‹ Traité de versification française où sont exposées les variations de l'accent tonique dans les vers françaisChapitre 217 sur 243 · VERS DE NEUF SYLLABES · texte numérisé non relu

VERS DE NEUF SYLLABES

casyllabe à rime masculine, c'est-à-dire un vers qu'ils considèrent comme Then décasyllabe tronqué, endecasillabo tronco. Ce vers a par conséquent Faccent sur la dernière. Ex. :

lo ti voglio imparar corne si fà. maggi.

Il était fréquent chez les Provençaux, qui, nous l'avons vu, nomment ce mètre vers de dix syllabes.

Enfin V endecasillabo peut avoir douze syllabes, l'accent final restant toujours sur la dixième : il s'appelle alors sdrucciolo (glissant). Ex. :

Nell'onde solca, e sulfarena se-mina. sannazar.

Nous ne reviendrons pas sur la question de la césure. Ainsi que nous l'avons dit, elle n'est pas exigée pour le vers italien ; elle aurait pu ne pas l'être pour le vers français. Dans le mémoire déjà cité , M. Mablin , sans traiter positivement cette question, donne un vers décasyllabe sans césure, mais ayant sur la quatrième syllabe l'accent exigé : Triste et pen-st-ve près de ce bocage.

Ce vers vient à l'appui du système que nous avons précédemment développé (p. 323).

NOTE 28 (page 186).

Avant Molière et Racine, Malherbe avait fait aussi quelques vers de neuf syllabes. En voici qu'il plaça dans une chanson :

Sus debout, la merveille des belles:

Allons voir sur les herbes nouvelles Luire un émail dont la vive peinture Défend à Tart d'imiter la nature.

L'air est plein d'une haleine de roses;

Tous les vents tiennent leurs bouches closes, Et le soleil semble sortir de l'onde Pour quelque amour, plus que pour luire au monde.

On diroit, à lui voir sur la tète

Ses rayons comme un chapeau de fête,

Qu*il s'en va suivre en si belle journée Encore un coup la fille de Pénée'*

Ce mélange de mètres, doDt Tun a une syllabe de plus que l'autre , ne présente pas une harmonie heureuse.

Le vers italien decasHlabo (piano), qui répond à notre vers de neuf syllabes à rime féminine, n'est pas très-usité : on l'emploie pour le chant. Il a un accent sur la troisième syllabe, sur la sixième et sur la neuvième. Il est tronco quand il n'a que neuf syllabes.

Scoppa cite les exemples suivants :

Lo splendor délie franche bandiere Gli occhi airindo da lungi percote.

Métastase s'en est servi dans un air qui conunence sdnsi :

Prima odiava l'oziosa dimora; Or se tromba dal sonno lo desta, Odia il giorno, delesla Taurora Avvilito ramante guerrier.

Scoppa, ignorant que nous ayons le vers de neuf syllabes , établit qu'il pourrait exister dans notre langue , et il donne pour exemple :

La raison s'obscurctï à V'instant.

Il le soumet aux règles du vers italien : c'est à tort, quant à ce qui concerne le second accent. Sans doute un vers, procédant ainsi par trois anapestes, est harmonieux; mais aussi il est monotone. Notre vers a plus de variété, en ce que sou second accent est mobile , ainsi qu'on l'a vu dans les exemples précités.

L'Art poétique provençal cite différents vers de neuf syllabes , dont les uns ont la césure après quatre pieds , les autres après cinq. Dans les deux cas, il trouve cette mesure peu harmonieuse.

Voici deux vers de Béranger coupés ainsi après deux pieds

et demi :

Notre gouverneur a, je le pense, Prélevé des droits sur ce terrain.

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