HIATUS
aussi qui plaisent et qu'il convenait d'épargner. Les anciens trouvaient une singulière mollesse dans les noms propres de Chloé, Danaê, Lais, Leucothoë ; quoi de plus doux à prononcer que notre verbe impersonnel il y a? Les élisions d'ailleurs ne font-elles pas souvent un plus mauvais effet que les hiatus? et pourtant on les tolère. La Fontaine et Molière se sont donc avec raison permis d'oublier par moments la règle trop exclusive de Malherbe. »
Le môme critique ajoute, en note, ces objections élevées contre la nouvelle règle par mademoiselle de Goumay. « Après tout , si nous observons ces belles instructions d'aujourd'hui sur les heurts de voyelles, nous ne dirons plus ji^ à peu, çà et là, entre cy et là, étant néanmoins à conclure en passant que tous les adverbes ne sont qu'un mot, encore qu'ils soient en diverses pièces ; plus aussi mari et femme, père et enfansy toi et elle, toi et moi, tu as, tu es, il y a, qui est-ce, en terre et aux deux... Non-seulement il ne nous faut plus finir et commencer deux vers de suite par voyelles ou vocales, si ce baaillement est crime, la fin de l'un étant fort liée au commencement de l'autre ; mais , si nous ne disons cet entre cy et là, il ne faut plus dire liez-la; si nous ne disons oii étes^ il ne faut plus dire mouette et poètes ; si nous ne disons et elle, il ne faut plus dire moelle ou ruelle; si nous ne disons qui est-ce, il ne faut plus dire déesse ou liesse, etc. »
Pour donner une dernière preuve des inconvénients de la règle trop absolue de l'hiatus , et de son inconséquence, puisqu'elle a pour but le plaisir de l'oreille, nous citerons deux vers de La Fontaine :
Quand l'absurde est outré, Von lui fait trop d'honneur... Une vache était là: Von l'appelle; elle vient.
Youlez^vous supprimer la cacophonie qui choque dans ces vers? dites avec l'hiatus :
Quand l'absurde est outré, on lui fait trop d'honneur... Une vache était là : on l'appelle ; elle vient.
La Fontaine , a-t-il été dit , s'est quelquefois affranchi de la règle de l'hiatus. Nous en avons déjà donné des exemples p. 56
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Ou p^ut jouter loa suivant^ : £t (je) n'y étoi^, ;4 «^ M^ ni wi ni non, Pie¥ ut ramn, pw^que chapitre y q, U p'est personne qui ii'avoue^que Dieu f( rat^n est tr^ST^oux, et qui w trouve I au çoQtrairç, l^^uPQup de dureté dftAs (^t hémi^Uche du même poète : affligée et hont<Wi'
NOTK 5 (page 67),
Souvent, dans nos très-anciennes poésies , les monoçyUabei j^, ç€f 9e, ne, gm, ne souffrent pas Télision. Cela vient aanf doute de ce que Ve n'était pas muet , comme il l'e^t aujour-<^ d'bui : il affectait la prononciation tanu^t da Vq^ tantdt de ifn^ tantôt probablement de refermé.
La première de ces prononciations n'est pas douteuse • puisque l'ancienne écriture en fait foi. Le pronom je était prinûtivement jo ou jeo, ce était ço ou çeo (vpyez RiiNOUiai) , Grammaire 4e la, langue romane^ 1. 1, p. $2 et suiv.) : c'est l'italien io, cio. Quant à se, ne, que, ils pouvaient prendre Yé fermé , comme dans la prononciation italienne*
Quoi qu'il en soit , l'omission de ces élisions e^t extrêmement fréquente ;
Dit Olivier : Jo ai païens véus. (bolani».) Ne vous ne il n'y porterez le pied...
S$ il fust vif, jo l'eusse amené...
Puisque il est sur son cheval monté. ( n|.) Et (lient bien que ils se combattront En quelque lieu que ils se troveront. (6AH|f.) Ce estrisle de la déesse, (brut.) Et $e il tost ne la rendoit...
Jo et tote cesle compaigne...
Sachiez que ils le vengeront, (ib.) Et se il commandeit, avec li s* en ireit. (aou.) For ço a vint souvent que par sort qu'iU jetoient. (ib. )
Conta, ne baron, ne évesque. BBNOist.
9if9 semble que il soit hardi et gentil b^m. (AtSBAimB.)
ÉLI8I0M QIII8S. 395
Sire, c^ a dit Bertbe, par Dieu omnipotent, (bibtbr.) Mandez li qu'à moi vienne, bâte^çM^ po lequière. (ib.) Nous dirons q^e après irons tous bellement, (jçbinal.) De femme ce est la nature, (ib ) De qui je ai petit d'espoir. (PABToâNOPBi^. ) Se il mésavenoit de toi. (FLORiMOirr.) Devant que à i*hôtel serai, (iiéoif.) Pour ce, veult que on s'y délit, (b, db I^ bobb.) S'il advient que on le requière. A|«Àiif chabtibb. En attendant, sans soi lasser, Ne autre que vous accuser, id.
Cette liceDce avait disparu au XYi* siècle.
Encore aujourd'hui , Tarticle le ne soufifre pas Télision devant certains mots commençant par une voyelle , mais auxquels la prononciation prête une consonne initiale , comme le oui j le onze :
Le oui ftjt dit à la cbandelle. la font. Sur les mots ce et te placés à la césure-, voyez la note 9.
NOTB 6 (page 67).
Anciennement on ne disait point, par une étvange alliance des genres, mon amie, ton dme : seulement le possessif, comme l'article, perdait au féminin sa finale : tnfamie, i'éme, s'image. On disait m'amour pour ma am&ur, le mot amour étant alors plutôt du féminin , suivant la règle générale ( la peur, la fleur, et même l'honneur). Les élisions s'elle, n'aimable proviennent des anciennes formes se, ne, et non des formes modernes si, ni. Ex. :
Tenez m'épée, meilleur n'en a nul homs. (boland.) S'arrtér«-garde lairra derrière sei. (ib.) S'en haute cour vous puis jamais tenir, (gabin.) Alexandres chevauche, ê*oriflambe levée, (albxarobb.) Je voudroie par m'àme qu'elle fust déçQlléç. (bkbtpji*)
Gomment n*en quel manière le lion Tassaillit. (bbbtbb.) Et s^oraison et sa prière, (aoc.) Belin tint 8*honor vivement. ( bbut.) Dee péchés qu'il Ost en s'enfancê, (b. db Uk bosb.) Vous serez pris ou tôt ou tard, S*amour le veut bien entreprendre, ch. n'oBLéAits. Bt s'a* autres je le récite, alain ghabtiee. Et par m*dme, je l'aimois bien, villon. Car s'en jeunesse il fut plaisant...
Qui m'écolière voulez être. id.
Cet archaïsme se maintient au xvi* siècle. Sibilet et Dolet l'indiquent comme une licence poétique. Ex. :
S'acquérir veux de chasteté la famé. i. mabot.
S'atnsf n'advient, à tel mois de l'année, mabot.
Faut que m^amour par autre amour s'enflamme...
Jà pour cela t'amour en périroit...
Et aime mieux en s'amowr avoir peine, id.
S'en ne mouroit qu'en guerre et par excès, st.-obla».
Et qu'on ne sait, tant neutre elle déguise
Son chef douteux, s'dle est fille ou garçon, bonsabd. Quand tu as plus aimé ton ami que famie, id. Va jouer sa chanson de l'amour de s'amie, baïf. Si fortune s'en moque, et s^on ne peut avoir, bégnibb. Et s'elle est moins louable, elle est plus assurée, id.
H se trouve plus tard encore dans le style familier :
La curiosité qui vous presse est bien forte, M'amie, à nous venir écouter de la sorte, mol. Caquet-bon-bec, m'amie : adieu, je n'ai que faire D'une babillarde à ma cour, la pont.
Quen'avoit vu, ne lu, nWi conter. lo.
L'élision des mots que je viens d'indiquer est d'un usage général dans notre ancienne poésie. Il en est d'autres assez rares , et qui paraissent n'avoir jamais été légitimes. Telle est celle du mol qui * :
Puis a dit au diable : Fols est qu'en toi se fie. ( albxandbb.] Du palais qu'a nom Désespoir, (fauvel.)
I. « Quelquet-uns dlient A tort qu'tit, pour qui etU » (sibiuet.)