I. De même dans Ronsard
Cette Andromaqoe, à qui refltomac fend D'aite tt de craintt, acooloit son enfant À plia itrréi^ comme fait le lierre Qui de ses main» le» murailles enserre.
182 GHAPlTAfi tIT.
Cet enjambement est non-seulement une dee licences, mais un des agréments du slj^le marotique* :
Auprès des rois il est de pareils fous :
A vos dépens ils font rire le matlre;
Pour réprimer leur babil, irex-vous
Les maltraiter? Vous n*étes pas peut-être
Asiet pm$$ant. Il faut les engager
A s'adresser à qui peut se venger, la po!<rr.
J*ai peu loué. J'eusse mieux fait encore
De huer moins» Non que pincer sans rira
Soit de mon goût. Je tiens qu'en fait d^ écrire,
Le meilleur est de rire sans pincer.
Nous ne devons les vices caresser;
Mais, d'autre part, il ne faut les reprendre
Trop aigrsmênt. Les hommes, à tout prendre,
Ne sont méchans que parce qu'ils sont fous ;
Ce sont enfans moins dignes de courroux
Que de risée, aonss.
Voltaire a manié ce ôtyle avec agrément, et a su en reproduire les allures :
Quelle est plus loin cette autre déité?... Mais dont l'air noble et la sérénité Me plaît asset. Je vois à son côté Un sceptre d'or, une sphère, une épée, Une balance. Elle tient dans sa main Des manuscrits dont elle est occupée.
Tout l'ornement qui pare son blanc sein Est une égide.
Enfin , voici un exemple de Gresset :
Déjà les cœurs s'envolent à Nevers :
Voilà d'abord vingt têtes à l'envers
I. Je crois quMl peut s*expUqucr autrement que par l'exemple de Marot Dans TalexandriD, le rejet d'un hémistiche tend à introduire de la conrusion dans le rhythme, k cause de l'égalité des deux hémisticlies; mais dans le vers de cinq pieds, la césure après le second ne permet pas à i'oi*eiUe de se méprendre.
?miT un oiêêau. L*on écrit tout à l'h«iire En Nivernais à la supérieure.
Mais il ne faut pas prodiguer cet enjambement : s'il se présentait trop souvent^ il deviendrait faati* dieux.
Remarque. Excepté ce cas, tous les autres enjam^ bements , qui seraient condamnés dans le vers alexandrin I devront Tétre dans celui de dix syllabes* Et môme, quand deux pieds sont rejetés i le mot qui commence le second vers ne doit pas être intimement lié par le sens et la prononciation au mot qui termine le vers précédent. Voici, par exemple, un enjambement vicieux ' :
Crois que ma plume amoureuse, qui t'a
Tant fait hommr, dont très-mal s'acquitta, etc. makot.
ACCENTS. — Gomme le verâ alexandrin, le vers de dix syllabes a deux accents principaux , celui de la césure et celui de la rime.
Quand Tun de ces accents n'est pas assez marqué, le vers perd tout son rhythme*.
Le vers de cinq pieds a de plus un accent mobile^ qui se place dans la seconde partie, sur la sixième, la septième ou la huitième syllabe ' :
J'ai vu rimpie ador^ sur la terre, bac.
Ma vie à peiue a oommene^ d'éclore.M
Et nous portons la peine de leurs crimes, id.
1. Voyez dé notnbfeux exemples d*fehjïmbeinent d&ns la note IS.
2. Voyez te qui a été <nt pour le vers alexandrin, p. 13 et 66.
3. La seconde partie dn ce vers étant exactement Un hémistiche de l'alexandrin, ce qui a été dit suf les accents de ce dernier est applicable Id. Voyez cl-deasus, p. 133 et suiv.
Comme dans riiémistiche du vers alexandrin , le rapprochement de deux accents produit de la dureté :
Et s'appeloit par son propre nom Crainte \ uarot.
Sa NATURE; SON EMPLOI.— ^ Le vcrs de dix syllabes n'offre pas les mêmes ressources que le vers alexandrin pour les coupes, les suspensions, en général les effets qui tiennent au rhythme; mais il est sauvé de la monotonie par l'inégalité de ses deux hémistiches. Moins majestueux que le vers de douze syllabes , il a sur lui l'avantage d'un mouvement plus vif et plus pressé dans le passage d'un vers à l'autre , et par là il semble mieux convenir à la poésie familière et légère*.
La Harpe lui trouve également une allure familière, par laquelle il semble se prêter plus que tout autre au style marotique. Il le déclare, en outre, le plus facile de notre langue.
Le vers de dix syllabes est le plus ancien de nos mètres \ 11 a tenu la première place encore après Marot. Un genre même où le majestueux alexandrin semble le plus convenable, le genre épique, faisait usage du décasyllabe, qu'on nommait pour cette raison vers héroïque. Ronsard l'a employé dans sa Franciadef mais il le regrette. Du Bellay, Ronsard et ses élèves ont remis le grand vers en honneur.