Tant de chefs, de tAtiea
4. Et pareillement en prose. VtUebardouln écrit toujours les nés ( accent, bien entendu )*
avec dessers daos Marot. Alors on prononçait encore sère, comme dans cerf -volant. Une preuve , entre autres , nous en est fournie par deux vers de J. Marot en rime équivoque :
Que désormais me faille êlre asservie; Mais au contraire ai donné aux serfs me,
Ia rime de clef avec chef, légitime alors, est fausse aujourd'hui :
Heureusement ton dard n'est que la clef Pour aller voir Jésus-Christ notre chef, marot.
Pareillement 1*/ ne se faisait pas sentir dans les mots en if, et même elle n'est pas écrite dans les vieux textes. Vis, pensis, chaitis ou cheitis^^ massis^ pour vifs, pensifs, chétifs, massifs, sont fréquents dans nos anciens romans. De même on prononçait , et souvent on écrivait Jui, au lieu de Juif,
Nous trouvons encore dans le Roman de la Rose :
Comme sers et cheitis et nices.
Et dans le Nouveau recueil de M. Jubinal :
Un mal li envoia, dont il fu si acquis,
Qu*il n'out en tout son ost garçon tant fust chétis.
Cette prononciation explique beaucoup de fausses rimes qu'on trouve encore au xvi' siècle :
Dont puis conter qu*à celle heure je vis
Piteusement les morts tuer les vifs, i, marot.
Est agitée * : ainsi vous êtes, Juifs,
De tous côtés déchassés et fuïs. marot. Que j'aimerois bien mieux, chargé d'âge et d'ennuis, Me voir à Rome pauvre, entre les mains des Juys*! régnier. Vous ressemblez à ceux qui font les tragédies, Lesquels, sans les jouer, demeurent tout craintifs, Et en donnent la charge aux nouveaux apprentifs. ronsard.
i. Cette prononciation 8*est conservée en Bourgogne, où Ton dit encore êheti, ou plutôt eh' H,
S. La nacelle.
3. On lit ainsi dans l'édition de 160S. C'est postérieurement qu'on • substitué Juifs,
RIMB. 373
Ronsard en son métier n*étoit qu'un apprentif: Il avoit le cerveau fantastique et rétif, kégnibb.
Nous mentionnerons encore les exemples suivants :
De Villon : massifs et mercis;
De Crétin : natifs et jadis (s muette) ;
De Le Maire : massifs et trente-six (s muette) ;
De Marot : vifs et avis, massifs et raccourcis, craintifs et petits, craintifs et gentils, excessifs et châssis. La rime cq>^ prentifs et gentils est restée légitime.
On est choqué de voir dans La Fontaine apprentif rimant avec inventif.
Par suite du même principe , Villon fait rimer neufs avec cheveux; Marot et Saint-^Gelais, neufs avec nceuds. Dans les campagnes on dit encore : des souliers neus,
l?"" L finale est muette dans un grand nombre de mots : fusil, gentil, outil, coutily sourcil, La même lettre ne se fait également pas sentir dans fUs. Ces mots ne sauraient donc rimer avec une finale dans laquelle il conserverait toute sa valeur , comme subtil, exil, dit-il.
Les anciens ne faisaient pas cette distinction entre des mots écrits de même. Us prononçaient subti, conune genti. De là encore nombre de rimes devenues fausses :
Car n'est dolors, mais ne périls Dont par maintes fois n*ait garis. bbnoist. Car voici de quoi je me ris, El dont je me rirai toujours :
Car de tous mes maux et périls Elle me bailla deux 6ns tours, coquillaet. Afin, mon Dieu, qu*à mes maux et périls N'invoque toi ne tes saints esperits. marot.
Villon fait rimer périls avec Paris, subtils avec voultis ; il réunit les cinq rimes suivantes : cil (celui) , persil, sourcil^ exil, subtil; et ailleurs Saint-Denis, Aulnis y périls, je péris, barils ;
Et J. Le Maire : outils, gentils, subtils.
Quand les poètes se rapprochent de notre époque , cette rime devient rtpréhensible dans leurs écrits :
C'est toi, courtois et gentil
Qui d'exil Retires ces passagères, bbllbau*
Du Bellay fait rimer subtils avec outib, et Rabelais , subiils avec gentils et outils.
La Fontaine n*avait pour excuse que l'exemple des anciens quand il écrivait les vers suivants :
Eq ce cas-là je les prendrai, dit-il.
L'histoire eu est aussitôt dispersée; Et boquilIoDS de perdre leur outil.
La prononciation dtï-y s'est conservée dans le langage populaire.
Du Bellay a eu raison de faire rintier sourdl avec «è ^ ; il a eu tort d'altérer l'orthographe du premier mot , et d'écrire sourd. C'était l'habitude de ce temps.
Cruel s'est prononcé crue : d'où la rime cruels avec tués, autels avec beautés, qu'on trouve dans Varot, et qu'approuve Sibilet. La prononciation cié, au lieu de ciel, est attesta dans un passage de Rabelais : il parle de ces glorieux de court, de ces transposeurs de mots, qui composaient des rébus, faisant pourtraire un lit sans ciel, pour un licencié^. Ex. :
Apprenez, enfaas, et notez :
Aucuns y a qui ont beau faire Gentilshommes de bons hôtels, goquillart.
On prononçait pareillement seu, au lieu de sml : Us étoient, ce crois-je, tous deux En leur chambre enfermés tous seuls, goquillaat.
Dans bien des campagnes on dit encore queu pour quel, gueuque pour quelque.
Nul se prononçait nu, et s'écrivait anciennement nus. Je vois encore dans Meschinot nuls rimant avec nuds et retenus.
18° Plusieurs a^utres consonnes finales s'éteignaient dans la prononciation. De ce nombre était la lettre x, que les vieux