Traduction de GuUlaume de Tyr, antérieure à 12M
BIMEt 363
J'ai transcrit d'un Vocabulaire latin-français , imprimé en 1487, les mots suivants : arrouser^ arrousetnent, rouséeK
 cette époque , et pendant une grande partie du xvi* siè^ cle , la bivocale ou prédominait. Ex. :
Ainsi marchoit de tout honneur la souche;
Et tout ainsi qu'aimant tire et approche
Le fer à lui , sans qu'en rien il lui touche, e(c. ;. mabot*
Tu fuis la mort j elle de toi 8*approuche.
Fais que ce bien soit en toi retenu,
Qui vaille honneur et véritable bouche, mbsghinot.
Les insipides jeux de mots que Guill. Crétin rechercha dans ses rimes équivoques et autres, ont du ipoins Tavantage de nous fournir de curieux renseignements sur la prononciation. Les vers suivants montrent qu'il prononçait praumesse, approucher :
Arsoir Désir tout à coup vint s'offrir.
Crainte avec lui; or il convient souffrir...
Donner pour Dieu, acconuplir vœux, prom$isei.
Chanter psaotiers, vigiles et prou messes...
Plus cher prétend éloigner qu'approcher^
Prou cher aura, se bon grain et or dure.
Cl. Harot écrit souvent approucher et autres mots analogues; mais je ne les trouve pas à la rime , et les exemples en seraient moins frappants.
François 1" prononçait et écrivait ainsi. On lit dans une de ses lettres* : « Perot s'en est fouy, qui ne s'est pas oii5d trouver devant moy. »
Meigret, qui notait exactement la prononciation daps sa nouvelle orthographe , écrit pourtrait.
Henri Estienne s'est moqué de cette manière de prononcer :
Si tant vous aimez le son doux, N*étes-vous pas de très-grands fous Do dire chouse, au lieu de chose?
De ûire i'ouse, au lieu de f ose?
|. L*auteur de l'An des sept dames, après avoir mU form d9f» mu t^xte, avertit dans TerraU quil faut Ur« founne. 2. Génin, Des Variations dulangage français, etc. ^ p. 291.
Il dit ailleurs : «< Autant en est-il de chose et de chouse, de costé et de causté; car chouse et cousté, comme on pi'ononce à la cour, plaisent au dict Philausone ; chose et costé, selon la prononciation ordinaire , plaisent aux autres. Autant en est-il de quelques autres, qui sont escrits en quelques lieux par ou, et ailleurs par o seulement. »
On voit dans Rabelais combien cette substitution de la bivocale ou à la voyelle o avait prévalu de son temps. Je transcris seulement quelques mots : rousée, gousier, courbeau^ chouse, pourte, repous, pentecouste, houste (hôte), propous, suboumer, expouse (expose)^ ouste (ôte), etc.
La Fontaine , ce fanatique imitateur des anciens, a osé conserver ou plutôt exhumer la rime épouse et arrouse.
9^ On peut remarquer une affinité de vieille date entre les bivocales eu et ou. On dit encore : je veux et vouloir, mourir et meurs, émeut et émouvoir, preuve eiprouver, vœu et vouer, nœud et nouer, saveur et savourer, ceuvre et ouvrier, bosuf et bouvier, ccBur et courage, neuf et nouveau, deux et douze, gueule * et goulet f goulot, goulu, etc. Mais chacune de ces formes est la seule qui soit en usage ; au lieu que jadis plusieurs mots admettaient indifféremment les deux diphthongues : demourer et demeurer, trouver et treuver, découvrir et décceuvrir, etc. On ne dit plus demourer ', ni treuve, ni décosuvre. Ce dernier n'est pas arrivé jusqu'à Malherbe :
Pour recoDtinuer ceste œuvre,
Si que par Tun l'autre recuevre, (a. db ia ross.} Suivant propos, trop sont mes ennemis Pour leur enfer, que par écrit j'ai mis. Où quelque peu de leurs tours je décaume: Là me veut-on grand mal pour petit œuvre, marot.
I. On a àXigouU, et Ratebeuf fait rimer ce mot avec coule; G*est encore aujourd'hui une prononciation populaire.
S. De même le mot peur a complètement remplacé poour et paour. Vo des Latins a d*abordété conservé ou changé en u : hontot, glorioi, orgueil' lue, merveillus (Benoist de Saint-More) ; ou a succédé; la bWoeale eu n'en ▼enoe que la dernière^
Je le savois, et savois mettre en œuvre
Tous les secrets que son livre découvre, du bbllat.
Mais treuve a persisté jusqu'au règne de Louis XIV :
Et toi à moi fais connoitre par preuve Qu'ami plus franc au monde ne se treuve. marot. A peine en leur grand nombre une seule se treuve De qui la foi survive, et qui fasse la preuve, malh. Car loin de vous je ne treuve.
Quelque chose que j'épreuve, etc. matnard. Mais en Tétat où je me treuve, Qu'est-il besoin de cette preuve? voiture. Non, Tamour que je sens pour cette jeune veuve Ne ferme point mes yenx aux défauts qu'on lui treuve. mol.
Quant à la somme de la veuve , Voici, leur dirent-ils, ce que le conseil treuve. la font.
On dit moins encore noud (au lieu de nceud) , forme qui s'est maintenue pendant une partie du xvi* siècle :
Portent sur eux des cordes à gros nouds, Pour lui lier les jambes et genoux, marot. Qu'eusse* je fait? l'archet éloit si doux, Si doux son feu, si doux l'or de ses nouds, Qu'en leurs filets encore je m'oublie, ronsard.
Dans un recueil des poésies d'Héroët se trouve une pièce attribuée à Marot I où on lit ces deux vers :
Car en amour fut si irès^malheurouse , Après l'effet que de moi fut jalouse.
10® Passons aux fausses rimes provenant des consonnes.
Il est certain que, dans le principe, on prononça toutes les consonnes. II l'est également que plus tard, du xur à la fin du XVI* siècle, on ne faisait généralement pas sentir les consonnes finales ; et dans le cas des doubles consonnes médiales, on en omettait souvent une. La prononciation moderne est un mélange capricieux de ces deux systèmes, et l'on va voir combien il en e^t résulté de rimes défectueuses. Mais elles disparaissent au siècle de Louis XIV.
Examinons d'abord le cas de deux consonnes médiales.
S muette et s sonore : arreste et reste. Celte rime a pu être
légitime à deux éi^dques : quand on prononçait I'^ dans les deux mots, et quand on ne la prononçait dans aucun. Elle est fausse aujourd'hui, et au moins depuis le xvii» siècle.
J'extrais du Nouveau recueil des contes et fabliaux , publié par M. Jubinal, les rimes suivantes : prestre et senestre, iempeste et geste, feste et geste, estre et terrestre, teste et moleste ;
Du Roman de la Rose : maistre et terrestre^ requeste et
moleste ;
De Villon : honneste et admoneste ;
ïieMeschmoi: preste, appreste, arreste, reste;
De Coquillart : deshonneste et admoneste;
De J. Marot : teste et geste, tempeste et céleste;
De Cl. Marot : estre et terrestre^ teste et peste, tempeste et moleste, honeste et admoneste, maistre et senestre ;
De Saint-Gelais : estre et terrestre;
De Ronsard et de Régnier : teste et admoneste ;
De Rabelais : honneste et céleste;
De Pybrac : comparoistre et terrestre,
D*après le témoignage de Pasquier, la double prononciation a existé au xvi« siècle : « Mais peUt-estre que quelque jour viendront-ils (les mots espèce et espérer) au rang des autres ; aussi bien que de nostre temps ce mot d'honneste, auquel dans ma jeunesse j'ay veu prononcer la lettre de s, s'est maintenant tourné en e fort long. » Mais c*est là une nouvelle preuve de l'extrême incertitude de la prononciation à cette époque ; car il est constant que, déjà depuis plusieurs siècles, r^ était devenue muette dans ces mots ; témoin un passage de Coquillart , qui fait rimer sornette avec admoneste (admonéte). El ces deux autres , de V Amphitryon * :
Je te prie que veuilles mettre Les poings un peu jus de ma tests :
Et maintenant la paix soit faite...
Je t'apprendrai à te jouer