophe des Sept articles de la Foi, par Jean de Meung, où les vers riment des deux dernières sylUbes, nous voyons :
0 glorieuse Trinité,
Un seul Dieu en vraie unité,
Et trois singulières personnes, , .
Qui mon Dieu de toutes parts sonnes.
Villon fait rimer barre avec erre, Marne avec hiverne, Lombart avec Robert, et Marot avertit en note qu'il faut prononcer Robart, et non Robert.
i. Pour toutes ces formes H est impossible de retrouver )a main de l'au^ teur. J*ai noté dans Rutebeuf Borgoingne, besoigne, tesmoigne; mais nous n*avons là que le système du copiste. I^i grande édition de Ronsard écrit hetongne, Bourgongne*
On voit dans Coquillart/wm^ rimant avec gendarnie.
Or eât Montjoie, alors premier roi d'armes, Homme discret, très-élégant en termes, i. marot.
Ailleurs , le même poëte associe vacarmes ei fermes, alarme et ferme, dame et gemme.
Une anecdote du xv siècle contient un jeu de mots fondé sur cette permutation de lettres. Louis XI se plaignait que le vin d'une certaine année fût mauvais : C'est, lui répondit-on, que les sarmens {sarmens et sermens) n'ont pas tenu.
Cette prononciation s'est conservée dans certaines campagnes. On y dit encore /anw^, au lieu Afferme. Molière, chez lequel il est si curieux de retrouver quelques-uns de nos anciens patois, a fait usage de celui-ci dans quelques scènes du Festin de Pierre. On voit dans une seule page les mots suivants : renvarsés dans la mar, mottes de tarre, bian, envars nous, barlue, un varre de vin, sarmonné, Piarrot, je me pardois.
Hier prononcé hiar a donné le composé arsoir ou harsoir, qui s*est longtemps maintenu :
Arsoir Désir tout à coup vint s'offrir, crétin.
On lit dans les Contes de Bonaventure des Périers : « Il monte après, deifait le beau pavillon de sarges de diverses couleurs qui y estoit. » Voici la note de La Monnoye sur ce passage : <« Toute la cour, du temps de M. Yaugelas, qui le rapporte ainsi dans ses Remarques imprimées en 1646, disoit ^ar^^. Il y a longtemps que toute la France ne dit plus que serge. »
Au reste, cette permutation de lettres est ancienne; et si nous avons vu jusqu'ici des è prononcés a, il y a aussi beaucoup d'exemples de l'emploi de Vè au lieu de l'a. Le mot lerme est fréquent dans les anciens textes \ notamment dans la Chronique des ducs de Normandie :
I. On lit dans Christine de Plsan : « Seuiette à part, et estratgnant à grand peine les lermes qui ma vue troublent » Les éditions d'Alain Cbartler présentent le mot lann$ àu milieu d'ttne série de rimes en erme» (Test l9rmi qu'il fiwi restituer.
Que c'est merveille en tant de ferme Où porent trover tante lerme, bbnoist.
On trouve dans les vieux textes espergne pour épargne, et souvent entéché pour entaché, etc. Ex. :
Âins dépendent en la taverne
Tout leur gaaîng et leur espergne^ (a. hi^ là bose.)
Qui connoissois si bien mes teiches.
Pour qui mort je brisai mes flèches, (ib.)
Notre oiot guitarre a été chiterre et guiterre :
Gomme Amphion tira les gros quartiers de pierre, Pour enimurer sa ville au son de sa guiterre, ronsabd.
Les deux noms propres Ysambert et Ysambart, fort répandus dans la Beauce, attestent la double prononciation.
S"" L'o des Latins et son analogue au (devenu o en italien), sont représentés dans notre langue tantôt par o, tantât par ou : notre, voire, rose, chose, poser, oser, et d'un autre cèté, nous, vous, amour, assoupir, oublier.
La répartition de ces lettres est aujourd'hui bien arrêtée. Mais quand notre langue était encore en travail de formation , certains mots s'écrivaient et se prononçaient tantôt par 0, tantôt par ou. L'on trouve souvent chouse, arrouser, approucher, reprofocher :
Âsséuré Tôt de sa bouche,
Mais Raison Ten donne reprouche^.
J'ai noté dans le Roman de la Rose reprouche, proujite, fourment, et arrousa dans le Nouveau recueil de M. Jubinal. Villon fait rimer arouse avec douze. II met ailleurs :
Tous mes cinq sens, yeux, oreilles et bouche, Le nez, et vous, le sensitif aussi.
Tous mes membres où il y a reproche.
Souvent , comme dans ce passage , on écrit par o, quand il faut prononcer ou.
1. Je transcris un bon manuscrit. Je vols épargne dans une édiUon.