I. Daphné
« Dans les vers de huit syllabes, dit Voltaire, il n'y a ni hémistiche ni césure :
Loia de nous ce discours vulgaire ,
Que la nature dégénère ,
Que tout passe et que tout finit.
La nature est inépuisable ,
El le travail infatigable
Est un dieu qui la rajeunit.
« Au premier vers, s'il y avait une césure , elle serait à la sixième syllabe ; au troisième, elle serait à la troisième syllabe joa^^a, ou plutôt à la quatrième se, qui est confondue avec la troisième po^; mais, en effet, il n'y a pas de césure. L'harmonie des vers de cette mesure consiste dans le choix heureux des mots et dans les rimes croisées , faible mérite sans les pensées et les images. »
Voltaire n'a pas fait sentir la mélodie de ces vers ; c'est que, tout en constatant l'absence des césures, il n'a pas constaté la présence des accents. Toutefois ce choix heureux des mots^ qu'il recommande , n*est autre chose que la juste distribution des syllabes accentuées.
Nous avons vu que Toctosyllabe a d'abord Taccent final , puis un ou deux autres accents dontia place varie.
Octosyllabes ayant trois accents :
De leui^ grains les fanges sont pleines;
Leurs ceUtars regorgent de fruits;
Leurs itowTptami, tout char<;és de laines, etc. rouss.
Octosyllabes ayant deux accents :
Sois mon vendeur, sois mon refuge Contre les fils de l'étranger, rouss.
L'oreille est choquée par deux accents placés consécutivement à la rime : nous en avons donné des exemples ci-dessus ( page 528).
A notre vers de huit syllabes répond le vers italien novenario
(de neuf syllabes), qui est peu usité. Voici un exemple de
Cino da Pistoia :
Che 8*accorse ch'era parti ta Che mi porse quella ferita.
Ce vers a deux accents intérieurs , Tun ^ur la troisième syllabe, et Tautre sur la cinquième. Les vers français ainsi ac* centués sont harmonieux ; mais soumis à cette règle unique , ils seraient monotones.
NOTS 30 (page 191).
Le vers de sept syllabes est très-ancien dans notre littérature; mais les exemples en sont assez rares, parce qu'il n'était pas admis pour les romans de gestes. On s'en servait surtout pour les chansons et les dicts.
Une chanson de la fin du' xir siècle, le Lai de la dame Fayel, est dans ce mètre. En voici quatre vers :
De ce suis au cœur dolente, Que cil n'est en cest païs Que si sovent me tormente Que je n'ai ne jeu ne ris.
On trouvera des exemples de ce mètre dans Thibaut, dans le Nouveau recueil de M. Jubinal, dans Froissart, Alain Ghartier, J. Marot, etc. Combiné avec le vers de trois syllabes, il entrait dans une stance assez usitée dont il sera parlé plus loin.
Le vers ottonario (de huit syllabes), qui répond à notre vers de sept syllabes, est commun en italien :
Nel cammin di nostra vîta, Senza i rai del ciel cortese, Manca il cor, vacilla il piè.
A compir le grandi Imprese L'arte giova, il senno ha parle; Ma vacilla il senno e Tarte, Quando amico il ciel non è. metast.