‹ Traité de versification française où sont exposées les variations de l'accent tonique dans les vers françaisChapitre 239 sur 243 · DÉFAUT DANS LES STANCES · texte numérisé non relu

DÉFAUT DANS LES STANCES

pratiquer généralement la règle moderne. 11 l'a cependant violée plusieurs fois.

Dans les différentes stances que nous allons citer , on en trouvera de fort harmonieuses , si on les prend isolément ; mais, condamnées par un principe général , elles ont dû disparaître :

Achille, à qui la Grèce a donné cette marque,

D'avoir eu le courage aussi haut que les cieux,

Fut en la même peine, et ne put faire mieux

Que soupirer neuf ans dans le fond d'une barque, malh.

Soit que , de tes lauriers la grandeur poursuivant , D*un cœur où Tire juste et la gloire commande, Tu passes comme un foudre en la terre flamande, D'Espagnols abattus la campagne pavant;

Soit qu'en sa dernière tète

L'hydre civile l'arrête :

Roi , que je verrai jouir

De l'empire de la terre ,

Laisse le soin de la guerre ,

Et pense à le réjouir, halu.

Les élèves de Malherbe font cette faute plus souvent que leur mattre :

En vain dans le marbre cl le jaspe Les rois pensent s'éterniser ; En vain ils en font épuiser L'une et l'autre rive d'Hydaspe; En vain leur pouvoir nonparell Élève jusques au soleil Leur ambitieuse folie :

Tous ces superbeà bâti mens Ne sont qu'autant de monumens Où leur gloire est ensevelie, ragan.

Nous ne reverrons plus nos campagnes désertes,

Au iieu d'épis, couvertes De tant de bataillons l'un à l'autre opposés; L'innocence et la paix régneront sur la terre,

Et les dieux apaisés Oublieront pour jamais l'usage du tonnerre, ragan.

Il r&'est Triton qui ne désire ,

De voir paroitre le navire

Sur qui tu Tiras défier,

Et Télhys est ambitieuse

De pouvoir se glorifier

D'une charge si précieuse, uaynard.

Voici des auteurs du milieu du xvii* siècle :

Il est temps que l'ennui fasse place à la joie:

Ces cruels ennemis , dont nous fûmes la proie,

Dans les flots irrités rencontrent leurs tombeaux;

Nos tourmens sont finis, nos jours vont être calmes ,

Et Dieu, qui fait pour nous des prodiges nouveaux,

Dans le sein de la mer nous fait cueillir des palmes, godbau.

Muse, quittons ces prairies ,

Et pendons à ces ormeaux

Les rustiques chu jumeaux

Qui flattoient nos rêveries :

Il faut d'un air bien plus grand ,

Sur la lyre qu'en mourant

Malherbe nous a laissée ,

Célébrer le conquérant

De Dunkerque terrassée, sarrasin.

Boileau a fait très-peu de stances : il a pareillement ignoré la loi de leur succession :

En vain mille jaloux esprits , Molière, osent avec mépris Censurer ton plus bel ouvrage :

Sa charmante naïveté S'en va pour jamais, d'âge en âge.

Divertir la postérité.

Racine la respecte dans ses psaumes. La Fontaine ne Ta violée qu'une fois :

Dieu détruira le siècle au jour de sa fureur; Un vaste embrasement sera l'avant-coureur; Des suites du péché long et juste salaire, Le feu ravagera l'univers à son tour.

Terre et cieux passeront, et ce temps de colère Pour la dernière fois fera naître le jour.

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