‹ Traité de versification française où sont exposées les variations de l'accent tonique dans les vers françaisChapitre 152 sur 243 · HIATUS · texte numérisé non relu

HIATUS

u Croyez-vous que la hauteur, un héros, tout le camp ennemi.

Dispersa tout son camp à Taspect de Jéhu. rag.

et mille autres heurtemens semblables , ne soient pas plus écorcbana qu'une simple rencontre de voyelles que nos règles interdisent? Ces règles vous paraissent-elles bien conséquentes? Je conviens que : il alla à Arles, est affreux; mais je voudrais qu'on ne fît pas plus de grâce aux autres heurtemens que j ai cités, et qui me paraissent comme ces grands seigneurs qui ne se font respecter qu'à force de morgue. »

Marmontel élève contre la règle de l'hiatus à peu près les mêmes objections.

« L'hiatus est quelquefois doux, quelquefois dur... Nonseulement il est quelquefois permis (en prose) , mais il est -souvent agréable : c'est au sentiment à le choisir ; c'est à l'oreille à marquer sa place. Nous sommes déjà sûrs qu'elle se plaît à la succession immédiate de certaines voyelles. Rien n'est plus doux pour elle que ces mots : Danaé, Laïs, Leucothoé, Phaon, Léandre, Actéon, etc. Le même hiatus sera donc mélodieux dans la liaison des mots ; car il est égal pour l'oreille que les voyelles se succèdent dans un seul mot ou d'un mot à un autre. Il y avait peut-être chez les anciens une espèce de bâillement dans l'hiatus ; mais s'il y en a chez nous , il est insensible , et la succession de deux voyelles ne me semble pas moins continue et facile dans il y a, il a été, que dans Ilia^ Danaé, Méléagre...

« Deux voyelles dont les sons se modifient par des mouvemens que l'organe exécute facilement, comme dans Ilia, Clio, Danaé, non-seulement se succèdent sans dureté , mais avec beaucoup de douceur. L'hiatus d'une voyelle avec ellemême est toujours dur à l'oreille : J'écrivis à Argos, C'est encore pis quand l'hiatus est redoublé : Il alla à Athènes,

« L'hiatus était permis dans les anciens vers : on l'en a banni par une règle, à mon gré , trop générale et trop sévère. La Fontaine n'en a tenu compte, et je crois qu'il a eu raison.

« Du reste, parmi les poètes qui observent cette règle en apparence , il n'y en a pas un qui ne la viole en elTet , toutes

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les fois que Ti muet fioal se trouve entre deui voyelles; car

cet e muet s'élide , et les sons des deux voyelles se succèdent immédiatement :

Hector tomba sous lui, IVoi" expira sous vous. bac. Allez donc, et portez cette joi' à mon frère. u>.

N II y a peu d*hiatus aussi rudes que celui de ces deux vers. La règle qui permet cette élision et qui défend Thiatus est donc une règle capricieuse , et aussi peu d'accord avec elle* môme qu'avec l'oreille, qu'elle prive d'une infinité de douces liaisons. >»

Le même critique répète à l'article vers , en parlant de rbiatus : « Je crois avoir prouvé qu'on a eu tort de l'exclure.»

Il me semble que toutes ces objections sont sans réplique, et que la règle de Tbiatus est convaincue d'aller contre son objet , qui est l'harmonie , en tolérant le heurtement réel d'une voyelle contre elle-même : la pluie inondant, perfidie inofUe, Pitthée estimé sage, etc., et en proscrivant la ren*** contre de deux voyelles qui se fondent ensemble iTues^ tu auras, f ai imité, qui espère. Dieu est tout-puissant, etc.

Si Ton vous soumet le vers suivant :

De moQ amour passé inutile mémoire,

vous y trouverez un hiatus défendu. Mais vous reconnaître! que ce vers est excellent si l'on vous montre comment l'^ori-» vait son auteur :

De mon amour poM^ inutile mémoire* tb^oph.

Nous avons cité plusieurs cas où la trop grande tolérance de la règle engendre la dureté.

Tantôt c'est le conflit d'une voyelle nasale avec la voyelle qui commence le mot suivant. Les cas en sont très-nopibreux.

Tantôt c'est une r finale, produisant un é fermé , et ne pouvant s'unir par la prononciation à la voyelle qui suit :

Un bénitier aux pieds, va l'étendre à la porte, bqil. Sur votre prisonnier, huissier, ayez les yeux, bac Se trouver au coucher, au lever, à ces heures, la roifT.

BUTUI. 391

Tantôt c'est unq fiutre lettre piu^tte que vçu^ nç ppuvez pas unir davantage à Ic^ YQyeUe suivante ;

Le manteau gur le ntx, ou la main dans la poche, eâo. Sans mettre votre nez ou vous n*evez que foire, mol. Qui viendra tout à coup^ et voudra des délais, id. L'an suivant, elle mit son ni4 en lieu plus haut, la pont. Le loup en fait sa cour, daube, au coucher du roi...

Aiqai s'avpnçoieot pas à pas,

Nez à nçz, nos aventurièfes. id.

Tantôt c'est une h aspirée précédée d'une voyelle :

Un vieux masque pelé, presque aussi hideux qu'elle, boil.

Et qui même souvent, prévenant son envie.

Ai hâté les momens les plus doux de sa vie. bac.

Ce seul dessein Toccupe, et hâtunt son voyage...

Me fait quitter ces lieux et hâter ipa retraite...

Et cet Qveu honteux où vous m'avez forcée...

p0ux-tu me demander le désaveu honteux? ip.

A6n que d'Isabelle il soit lu hautement, mol.

Je jure hautement de ne la voir jamais...

Mon Dieu 1 que cette instance est là hors de saison! lo.

Faire avancer ses gens et hâter la victoire, la font.

Lui dit : Ce sont ici hiéroglyphes tout purs. id.

Tantôt vous trouvez réunis plusieurs des cas précédents :

Rendre docile au frein un coursier indompté, rac. Enfermée à la clef ou man^a avec lui. vol.

On peut aller encore plus loin sous la sauvegarde de la règle, et mettre de suite jusqu'à ^roû voyelles effectives, toutes ayant une valeur, c'est-à-dire mettre de suite deux hiatus :

Fais-toi des ennemis que }9 puisse hatr, gohn. Que le grand Mérouée est un roi magnanime... Nous n'avons point de cœur pour aimer ni àaïr... J'ose reprendre un cœur pour ^imer et /ki'fr... IMais elle est fnariée? — 0^i, depuis quinie jquri. 19. Et moi, je suis montée au haut de la muraille, me. L'armée à haute voix se déclare contre elle... Un désordre, un chaos, une cohue énorme... J'ai pri? 1q v.ie en haine et ma flamipe en hQrrepr. ip. Voilà le roi ha%, voilà Gygès aimé, la font.

A ces mots, il se fit une telle huée, la font.

On le hua; pas un n'en offrit rien...

Qui de son troc bien fddiée et honteuse, id. Et de ravoir tuée avec trop de colère, mol. Au bal chez son amie. — Eh! oui, oui; suivez-moi. id. Et crie à haute voix : Quiconque aime la guerre, volt.

Cybèle crie et hurle ' en insensée, rouss.

A la vérité l*oreille n'est pas d'aussi bonne composition , et c'est ici qu'il est prudent de nepas faire tout ce que laloi permet.

La règle de l'hiatus a été établie comme la plupart des autres règles de notre versification , dans un système tout matériel. Il a été décidé que les voyelles, à l'exception de Ve muet, ne pourraient jamais être suivies d'une autre voyelle ; voilà un précepte général, simple, commode; mais ici, comme d'ordinaire, on a consulté l'œil plutôt que l'oreille. n en est résulté qu'on a interdit certaines rencontres douces, et permis certaines rencontres rudes. Quelques critiques ont reproché à Malherbe d'avoir mal à propos formulé en une règle ce que le sentiment de l'harmonie pouvait bien mieux révéler à chacun. « Malherbe, dit M. Sainte-Beuve, proscrit les rencontres de voyelles ou hiatus. A côté de ce vers de Desportes :

Mon mortel ennemi par eux a eu passage,

il écrit : <( A par eux eu passage. » A côté de cet autre vers :

A cheval et à pied, en bataille rangée,

on lit : « Cacophonie pied en bataille, car de dire piet en , «c comme les Gascons, il n'y a pas d'apparence. » Bien que nous approuvions en général cette réforme de Malherbe, nous remarquerons toutefois, avec Marmontel, que le réformateur est allé un peu loin , et qu'on a le droit de lui reprocher un scrupule excessif. S'il est, en effet, des concours de voyelles qui choquent et qu'il importait d'interdire, il en est

1. L'barmouie ImitatlTe est sensible dans ce vers, et cela sans qu*U viole les règles de la versification.

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