VERS DE ONZE SYLLABES, ETC
Nous avons cité précédemment (page 523) plusieurs strophes dites saphiqties en vers de onze syllabes. La césure y est également après la cinquième.
2^* Avec césure après la sixième syllabe :
L'amour sous sa loi N'a jamais eu d'amant | plus heureux que moi. voiTuaB. Et le ciel ne voit point d'amant plus heureux, id. Mais je ne l'aime plus | comme je i'aimois. boisrobert. Digne pour sa beauté d'avoir dès autels... Pour joindre sa lumière aux feux du soleil... Qui voloit autour d'elle et qui soupiroil. id.
On trouve quelques vers de onze syllabes , coupés de cette façon , dans un opéra de Daphné, par La Fontaine :
Maintenant , maintenant | les bergers sont loups. Je vous dis, je vous dis , filles, gardez-vQos.
Enfin on en voit quelques-uns dans nos chansonniers contemporains. Un air fort connu, dont le timbre est : Tout ie Umg de la rivière, exige un de ces vers :
Car je n'aime pas les faiseurs d'épigrammes. désaugiers. Ah I pour étouffer, n'étouffons que de nve. bArangbii.
Les Provençaux ont connu ce mètre , et pratiquaient également les deux césures.
Vers de treize syllabes. — Le vers de irei:^ syllabes est, comme le précédent , un composé de deux autres vers : la première partie a cinq syllabes, et la seconde huit.
Scarron Ta employé dans une chanson bachique :
Sobres, loin d'ici, | loin d'ici, buveurs d'eau bouillie; Si vous y venez, vous nous ferez faire folie... Vous qui les oiseaux imitez en votre breuvage , Puissiez-vous aussi leur ressembler par le visage!... lettons nos chapeaux f et nous coiffons de nos serviettes, Et tambourinons de nos couteaux sur nos assiettes.
On le trouve aussi dans une chanson de Béranger : Le peuple s'écrie : Oiseaux, plus que nous soyez sages.
Les Italiens ont un vers de quatorze syllabes (treize pour nous), nommé a/Ze^^and'rino, ou Martelliano (de Louis Martelli, qui en est Tinventeur). Voici un exemple de Goldoni :
Perché sfuggirmî, ingrata? | Zilia , perché sfugginni? Non mi chiamar nemico, se amante non voi dirmi.
Vers de quatorze syllabes. — On voit ce vers dans une chanson bachique de Scarron. Il le partage en deux hémistiches égaux:
Il fait meilleur à Paris , | où Ton boit, avec la glace... Que d*aller au Pays-Bas à cheval comme un Saint-George.
NOTE 37 (page 220).
Le Dante passe pour l'inventeur de la rima terza ou il ter^ setto : c'est la stance de la Divine comédie. Cette stance est affectionnée des Italiens : elle a été employée par Pétrarque, l'Ârioste, Henzini , Caporal! , Parini , et plus récemment par Monti.
Le premier vers rime avec le troisième; le second, qui reste sans correspondant , rime avec le premier et le troisième du tercet qui suit.
Voici un exemple de Pétrarque, qui se trouve dans le Trionfo délia Divinità :
Dappoichè sotto '1 ciel cosa non vidi
Stabile e ferma, tutto sbigoltito
Mi voisi, e dissi : Guarda in che ti Gdî. Risposi : Nel Signor, che mai fallito
Non ha promessa a chi si Gda in lui ;
Ma veggio ben che 'I monde m*ha schernito; E sento quel ch'io sono, e quel ch' i' fui ;
E veggio andar, anzi volar il tempo,
E doler mi vorrei, né so di cui.
Au xvp siècle, cette stance est essayée par nos poètes, et ils lui conservent le nom italien de tercet, rimes tierees. Marot n'en a pas fait usage.
Pour rendre l'imitation plus exacte , on n'employa d'abord que des rimes féminines :
En la verdeur du mien florissant âge, D'amour servir me voulus entremettre ; Mais je n'y eus ne prouGt n'avantage.