‹ Traité de versification française où sont exposées les variations de l'accent tonique dans les vers françaisChapitre 181 sur 243 · N0TE · texte numérisé non relu

N0TE

Que de tous chiens, tant soisnt bons, ne lient compte. cbAfin.

Et doux attraits ne sot'enl moult gracieux, i. xarot.

Soient de regrets tous volumes écrits,

Tragiques soient tous écrivans esprits, màeot. Soient dans un magasin pour jamais attachés, ivonsaro. Quiconques soteniles dieux qui défendent la terre, dv bbllay. Car bien que désireux ils soient tous deux de vivre, ptbbac.

Nous avons cité précédemment beaucoup d'exemples empruntés à nos classiques. La conscience de Casimir Delavigne était donc timorée quand il croyait nécessaire de justifier, par une note placée à Ja fin d'une de ses tragédies (le Paria), Tusage qu'il avait fait de soient comme monosyllabe.

NOTE 12 (page 66).

^enjambement est une b.)rbarie de fraîche date. Nos vieux poètes, et particulièrement les auteurs des romans de gestes, n'avaient garde d*altérer l'essence même de notre poésie, en annulant presque la rime. Les consonnances qui terminaient deux vers pouvaient être mal appariées, mais toujours elles offraient après elles un repos sensible.

C'est à l'étude des langues anciennes et à la connaissance des procédés de la versification grecque et latine qu'il faut attribuer l'introduction de l'enjambement dans notre poésie. Il y a régné pendant deux siècles. L'abus avait été poussé nu dernier terme par Ronsard et son école. La réforme opérée par Malherbe était non pas une innovation, mais un retour aux saines doctrines. Voilà ce qu'il ne faut pas perdre de vue.

L'enjambement se trouve peu au xiv* siècle. Sous ce rapport, le roman des Trois Pèlerinages fait exception aux ouvrages de cette époque. Voici quelques-uns des nombreux exemples qu'il présente de ce défaut :

Mais les s^artiaux (cerceaux) mie le tort N'en avoienl: car Torts assez Fstoient, se fusï^ent liés.

En celle nef plusieurs mai^Qnb

ENJAMBEMENT. /f37

Et plusieurs babitalioiM

Avoit, et rouit nobles étoient. GriLLsviM.R.

Et au-dessus dressé étoit

Le mât de la nef, où pendoit

Le tref tendu, qui est nommé

Voile autrement, tout apprêté

De nager, mais qu*il eût bon vent,

Et que n'eût pas d'encombrement, m.

Vers la fin de ce siècle écrivait Christine de Pisan , qui fait souvent la même faute :

Le sang des occis sans lever Crie contre eux. Dieu ne veut plus Le souffrir; ains les réprouver Comme mauvais, il est conclus.

C'est surtout à la renaissance que Tenjambement devient général :

Et comme le noble Roman

De la Rose dit et confesse, villon.

Je ne fus pas pourtant si fol

Que je n'entrasse jusqu'au col

Dedans le foin, et puis je prins

La belle botte, et je la tins

Sur ma tète, qu'on ne me vit. ooqiîim.art

Et vous en aller au grenier

Au foin. Je montai sans compter

Les degrés. Il vient, il caquette, id.

Il était une règle de versification pour les poètes du XVI* siècle:

Si le bon roi, notre maître, fait chère

Gaye, et aussi la sienne épouse chère, ckkti.v.

Pour éprouver que peut faire celui

Contre lequel pour l'honneur faut combattre, marot.

Tardant deux jours, elle dit ne m'avoir

Vu de quatorze, et n'en veut rien rabattre...

Au dernier pas en brief temps l'ont menée

Cheoir sur un roc. Et là, la cruauté

De Mort vainquit une grande beauté...

Car néanmoins que l'ennemi fut tant

Cruel et fier, cette guerre pourtant

Ne dépendoit que d'une seule Buite...

1( se planta, prompt et léger, desaaa L'obscur sommet du haut mont Parnaasus... Et demander vont à iupiter quelle Forme adviendra aur la terre, après qu^elle Sera privée ainsi d'hommes mortels, harot.

Ronsard et son école auraient imaginé l'enjambement , s'ils ne l'avaient trouvé dans leurs devanciers :

Laquelle (amitié) dans mon âme à tout jamais, et celle De notre ami Belleau sera perpétuelle. noNSAnn.

Un sifflement de cordes et un bruit

D'hommes s'élève; une effroyable nuit, etc..

Hector avoit cette robe portée

Le jour qu'Hélène, en triomphe apportée,

Botra dans Troie ; et depuis ne l'aToit

Mise : sans plus, de parade servoit...

Sans nous fâcher si la belle couronne

De laurier serre autre front que le mien...

L'arrêt certain que le destin avoit

Écrit au ciel pour celui qu'on appelle

Astyanaz, etc. id.

Feignent qu'Amour, le petit dieu volage.

Tant qu'il fut seul, sans frère, que jamais

Ne se fit grand, ne pouvant croître ; mais

Que, demeurant toujours en son enfance, etc. baYf. Giboyant aux oiseaux, vit dessus le branchage D'un houx Amour assis, id.

Fait décroître la plaine, et ne pouvant plus être Suivi de l'œil, se perd dans la nue champêtre, du bartas.

Il pleura mort celui

Qu'il n'eût voulu souffrir être vif comme lui. gabnibii.

Malherbe ayant purgé notre versification de ce véritable fléau , et c'est là un de ses plus beaux titres de gloire, Corneille, Boileau, Racine, et même Molière, ont soigneusement évité Tenjambement. En voici un cependant que Corneille a laissé échapper dans une de ses premières pièces {Clitandre) :

Et la justice à tous est injuste, de sorte Que la pitié me doit leur faire ouvrir la porte.

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