VOYELLES NASALES
« loin et encore. La môme chose airrive aux comédiens dans ^ « les rencontres semblables. Hais , quelque expédient que « prennent les musiciens ou la comédie, ils tomberont dans de « nouveaux inconvéniens en voulant éviter celui du bâille- « ment, et les tempéramens qu'ils cherchent montrent seu- « lement que mon système est vrai. La nature toute seule « leur a fait sentir la vérité, sans qu'ils aient étudié, comme « nous, la nature des sons. » (Dans la suite de ce passage, Tabbé Dangeau constate qu'on trouve plus souvent de ces bâillements dans les poètes normands que dans les autres : il y en a 26 dans Cinna^ et 11 dans Mithridate. On en trouve moins dans une pièce écrite par un acteur : le Misanthrope n'en offre que 8 ; et moins encore dans un poète qui écrit pour la musique : ils sont très-rares dans Quinault ; un de ses opéras n'en présente pas un seul.)
« Joignons, continue d'Olivet, à l'autorité de M. l'abbé de Dangeau celle de M. l'abbé Régnier, a La preuve indubitable, « dit ce dernier dans sa grammaire, que ces sons an, en, in, ^ on, un 9 sont des sons simples, équivalens à de pures « voyelles, est que dans la musique on ne peut faire aucune « modulation, aucun tremblement, aucune tenue, aucun « port de voix que sur une voyelle pure. Or on peut faire deg f( modulations ou des tenues sur tous les tons que nous ve- « nons de marquer , de même que sur quelque voyelle que ce « soit... »
« Après de telles autorités, il est à croire que cette observation tiendra désormais lieu de précepte. C'est peu à peu , et de loin en loin, que l'oreille du François a reconnu les finesses qui rendent notre vers harmonieux. Depuis le siècle de Marot, on en a trouvé plusieurs. Celle-ci se doit à Topera; et il étoit bien juste que le chant servtt à rendre le vers plus délicat en quelque chose, puisqu'il a vraisemblablement contribué à lui faire perdre de sa force et de son énergie. »
Dans la Poétique élémentaire de La Serre (Lyon, 1771), l'hiatus dont nous parlons est condamné sans restriction : (( Les mots qui finissent par un n nasal, comme an, non, tin, soin, foin, sont d'un mauvais effet quand ils sont suivis d'une
voyelle. Je sais que les poètes ne s'astreignent pas à cette règle; mais je sais aussi que la rencontre d'une syllabe nasale avec une voyelle a quelque chose de rude ; comme on pourra le reconnaître dans les vers suivans de La Fontaine :
La première fois qu'un renard Aperçut un lion, animal redoutable, Il eut une peur effroyable, II s'enfuît bien loin à Técart.
« Le dernier hémistiche est très-dur à prononcer ; le second est plus supportable, parce que l'hémistiche et la phrase incidente, qui est une apposition, demandent un repos...
w Une seconde consonne muette après an, en, in, on, un, n'empêcherait pas l'hiatus; ainsi l'on doit éviter de dire :
Dans le camp arrosé du sang des ennemis. »
Le même critique ne traite pas moins sévèrement Télision de Ve muet précédé d'une voyelle. « Les mots joie, crie, hymenée, crue, e^ semblables, oifrent quelque chose de dur, lorsqu'ils se trouvent dans le corps du vers, et l'on doit se les interdire, à moins qu'on n'ait pour objet de peindre par des sons imitatifs, comme a fait Racine dans l'hémistiche suivant :
L'essieu crie et se rompt. »
M. Dubroca, dans son Traité de la prononciation des consonnes et des voyelles finales, n'admet presque jamais la liaison des voyelles nasales qui terminent un mot avec une voyelle initiale. Il n'excepte que le cas où un adjectif précède un nom, et quelques autres consacrés par l'usage : un homme, vain effort y certain air, bon ami, aucun homme, eommitn ae^ cord, en Allemagne, on espère, bien entendu, hymen affreux.
Ainsi il prescrit de prononcer sans liaison : ia/aim | et la soif. — un airain \ orgueilleux, — un écrivain \ élégant, — cela est certain | et indubitable, — plan \ infaillible, — courtisan I adroit, — l'Océan | agité, — un dessein \ affreux, — parlez-(?n | à votre ami, un moyen | efficace, — un ancien \ a dit, — un historien | infidèle, — enclin | à la paresse, — am-
VOYELLBS MA8ÀLES. , 515
bititm I inquiète, — cdn \ obscur, — croitro» | à de pareils bruits? — le brun | et le violet, — tribun \ empressé.
D*oii il suit que toutes ces rencontres de voyelles, qui sont admises par la poésie, forment des hiatus réels.
NOTB 25 (page 133).
Il y a plus de vingt ans que j'ai émis avec défiance une opinion qui depuis est devenue chez moi une conviction profonde, et qui a été accueillie avec faveur. Dans mon Traité de versification latifie, publié en 1826, j'ai avancé que notre vers alexandrin devait avoir un nombre fixe d'accents. Cette règle, pour n'avoir pas été formulée, du moins à ce que je pensais, ne m'en paraissait pas moins rigoureuse : je la voyais pratiquée par tous les poètes à leur insu ; je la trouvais violée toutes les fois que la critique relevait, sans en signaler la cause , quelque dureté dans la cadence.
Les études musicales ont sans doute beaucoup servi à éclaircir pour moi cette question. J'avais cent fois remarqué qu'un couplet d'un certain mètre convenait très-bien à un air, et qu'un autre couplet, ayant précisément le même nombre de syllabes, ne s'y adaptait plus : d'où j'avais reconnu que la mobilité de certains accents exigés dans nos vers déplaçait les temps forts, et que dès lors il n'y avait plus concordance entre le rhjrthme poétique et le rhythme musical ; l'un et l'autre allaient à contre-mesure.
Je n'ai connu que plus tard les ouvrages de l'abbé Scoppa ^ J'y ai retrouvé avec plaisir une partie de mes idées sur notre accent métrique. Il fallait qu'un Italien, c'est-à-dire un homme parlant une des langues les plus accentuées, vint nous apprendre le rôle que l'accent joue dans notre langue, en
i. Traité de îapoétie italienne rapportée à la poésie frcmçaite, etc., par Antonio Scoppa (Paris, 1S03). — Beautés poétiques de toutes la langues, par le même; ouvrage couronné par linatitut en 1816.
particulier dans notre système de versificalion , et nous défendre contre nos propres attaques. Ces ouvrages, assez ignorés, offrent, outre plus d'une erreur, une rédaction capable de rebuter ceux qui n'auraient pas les mêmes raisons que moi pour les étudier et y chercher tout ce qu'ils renferment de réflexions judicieuses.
Scoppa déduit d'une manière rigoureuse Taccent de la rime et celui de la césure dans le vers alexandrin. 11 n'établit pas aussi nettement la nécessité des accents mobiles, et il n'en indique pas la place. Mais le principe était trouvé, et ce principe est incontestable : « Dans les vers d'une langue quelconque , il est impossible d'admettre aucune harmonie sans' rhythme , ni aucun rhythme sans accent. »
Je m'étonne qu'on n'ait pas signalé plus tôt le véritable fondement de notre cadence poétique ; car la connaissance des langues de l'Europe moderne devait mettre sur la voie. Toutes les poésies étrangères reposent sur certaines conditions d'accents , et il est infiniment probable, à priori, que la poésie française , leur sœur et leur contemporaine, n'a pu adopter un autre principe *.
Le système moderne diffère essentiellement du système ancien , en ce que l'accent a été substitué à la quantité : au lieu de syllabes longues, on a pris des syllabes accentuées, et des syllabes muettes, au lieu de syllabes brèves.
Pour faire bien sentir cette différence capitale, je ne saurais mieux foire que de transcrire quelques fragments d'une excellente dissertation présentée en 1815 à l'institut par M. Mablin, et honorée de son suffrage. C'est un nom cher que les élèves de l'ancienne École normale aimeront à retrouver.
<« Les langues modernes n'ont point introduit dans leur poésie le rhythme des anciens : ce n'est point sur la quantité
l.~« Les savants étrangers, la plus grande i>artiedes Français même, et la postc^rité, mieux éclairée par le progrès des lumières, auront beaucoup de peine à imaginer quMi ail existé en France des savants qui aient pu refuser d*un ton absglu aux vers de leur langue toute espèce de rhythme et d'accent. > (SCOPPA.)
qu*est fondé leur système de versification , mais sur Taccent. Que faut-il pour avoir des vers grecs et latins? il faut arranger un certain nombre de longues et de brèves dans un ordre donné, sans avoir égard à Taccent. Les pieds, qui sont les éléments de ces vers, de quoi se composent-ils? de longues et de brèves : l'accent n'entre pour rien dans leur composition... Voyons maintenant s'il en sera de même de la versification des langues modernes. Il en est précisément le contraire : Taccent y fait tout; la quantité n'y entre pour rien. Que faut-il pour avoir un vers italien, espagnol, anglais, etc.? On n*a qu'à rassembler un nombre déterminé de syllabes, longues ou brèves, n'importe, pourvu que l'accent se trouve sur les syllabes qui doivent l'avoir d'après les règles de la versification de ces langues. Je prendrai d'abord mes exemples dans la langue étrangère la plus généralement connue en France. Les syllabes qui composent cet hendécasyllabe italien :
A gran speranza uom misero non crede.
sont-elles longues ou brèves? Peu importe de le savoir : elles seraient toutes longues, elles seraient toutes brèves, ce vers n'en serait pas moins un vers : pourquoi? parce que l'accent tombe sur les syllabes qui doivent l'avoir d'après les règles de la versification italienne. »
Nos grammairiens, nos critiques se sont beaucoup occupés d'études sur le rhythme de notre poésie ; mais l'ignorance du vrai principe les a fait tomber dans les plus graves erreurs. Ils ont toujours devant les yeux le système des poésies anciennes , et ils l'appliquent à la nôtre. Ils cherchent à établir la quantité de tous les mots français, quantité méconnue, suivant eux, et ils pensent que , cela fait, ils auront révélé le secret de la cadence. Marmontel retrouve dans les mots de notre langue tous les pieds reconnus par les Grecs §t les Latins ; il y découvre même des dactyles *, qui n'y existent pourtant que lorsqu'elle passe par la bouche des Anglais : ainsi les An-
I. « L*on remarque que la langue française a peu de dactyles et beaucoup d'anapestes. » (Article Anapbsti.)
glais font un dactyle des mots agrément, innocent, etc., mais les Français en font des anapestes. Scoppa croyait qu'il existait dans notre langue quelques rares dactyles, et il citait les mots composés garderie , faites-le. Mais , comme nous Tavons dit plusieurs fois, ces mots ont l'accent tonique sur la dernière, et forment par conséquent de véritables anapestes. Convenablement placés, ils satisfont pleinement au rhythme :
Conàmê-le sous leur assurance, malh.
Autant que tu pourras, conduis40 sur ta (race. rac. Polissez-^ sans cesse, et le repolissez. aoiL.
C'est une chose curieuse que de voir nos prosodistes ajouter des signes de quantité à quelques vers français, pour en bien faire sentir la cadence. Outre que chacun note à sa fantaisie cette prétendue quantité , on arrive souvent à ce résultat bien choquant, savoir que les temps forts de nos vers, la césure et la rime , tombent sur des syllabes faibles ou brèves. Ainsi Marmontel (article Vers) marque la quantité des vers suivants :
Il part; dans ce moment d'Estrée évanouie.,. Et je lui porte enfin mon cœur à dévorer... Mais le zéphyr léger et Tonde fugitive.
Et il nous apprend que le mot évanouie est entièrement composé de brèves, ainsi que dévorer, ainsi que léger. Voilà une belle découverte pour faire des vers français harmonieux I
Au reste , Marmontel et les autres critiques n'ont fait que reproduire la doctrine de Tabbé d'Oiivet, ou plutôt s'égarer dans le dédale où il les avait plongés. L'auteur du Traité de la Prosodie française a voulu asseoir notre rhythme poétique sur une fausse base. Il confond perpétuellement l'accent avec la quantité, et attribue à l'une ce qui appartient à l'autre. Il explique la difficulté qu'il trouve à noter la quantité de tous nos mots en disant qu'autrefois elle était bien sensible, qu'elle s'est eflfacée, et qu'il s'agit de la retrouver. Il présente, comme on sait, un dictionnaire de quantité, et l'on y voit les choses les plus étranges. Ainsi il donne des pénultièmes brèves aux mots miracle, aime, crèche, funèbre, ruine, peine, veine, mai-
ACCENT. — TBRS MESURÉS. 519
gre ; il dit que Vo est long dans trésùr. Va dans escadre, arrêt, jambon, Ye dans verroux; que sel est bref au singulier et long au pluriel. L'auteur va jusqu'à reconnaître des syllabes dou'^ ternes. Ces syllabes sont, par exemple, l't de prodige, tige, et précédemment Yi du mot oblige avait été donné comme bref 1 A Ten croire, vous aurez encore des syllabes douteuses dans la première de aubade, audace ; dans la pénultième de chimère^ sincère, empire, écrire, déluge, refuge^ bravoure; dans les monosyllabes ou la finale des mots suivants : miel, fiel, roi^ joyauy amitié, soutien, espoir, comptant, etc.
Il faut voir l'auteur mettre ses principes en pratique , et noter la quantité de ce vers de Boileau (p. 129) : Soupire, étend les bras , ferme l'œil et s'endort.
Cette analyse est dans le genre de celle de Marmontel.
Malheureusement l'abbé d'Olivet a fait longtemps autorité, ce qui a empêché la critique de chercher les vrais principes de notre rhythme, et de rétablir Yaccent tonique, si étrangement omis dans un ouvrage composé ex professa.
Est-ce à dire que notre langue n'ait pas de quantité prosodique, ou , en d'autres termes , certaines syllabes manifestement brèves et certaines syllabes manifestement longues? 11 est incontestable qu'elle admet cette difTérence : les mots pdte, hâte, grâce, fable^ accable, fête, tempête, chaîne, sacrifiera, côte, trôncy royaume, contiennent une longue, tandis qu'on trouve une brève dans les voyelles analogues des mots suivants : patte, table, jette, trompette, tienne, lira^ cotte, couronne. Mais il n'en résulte pas qu'il soit possible d'établir incontestablement la quantité de tous les mots; et, même en prenant les exemples qui précèdent , pourrait-on me dire la quantité de la première syllabe dans accable, tempête, aimon ble, trompette, couronne t Si l'on répond qu'elle est brève, c'est la considération de l'accent , et non la quantité intrinsèque de la voyelle, qui fournira la réponse.
Il ne serait pas sans intérêt de dresser une liste de tous les mots français , et en particulier des finales , qui ont une voyelle longue ou une voyelle brève bien constatée par la prononciatien. Cette liste ne serait pas fort étendue , parce qu'on au*
rait soin de D*y pas inscrire les mots, très-nombreux, qui n'ont rien à faire avec la quantité , tel que chercher, tourment, acheté, etc., etc.
Au reste, la question de la quantité française est une question tout à fait secondaire , puisque dans la prononciation l'accent prédomine et relègue pour ainsi dire la quantité au second plan. Les mots bâton, vêtu, côté, priera, avouera, ont la pénultième longue; mais l'accent tonique, placé sur la dernière syllabe, est ce qui ressort le plus. Le mot composé détrôndt'il a l'accent tonique sur le pronom , en dépit de tous les signes d'accentuation écrits sur les trois premières syllabes.
J'ai dit précédemment que notre versificalion n'avait pas égard à la quantité , et qu'elle comptait les syllabes , sans acception des brèves et longues. Il est cependant un cas où elle pourrait (et devrait, je l'ai dit plus haut) s'embarrasser de la quantité des syllabes : c'est à la iin des vers , et pour présenter à la rime deux consonnances exactement pareilles. Eh bien , l'usage en a décidé autrement : comme on l'a vu, nos meilleurs poètes font rimer perpétuellement madame avec àfne, audace avec grâce, courage avec âge, etc.
La distinction des syllabes longues et brèves doit aussi, dans un autre cas, être respectée par le versificateur. Écoutons encore ici M. Mablin : « Un poëte habile, il est vrai, peut, dans le système de nos versifications modernes, tirer un grand parti de la quantité pour donner à ses vers de la lenteur ou de la rapidité, de la majesté ou de la légèreté, pour produire en un mot de beaux effets d'harmonie imitative ; mais l'emploi de cet élément, abandonné au goût particulier du poète, est tout à fait indépendant des lois de la versification proprement dite : si le poëte fait un mauvais usage de la quantité, ses vers seront mauvais, mais ils n'en seront pas moins des vers : dans nos vers modernes, le vers existe dès que le nombre suffisant de syllabes s'y trouve et que les accents sont à leur place. »
Vers mesurés. — Puisque la quantité n'est pas, et ne pouvait être le principe de notre versification , c'est donc une
tentative bien déraisonnable, qui a été faite plusieurs fois, de construire des vers français d'après les règles des vers grecs et latins , de calquer des lignes françaises sur des hexamètres anciens, à l'aide d'une quantité tout arbitraire.
Vers le milieu du xvr siècle, un grand nombre de poètes composèrent, dans le système latin, des vers qu'ils appelèrent mesurés.
Il parait que cette idée vint d'abord à un certain Mousset, poëte aujourd'hui fort ignoré. Il avait traduit en vers hexamètres l'Iliade et l'Odyssée (1530). Cette traduction n'existe plus ; mais d'Aubigné en fait mention dans la troisième partie de ses Petites œuvres mêlées, où il rapporte le début :
Chante , déesse, le cœur furieux et l'ire d'Âchillès, Pernicieuse qui fut, elc.
Cette innovation fit peu de bruit ; car Pasquier rapporte à Jodelle rhonneur d'avoir écrit (en 1553) les deux premiers vers mesurés faits en français. Voici son distique :
Phébus, Amour, Cypris veut sauver, nourrir et orner Ton vers, cœur et chef, d'ombre, de flamme , de fleurs.
« Voilà, ajoute Pasquier, le premier coup d'essay qui fut fait en vers rapportez, lequel est vrayement un petit chef-d'œuvre. Ces deux vers ayans couru par les bouches de plusieurs personnages d'honneur, le comte d'Àlsinois ^ en l'an 1555 , voulut honorer la seconde impression de mon Manophile de quelques vers hendécasyllabes , dont les cinq derniers couioient assez doucement :
Or quant eât de l'amour amy de vertu Don céleste de Dieu, je t'estime heureux, Mon Pasquier, d'en avoir fidellement faict , Par ton docte labeur, ce docte discours. Discours tel que Platon ne peut refuser. »
Baïf , mécontent du mauvais succès de ses premières publications, se jeta dans le nouveau genre. Il comptait beaucoup sur ce titre de gloire :