Il aurait pu relever la même faute dans Voltaire f
Si voBi en reeevM , publiiÉ4i I januii*.
3» Voyei la note à la fin du volutté*
Cest là , toiil haut du moins, ce qu'il n'avouera pas. boil.
Notre style languit dans un remerciement, id.
Avant la fin du jour vous me justifierez, rag.
J'essaierai tour à tour la force et la douceur, id.
Je ne remuerai point. — Votre partie est forte, mol.
L'un effraiera les gens , nous servant de trompette, la po.>t.
L'orlbographe moderne remplace ces e muets, par un accent circonflexe : javoûrais\ remerdment.
Dans la règle précédente rentrent les mots paierons^ y paieraient i paiement y qui ne sont que de deux syllabes :
Un prix bien inégal nous en paiera la peine, th. corn. Que tout autre que lui me paierait de sa vie. rac. Et mes vacations, qui les paiera? personne... Tiens, voilà ton paiement, — Un soufflet I écrivons.- id. Je vous paierai, lui dit*e1le. la font. Et tous deux vous paierez l'amende, id.
6® Nous avons déjà dit que Ve muet des terminaisons en aient ne compte pour rien dans la mesure '. 11 en est de même de la troisième personne aient du verbe avoir. Ex. :
Il étoit sur son cbar ; ses gardes affligés
Imitaient son silence, autour de lui rangés, rac.
Français, Anglais, Lorrains, que la fureur assemble,
Avançaient, combattaient, frappaient, mouraient ensemble, volt.
Et dont jusques ici les siècles aient parlé, rotrou.
Mais quoiqu'ils n'aient pas mis mon cœur dans tes liens, th. coR?r.
1. Du temps de Ronsard, on écrivait j'avouVotV, etc. C'était' un acheminement au système moderne.
2. L'Académie, dans sa dernière édition, préfère l*ortliograplie payerons , payement, tout en reconnaissant paiement et patment. En général, nous adoptons sa décision; mais dans des vers il nous a paru nécessaire d'écrire paiement, quand ce mot ne fait que deux syllabes.
3. Il n'en était pas ainsi dans le principe : Ve intérieur comptait pour une syllabe. Yoyes la note ft la fin du volume.
ÉLISION, SYNÉRÈSE. 65
Sans que mille accidens ni votre indifférence Aient pu me détacher de ma persévérance, mol.
Et du subjonctif soient :
Neptune, importuné de ses voiles infâmes,
Comme tu paroi tras au passage des flots ,
Voudra que ses Tritons mettent la main aux rames,
Et soient tes matelots, malh.
Les présens du tyran soient le prix de ta mort. corn. Et de doutes fréquens ses vœux soient traversés, mol. Tous les piliers ne soient enveloppés d'affiches, boil. Je consens que mes yeux soient toujours abusés, rag. Censeurs , en voulez- vous qui soient plus authentiques? la font. Ah ! je ne pense pas qu'aux exploits consacrées , Vos mains par des forfaits se soient déshonorées, volt.
DE l'eNJAMBEHENT.
Lorsque le sens commence dans un vers et finit dans une partie du vers suivant ^ on dit que le premier vers enjambe, ou qu'il y a enjambement.
L'enjambement est interdit au vers alexandrin^, surtout dans les genres soutenus. Boileau fait un mérite à Malherbe d'avoir établi ou du moins respecté * cette règle :
Et le vers sur le vers n'osa plus enjamber.
Ronsard Ta complètement ignorée :
Hélas ! prends donc mon cœur avecque cette paire De ramiers que je t'offre ; ils sont venus de Taire... Et le banc périlleux, qui se trouve parmi Les eaxix, ne t'enveloppe en son sable endormi.
La Harpe lui en fait le reproche : « Son affectation presque continuelle d'enjamber d'un vers à l'autre, est essentiellement contraire au caractère de nos grands vers. Notre hexamètre, naturellement majestueux, doit se reposer sur lui-même; il perd
1. « Nos Yers souffrent très-peu d'inversions, et ne permettent aucun en** jambement » (Voltaire.)
2. La Harpe remarque qu'avant Malherbe, Philippe Desportes eut soin assez généralement d'éviter l'enjambement Du reste, ce défaut, si fréquent au XVI* siècle, ne se trouve pas dans les premiers temps de notre poésie* Voyeà la note & la fin du volume.
DE l'eniambsment. 67
toute sa noblesse si on le fait marcher par sauts et par bonds : si la fin d'un vers se rejoint souveqt au commencement de Taulre, Teffet de la rime disparaît, et Ton sait qu'elle est essentielle à notre rhythme poétique... Toujours rempli des Grecs et des Latins, Ronsard va sans cesse enjambant d'un vers à l'autre :
Celte nymphe royale est digne qu'on lui dresse
Des autels....
Les Parques se disoieot : Charles, qui doit venir
Au monde....
Je veux , s*il est possible , atteindre la louange
De celle....
« Il ne s'aperçoit pas que placer ainsi une chute de phrase au commencement d'un vers, est tout ce qu'il y a de plus ridicule , et qu'alors , pour me servir d'une expression triviale, mais juste, le vers tombe sur le nez, ou plutôt qu'il n'y a plus de vers. »
Les poëtes de ce temps font perpétuellement la même faute :
Dorât, qui, studieux, du mont Parnasse avoit
Recotmu les détours, et les chemins savoit
Par où guider mes pas. 0 muses, qu*on me donne
De lauriers et de fleurs une fraîche couronne! baÏp.
Mais puisque c*est le temps , méprisant les rumevn
Du peuple, laissons là le monde et sas humeurs, béguiu.
Car puisque la fortune aveuglémenC dispose
De toui, peut-être enfin aurons-nous quelque chose. n>.
L'Immortel attendri n^eut pas sonné sitôt
La retraite des eaux, que soudain flot sur flot
Elles vont s* écouler; tous les fleuves s'abaisseni. w vautas»
Et inAme les élèves de Malherbe y retombent quelquefois :
Vous ne me verrez plus assis dessus les bords
De VOS ruisseaux d'argent, rompre votre siience Par mes divins accords, maynabd.
Dans une de ses premières tragédies \ Racine a laissé échapper un enjambement :
Le feu de ses regards, sa haute majesté Font eannoitre Alexandre. Et certes son visage Porte de sa grandeur l'ineffaçable image.
Corneille; Boileau, Racine, n'étaient pas des autorités pour les mauvais poètes de leur temps, et l'enjambement fut pratiqué même dans le grand siècle. Boileau cite des vers d'un abbé Régnier, traducteur de V Iliade, qui en sont remplis :
Il faudrolt que je fusse, interrompit Achille, Bien indigne, bien lâche , et d'une âme bien vile Pour te céder. Commande aux autres à ton gré, . . Consultons un devin, un prêtre, un interprète De songes. Car souvent, etc.
C'était un retour vers la barbarie.
Roucher, qui publiait en 1779 son poëme des Mois, offre des exemples trop nombreux d'enjambement :
Il sort; Rose après lui retrouve sur la plage Ses voiles*, et tous deux sont rentrés au village...
i. Alexandre,
2. Je n'ai trouvé dans Roucher que ce seul exemple d*un enjambement aussi choquant; mais, chez lui, l'enjambement d'un hémistiche n'est pas rare. Il faut avouer cependant qu'il a souvent tiré bon parti du rejet d'un ou de plusieurs mots, ainsi qu'on le verra quand nous parlerons de l'harmonie Imitative. La Harpe , qui a traité cet écrivain avec une extrême sévérité , a beaucoup exagéré le nombre et le défaut de ses enjambements.
On ne s'étonnera pas de trouver des vers qui enjambent dans la traduction de l'Enéide, par Delille, laquelle offre des négligences de toute espèce :
0 jeunes voyageurs, dites-moi dans quels lieux
Ji puit la retroucer. £née à la déesse
Réftond tn pêu dt mott. La jeune cbasseresbe, etc.
DE l'enjambement. 69
Mais, tandis que la neige au fond d'une chaumière Relègue Vindigent, le char de la lumière Boule, et touche au solstice, et la plus longue nuit Pour douze mois entiers sous la terre s'enfuit.
Première remarque. L'enjambement est permis quand on a soin d'ajouter aux mots rejetés un développement qui complète le vers :
Oui, Raccorde qu'Auguste a droit de conserver
L'empire, où sa vertu l'a fait seule arriver, corn.
Elle se croit déjà souveraine maîtresse
Dun sceptre partagé, que sa bonté lui laisse, id.
Un style trop égal et toujours uniforme
En vain brille à nos yeux : il faut qu'il nous endorme, boil.
Qui voit sous ses drapeaux marcher un camp nombreux
De hardis étrangers, d'infidèles Hébreux, bac.
Enfin je me dérobe à la joie importune
De tant d'amis nouveaux que m'a faits ma fortune...
Mais sous vos étendards j'ai su déjà ranger
Un peuple obéissant, et prompt à vous venger...
Il voit plus que jamais ses campagnes couvertes
De Romains que la guerre enrichit de nos pertes, m.
Ainsi de toutes parts les plaisirs et la joie
àfabandonnent, Zaïre , et marchent sur leurs pas. volt.
Deuxihne remarque. Il est encore permis lorsqu'il y a une suspension , réticence ou interruption :
N'y manquez pas du moins : j'ai quatorze bouteilles Uun vin vieux... Boucingot n'en a pas de pareilles, boil. Est<:e un frère? est-ce vous dont la témérité S'imagine?.,. — Apaisez ce courroux emporté, gobn.
Troisième remarque. L'enjambement n'est pas proscrit d'une manière aussi rigoureuse des genres
Celui que vong cherchez, dont la faveur des cieui
A coruêrvi Uê jouté, le voici. Que de grftcea ..,,. • ;
Ne lui dtvonê-nouê peu ? 0 vous que no» disgrâce»
Ont t9ul§ intireiêéi : en proie à tant de maux , etc^ ^ '
70 OHAPITEB YIi
simples, tels que la comédie , la fable, le conte, Tépître badine :
Que monsieur Chicaneau, puisqu'il est là-dedans ,
PPen sorte d'aujourd^hui, L*Intimé, prends-y garde, rag.
Regarde dans ma chambre et dons ma garde^robe
Lb$ portraits des Dandine : tous ont porté la robe. id.
Par la sambleu, monsieur, je ne croyois pas être
Si plaisant qw je suis. mol.
Je l'ai Yu , dis^je , vu, de mes propres yeux tu ,
Ce qu*on appelle tu. Faut*il voua le rebattre
Aux oreiUes cent fois, et crier comme quatre? id.
Essayons toutefois si par quelque manière
Nous en viendrons à bout. Ils descendent tous deux, u vont.
Les derniers traita de l'ombre empêchent qu'il ne voie
Le fkt : il y tombe, en danger de mourir...
Le phaéton d'une voiture à foin Vit son char embourbé» Le pauvre homme étoit loin De tout humain secours : c'éloit à la campagne, Près d'un certain canton de la Basse-Bretagne, id.
Quatrihne remarque. On tire quelquefois de Tenjambement d'heureux effets d'harmonie imitative. Nous en parlerons dans un des chapitres suivants.
Cinquième remarque. L'enjambement est souvent adtpisdans les vers de dix syllabes. Nous reviendrons également sur ce point.
Observation générale. La règle de Tenjambement est une règle fondamentale qui, avec la rime, tient à Tessence même de notre système de versification; et ces deux règles sont intimement liées. Comme Ta bien senti La Harpe, nos vers ne peuvent enjamber^ parce qu'ils riment^; et la rime étant une des pre-
i. Dans un mémoire excelleiit , et trop peu comitt, sur la nécessité de la rime dans les vers français , le sarant et <*egrettable M. Mabttn me paraît aToir transposé à tort les deux termes du rapport que Je viens d'indiquer. Il arrive
DE l'emjambememt. 71
mières conditions de notre poésie , tout ee qui tend à la faire disparaître est un véritable contre-sens.
Prenons une fable de Benserade , et examinons le rhytbme produit par renjambement :
Quelqu'un fit mettre au cou de son chien, qui mordoit, Un bâton en travers. Lui se persuadoit Qu*on Ven estimoit plus. Quand un chien vieux et grave Lui dit : On mord en tratlre aussi souvent qu'en brave.
Comme les hémistiches de nos alexandrins sont égaux, Toreille^ n*étant plus guidée par la rime, unira facilement deux hémistiches de deux vers différents, et sera ainsi complètement déroutée :
.... Quelqu'un fit mettre au cou De son chien , qui mordoit, un bâton en travers. Lui se persuadoit qu'on l'en estirooit plus. Quand un chien vieux et grave, etc.
Voilà des vers sans rimes qui, sous le rappqrt de la cadence, satisfont mieux Toreille que les précédents; car elle demande que le repos le plus marqué soit à la fin du vers , plutôt qu'au milieu ^
à cette conclusion : « C'est donc Tlmpulssance de faire enjamber les vers qui est, dans tous les cas possibles, la cause du besoin de la rime dans les vers français. »
I. n fallait que la littérature du xix* siècle fût destinée à subir tous les genres de licence , pour que Tenjambement osât reparaître de nos Jonrs. Quelques essais tentés, il y a peu d'années, pour exhumer et rétial^ter ce système honteusement rétrograde, ont été si malheureux, qu'ils ne semblent pas devoir se renouveler. Remarquons , en passant , que c'était le comble du ifdicuie, chex les auteurs que nous désignons ici , de se donner bien de la peine à chercher des rimes riches , quand ils enjambaient Ils ressemblaient a un homme qui aurait la manie d'acheter des meubles magnifiques, et qui les placerait précisément dans un lieu où personne ne pourrait les voir.
DE LÀ 8CGCBWI0N PBS RIMES.
Règle générale. Une rime masculine ne doit pas être suivie immédiatement d'une rime masculine différente, ni une rime féminine d'une rime féminine différente.
Marot, et à plus forte raison les poëtes antérieurs,
n'ont pas connu cette règle. Ainsi l'exemple suivant
présente successivement trois rimes féminines diffé*
rentes :
Pâtres alors de chacune contrée Feront entre eux une gaie assemblée Pour ce grand bien et heureuse nouvelle. Qui leur repos et aise renouvelle; D'autre côté, gracieuses bergères A te louer se montreront légères, Et, qui plus est, gras bœufs en brameront, Et par plaisir brebis en bêleront, mabot.
La réforme, sur ce point, s'introduisit vers la fin du XYi* siècle S et ce perfectionnement est depuis lors acquis à notre poésie.
On commence une pièce de vers indifféremment par une rime masculine ou par une rime féminine. La première rime une fois établie, voici les différentes combinaisons qu'on peut admettre :
i. Voyez U note k la fln du volume.
SCCCBftSION DES RIME8. 73
1* Les rimes plates ou snwies sont celles qui se succèdent par couples de deux ^ alternativement masculines et féminines :
Du zèle de ma loi que sert de yous parer? Par de stériles vœux pensez-vous m^honorer? Quel fruit me revient-il de tous vos sacrifices? Âi-je besoin du sang des boucs et des génisses? Le sang de vos rois crie, et n'est point écouté. Rompez, rompez tout pacte avec l'impiété; Du milieu de mon peuple exterminez les crimes : Et vous viendrez alors m'immoler vos victimes, bac.
« Les vers masculins sans mélange , dit MarmonteU auraient une marche brusque et heurtée; les vers féminins sans mélange auraient de la douceur, mais de la mollesse. Au moyen du retour alternatif ou périodique de ces deux espèces de vers , la dureté de Tun et la mollesse de l'autre se corrigent mutuellement; et la variété qui en résulte est, je crois, un avantage de notre poésie sur celle des Italiens , dont la finale est toujours faible, excepté dans les vers lyriques. »
2"* Les rimes croisées présentent alternativement un vers masculin et un vers féminin. On donne encore ce nom à deux rimes masculines séparées par deux rimes féminines suivies, ou réciproquement :
Tel, en un secret vallon, Sur les bords d'une onde pure, Croit, à l'abri de l'aquilon, Un jeune lis, l'amour de la nature, rac. Ainsi l'on vit l'aimable Samuel
Croître à l'ombre du tabernacle :
Il devint des Hébreux l'espérance et l'oracle. Puisses-tu, comme lui, consoler Israël! id. Rions, chantons, dit cette troupe impie; De fleurs en fleurs, de plaisirs en plaisirs
74 CHAFITHB VU.
Promenons nog désir» :
Sur l'avenir insensé qui se fie. rag.
3"" Les rimes mêlées sont cQlle9 dont la succeMion n'est soumise qu'à la règle générale donnée ci-desaus. Les chœurs d'Esther et d'ii^Aab'asont en rimes mêlées :
Quel astre à nos yeux vient de luire?
Quel sera, quelque jour, cet enfaqt merveilleux? Il brave le faste orgueilleux, Et ne se laisse pas séduire A tous ses attraits périlleux, bac.
On voit par cet exemple ^ composé de cinq Ters, que y dans ce système , les rimes masculines et féminines peuvent se pas être en nombre égal.
4® Les rimes redoublées offrent le retour ou la coU'*tibuation de la même rime :
Que leur restera-t-il? Ce qui reste d'an songe
Dont on a reconnu Terreur.
A leur réveil (ô réveil plein d'horreur !),
Pendant que le pauvre à ta table Goûtera de ta paix l'ineffable douceur, Ils boiront dans la coupe affreuse, inépuisable. Que tu présenteras, au jour de ta fureur,
A toute la race coupable, bac.
On en voit encore un exemple dans ce beau début de Topera de Proserpine^ par Quinault ; c'est Cérès qui parle :
Les superbes géants, armés contre les dieux,
Ne nous donnent plus d'épouvante :
Ils sont ensevelis sous la masse pesante Des monts qu'ils entassoient pour attaquer les cieux. Nous avons vu tomber leur chef audacieux
Sous une montagne brûlante :
Jupiter l'a contraint de vomir à nos yeux Les restes enflammés de sa rage mourante :
SUCCESSION DBS RIMES. 7Q
JupHar est vietorisuz , Et tout cède à Teffort de sa main foudroyante *.
Les rimes redoublées ont de la grâce dans la poésie légère. Gresset a su particulièrement en faire usage :
Dans cette retraite chérie De la sagesse et du plaisir, Avec quel goût Je vais cueillir Le première épine fleurie, Et de Philomèle attendrie Recevoir le premier soupir I Avec les fleurs dont la prairie A chaque instant va s'embellir, Mon âme, trop longtemps flétrie, Va de nouveau s*épanouir, Et, sans pénible rêverie.
Voltiger avec le zéphyr.
Elles ne se rencontrent qu'incidemment dans une pièce de poésie. Il faut avoir soin^ en général, de nô pas les prolonger au delà de la période :
Quels parfums remplissent les airs?
Où porter mes regards avides?
Des tapis plus frais et plus verts Renaissent dans nos champs arides :
La nature efface ses rides ; Tous ses trésors nous sont ouverts, Et le jardin des Hespérides Est rimage de Tunivers.
C'en est fait; la Vierge céiêste.
En découvrant son front vermeil.
Adoucit d'un regard modeste L'ardeur brûlante du soleil. Biams.
1. < On peut remarquer, dit La Harpe, que le redoublement des rimes en épitbètes, qui est le plus souvent une des causes de la langueur du style, est Ici une beauté, parce qu'elles sont toutes harmonieuses et pittoresques, et qu'elles donnent à tout le tableau une même couleur qui en détermine la ractère. » Voltaire citait avec beaucoup d'éloge cette tirade.
T6 CRAPfTKB VU.
Ici les rimes changent avec la pensée, f/eat ainsi qu'en use Voltaire.
Les rimes redoublées deviennent monotones quand on les prodigue. Ce défaut a été reproché à Bernis^
On trouve des pièces peu étendues dans lesquelles le poëte n'a employé que deux rimes :
Un sot par une puce eut l'épaule mordue.
Dans les plis de ses draps elle alla se l<^er.
« Hercule, ce dit-il, tu devrois bien purger
La terre de cette hydre au printemps revenue !
Que fais-tu, Jupiter, que du haut de la nue
Tu n'en perdes la race, afin de me venger? »
Pour tuer une puce, il vouloit obliger
Les dieux à lui prêter leur foudre et leur massue, la font.
D'autres fois, c'est une difficulté que le poëte s'impose à dessein , pour remplir un cadre obligé. On en voit un exemple dans cette épître de Voltaire :
Mon Dieu! que vos rimes en ine*
M'ont fait passer de doux momens !
Je reconnais les agrémens
Et la légèreté badine
De tous ces contes amusans
Qui faisaient les doux passe-tems
De ma nièce et de ma voisine.
Je suis sorcier, car je devine Ce que seront les jeunes gens.
Je m'aperçus bien, dès ce temps, Que votre muse libertine Serait philosophe à trente ans :
Alcibiade en son printemps Était Socrale à la sourdine.
Plus je relis et j'examine