‹ Traité de versification française où sont exposées les variations de l'accent tonique dans les vers françaisChapitre 240 sur 243 · DÉFAUT DANS LES STANCES · texte numérisé non relu

DÉFAUT DANS LES STANCES

Rousseau, comme nous l'avons dit, a définitivement établi cette règle, qui a été suivie par Lamotte, dans ses odes, et par Voltaire. Lamotte n'y manque que bien rarement, dans des pièces légères, comme dans Texemple suivant :

Je veux, célébrant les hasards Que nous fait affronter la gloire, Chanter un hymne à la Victoire , Et de ma main couronner Mars.

Le même défaut se trouve dans cette stance de Chaulieu :

Saint-Maur, séjour délicieux, Qui, loin des fureurs de la guerre , Servirois de retraite aux dieux.

S'ils habitoient encor la terre:

C'est à toi que je dois ces jours Qui , dévidés d'or et de soie , Entre Tindolence et la joie N'auront plus qu'un paisible cours.

Je répéterai que les couplets destinés à la musique, sont affranchis de cette contrainte. Une des plus belles odes de Béranger, les Enfants de la France, présente une rime féminine au commencement et à la fin des strophes.

Enfin, dans les couplets, c'est un tort que le refrain commence par une rime de même nature que le vers précédent. Nos chansons contemporaines offriraient encore des exemples de cette faute, qui du reste est légère.

NOTE 48 (page 271).

Nos trouvères ont employé de bonne heure les rimes croisées. Cependant les stances à rimes plates étaient admises concurremment. J'ai remarqué que la poésie provençale fait plus généralement usage de ces dernières.

J'ai cité plusieurs fois Ronsard. Les exemples abondent à cette époque :

De rOccident le rivage tortu

De vos enfans sentira la vertu.

Tu les verras, Espagne basanée,

Courir sur toi du haut mont Pyrénée,

Reconquôlant d'un bras victorieux

Le sceptre emblé des mains de leurs ayeux. Pàsserât,

Et la Fortune encor, sans raison mutinée,

Rend , las 1 plus que ces deux ma vie infortunée :

Car c'est par sa rigueur que je me vois priver

Des Qéurs de mon printemps par un fâcheux hiver;

Las I c'est par sa rigueur que je languis captive »

Et me vois, jeune et belle, enterrer toute vive, obspoetb

Je parle à vous, 6 courtisans,

Qui, comme seuls pindarizans,

Prisez tant votre jargonnage,

Et qui prenez à grand outrage

Si l'on ne vous veut avouer

Vos nouveaux mots et les louer ;

Qui appelez pédanterie

Quand on reprend votre ânerie. h. estiennb.

Port-Royal constate , sans le blâmer, cet arrangement dans une stance de Malherbe :

Un courage élevé toute peine surmonte : Les timides conseils n'ont rien que de la honte, Et le front d'un guerrier au combat étonné N'est jamais couronné.

La règle moderne est un progrès : des rimes croisées peuvent seules faire apprécier à l'oreille la terminaison et le renouvellement des stances.

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