I. Voyez ci-dessus, p. 53 et sulr
HARMONIE IMITATIYE. 155
d'harmonie imitative ^ Nous en trouvons un dans ces vers y déjà cités :
Gardez qu'une voyelle, à courir trop hâtée.
Ne soit d'une voyelle en son chemin heurtée, boil.
Voici des exemples analogues :
Là Xénophon dans Vair heurte contre un La Serre, boil.
L'avocat au palais en hérissa son style, ip.
L'essieu crie et se rompt, rac.
Des coursiers attentifs le crin s'est hérissé, m.
Après bien du travail, le coche arrive cm haïut. la vont.
Par le fer façonnée elle allonge la hache, hagins le fils.
Racine le fils signale avec raison une intention pareille dans ce vers de Boileau :
Le chardon importun hérissa nos guérels.
§ 3. HABMONIB miTATIVB RÉSULTANT PB LA CAPBNCB.
On produit encore l'harmonie imitative par le choix des syllabes longues ou brèves » pesantes ou rapides^ par la disposition des accents , la place d'un mot, remploi d'une inversion.
r Pour peindre un mouvement prompt, une course agile, on choisit une cadence légère:
Je m'en vais les pleurer. Va, cours, vole et me venge, corn. Sa servante AHson la rattrape et la suit. boil. Du passant qui le fuit semblent suivre les yeux... Le chagrin monte en croupe, et galope avec lui... Apprenti cavalier, galoper sur ta trace...
4. Nos vieux poètes ne possédaient pas cette facture habile du vers : ils sont bien souvent rocailleux, sans songer aucunement h riiarmonie imita- Uve. Voici cependant un passage où Marot, soit hasard, soit Intention, a heureusement peint U nature :
Mais tempête subite ,
En troublant l'air, cette mer tant irrite Que la nifhewrte an roc cachi bous l'onde.
Marchez, courez, volez où l'honneur vous appelle, boil. Où fuirai-je? Elle vient, je la vois... je suis mort. id. Fais donner le signal, cours, ordonne et reviens, rac. Va, cours; mais crains encor d'y trouver Hermione. id. Compagnons, apportez et le fer et les feux; Venez, volez, montez sur ces murs orgueilleux, volt. Les torrens bondissans précipitent leur onde, dklillb. Dans les champs effleurés il court, vole et fend l'air, ro.
Voyez comme La Fontaine peint avec vérité le lapin allant prendre le frais à la pointe du jour :
n étoit allé faire à l'aurore sa cour Parmi le thym et la rosée.
Après qu'il eut brouté, trotté, fait tous ses tours, etc.
Dans le début de la fable de Perrette et le Pot au lait, les syllabes sont également coulantes , les nombres précipités :
Perrette, sur s^a lète ayant un pot au lait,
Bien posé sur un coussinet, Prétendoit arriver sans encombre à la ville. Légère et court-vétue, elle alloit à grands pas, Ayant mis ce jour-là, pour être plus agile,
Cotillon simple et souliers plats, la font.
Saint-Lambert a su tirer parti du rbythme , dans les vers suivants :
Le foudre éclate, tombe, et des monts foudroyés Descendent à grand bruit les graviers et les ondes. Qui courent en torrens sur les plaines fécondes.
« La phrase court, la construction descend et se précipite : voilà les secrets du style poétique. Comparez à ces vers celui où Roucher a voulu peindre la même chose :
Les torrens en fureur des montagnes descendent.
u Vous verrez que le rhythme est vif dans le premier hémistiche, et lent dans le second, ce qui forme
un contre-sens pour Toreille ; et ce sont là de ces fautes qu'un vrai poète ne commet point \ »
2"" La lenteur y Teffort, la difficulté , le calme, Taccablement, seront rendus par des syllabes lourdes, pénibles, par des cadences graves, pesantes :
Déjà de toutes parts s'avançoient les approches. Ici couroit Mimas; là Typhon se baltoit, Et là suoit Eury te à détacher les roches Qu'Encélade jetoit. malh.
Dans le premier de ces deux derniers vers, on sent le travail du géant qui détache la roche; dans le dernier on la voit partir •.
Quatre bœufs attelés, d'un pas tranquille et lent Promenoient dans Paris le monarque indolent, boil.
Les vers, dit La Harpe *, marchent aussi lentement que les bœufs qui tiraient le char.
Le blé, pour se donner, sans peine ouvrant la terre, N'attendoit pas qu'un bœuf, pressé de l'aiguillon. Traçât à pas tardifs un pénible sillon, boil.
On est contraint, dit Racine le fils, de prononcer ces vers avec peine et lenteur; au lieu qu'on est emporté malgré soi dans une prononciation douce et rapide par celui-ci :
Le moment où je parle est déjà loin de moi. noa.
La Harpe ^ analyse ainsi le commencement d'une fable de La Fontaine :
Dans un chemin montant, sablonneux, malaisé.
i. La Harpe [Court de Littérature, U VIU, p. 101 ).
2. La Harpe (L II, p. 240). La dernière remarque a trait à une wrie d'harmonie Iroitattve dont nous parlerons blentdu