‹ Traité de versification française où sont exposées les variations de l'accent tonique dans les vers françaisChapitre 67 sur 243 · Estai sur la critique, chant II · texte numérisé non relu

Estai sur la critique, chant II

HARMOMlfi IMITATIYE. 153

Mais les vents en fnreur, la mer pleine de rage

Font-ils d'un bruit affreux retentir le rivage?

Le vers, comme un torrent, en grondant doit marcher.

Qu'Ajax soulève et lance un énorme rocher,

Le vers appesanti tombe avec cette masse.

Voyez-vous, des épis effleurant la surface,

Camille, dans un champ, qui part, court et fend l'air ?

Jjà muse suit Camille, et part comme un éclair, du resnbl.

Delille, tout en sentant le mérite de cette version , a voulu être plus concis, « Je n'ai parlé jusqu'à présent, dit-il\ que de cette harmonie générale qui, par rheureux choix, Tenchaînement mélodieux des mots, flatte agréablement Voreille. 11 est une autre espèce d'harmonie imitative, harmonie bien supérieure à Tautre, s'il est vrai que l'objet de la poésie soit de peindre. Pope en donne l'exemple et le précepte dans des vers imités admirablement par l'abbé du Resnel, et que j'ai essayé de traduire :

Peins-moi légèrement l'amant léger de Flore ;

Qu'un doux ruisseau murmure un vers plus doux encore.

Entend-on de la mer les ondes bouillonner?

Le vers, comme un torrent, en roulant doit tonner.

Qu'Ajax soulève un roc et le lance avec peine :

Chaque syllabe est lourde, et chaque mot se traîne.

Mais vois d'un pied léger Camille effleurer l'eau :

Le vers vole, et la suit aussi prompt que l'oiseau. »

Remarque. Celte analogie de l'harmonie avec l'idée est un besoin du style, et un mérite des grands écrivains. 11 y a peu de goût à choisir une couleur repoussante pour représenter des objets gracieux, ou des tons brillants pour des objets hideux.

I. Discourt préliminaire qui précède la traduction des GéorgiqiLei, Ce discours renferme d'Intéressants détails sur rbarmonle Imitative dans notre poésie.

154 CHAPITRE xin.

La Harpe critique avec raison ce vers de Fontenelle :

De la voix de Daphné que le doux son me touéhe !

« Un hémistiche aussi dur que le doux son me touche , pour exprimer la douceur de la voix I »

H adresse un reproche semblable à ce passage de Piron f faisant parler un berger :

On sait de votre sœur Tinquiétude extrême : Elle fait du reproche un usage fréquent.

Mais d'une bouche qu'on aime

Le reproche est-il choqwtni ?

De Tamitié véritable

C'est le signe convaincant ; •

C'est le langage Moquent

D'un sentiment respectable.

Plus il est, par conséquent.

Continuel et piqwmt.

Plus l'amant est redevable.

« Cette gravité si déplacée d'expressions morales , ce choix de rimes si pesamment redoublées, ces aigres consonnances et ces tournures laborieuses, voilà ce que Piron sait tirer de la flûte pastorale. »

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