‹ Traité de versification française où sont exposées les variations de l'accent tonique dans les vers françaisChapitre 90 sur 243 · Voyc2 la note i la fin du Volume · texte numérisé non relu

Voyc2 la note i la fin du Volume

404 ÇH^HTRK XI Y.

Je tomberai cooime une fleur Qui D'à vu qu'une aurore.

Hélad ! si Jeuue encore, Pur qiMrl crime ai-je pu mériter mon malheur? rac.

DaaB les odes^ on le voit fféquemment entremêlé avec de plus longs mètres :

Mais elleétoit du monde où les plus belles choses

Ont le pire destin; Et, rose, elle a vécu ce que vivent les roses,

L'espace d'un matin, malh.

On le trouve tout seul dans le genre lyrique :

Suivons partout ses pas ' :

On ne peut la connoUre Sans aimer ses appas.

Le bonheur ne peut être Où la Vertu n'est pas. odinacIiT.

Iris charme mon âme ; Bt qui pour elle aura Le moindre brin de flamme, Il s'en repentira, mouèrb.

Voici un couplet d'un opéra moderne ^ de Joconde :

Ah 1 d'une ardeur sincère Le temps peut nous distraire; Mais nos plus doux plaisirs Sont dans les souvenirs.

On pense, on pense encore A celle qu'on adore :

Et l'on revient toujours A ses premiers amours, étibiinb.

La poésie légère j qui emploie souvent le vers de sept syllabes et celui de cinq , n'emploie guère celui de six. La raison en est; je pense, que le vers de

1; Les pas de la YertUf

Y£RS DE DiFFJ^H^KTKS MESURES. 195

trois pieds forme un hémblicho de ralexaudrin, el trompe Toreille pisir cette ressemblance.

Il prend les deux mêmes accents que rhémistiche du grand vers.

§ 7. VERS DS CINQ 8f LLABBS.

Le vers de cinq syllabes, ou de deux pieds et demi, est tantôt seul, tantôt joint à des mètres plus longs : dans les deux cas , il est souTent destiné à la musique. Ex. :

Dieu descend, el revient habiter parmi nous : Terre, frémis d'allégresse et de crainte ; Et vous, sous sa majesté sainte, Cieuz, abaissez-vous. lUc.

On le trouve dans une chansonnette de Malherbe :

Cette Anpe si belle, Qu*on vante si fort, pourquoi ne vient-elle ?

Vraiment elle a tort.

Dans des intermèdes de Molière :

Dans vos chants si doux, Chantez à ma bellO) Oiseaux, chantez tou»

Ma peine mortelle.

Mais si la cruelle

Se met en courroux • i

Au récit fidèle Des maux que je sens pour eUdi

Oiseaux, taisez-vous.

Et souvent dans Quinault :

CSiantons tour à tour Dans ces lieux aimables :

Les dieux favorables

Y font leur s^our; Les seuls traits d'amour

Y sont redoutables^ *

Chantons tour à tour Dans ces lieux aimables.

Rousseau l'a employé avec bonheur dans sa Cantate de Gircé :

Sa voix redoutable Trouble les enfers ; Un bruit formidable Gronde dans les airs ; Un voile effiroyable Couvre l'univers ; La terre tremblante Frémit de terreur*; L'onde turbulente Mugit de foreur ; La lune sanglante Recule d'horreur.

On s'en sert aussi dans des pièces de longue haleine, particulièrement du genre descriptif.

Madame Deshoulières Ta choisi pour son idylle allégorique, que tout le monde connaît :

. Dans ces prés fleuris Qu'arrose la Seine, Cherchez qui vous mène, Mes chères brebis.

J'ai fait, pour vous rendre Le destin plus doux, Ce qu'on peut attendre D^une amitié tendre ; Mais son long courroux Détruit, empoisonne Tous mes soins pour vous,

I. Uu critique moderne, M. Onésimc Leroy, a signalé le même rbythme dans une ancienne pièce de la Passion :

Le ciel s'obscurcit, Le )our souffre nuit, La teiTe frémit, Seutaot telle oulmnce.

Et vous abandonne Aux fureurs des loups.

Seriezpvoos leur proie, Aimable troupeau, Vous de ce hameau L'honneur et la joie? etc.

Gentil Bernard a écrit plusieurs pièces en ce mètre \ Voici un fragment d une Épître sur V Hiver :

Coulez, mes journées, Par un nœud si beau Toujours enchaînées, Toujours couronnées D'un plaisir nouveau !

Qu'à son gré la Parque Hâte mes instans, A son gré les marque Aux fastes du temps!

Je l'attends sans crainte :

Par sa rude atteinte Je serai vaincu ; Mais j'aurai vécu.

Nous citerons encore le commencement d'une

Dpscription poéiiffiie du Matin , par Bernis :

Le feu des étoiles Commence à pâlir; La Nuit dans ses voiles Court s'ensevelir ; L'ombre diminue, Et, comme une nue, S'élève et s'enfuit; Le jour la poursuit, Et par sa présence Chasse le silence, Enfant de la nuit.

L'amoureux Satyre,

4. « Madame Deshoutlèrcs et Bernard se sont 8er\-is heureusement de ces pelUs vers dans des sujets Kraeleux. » (La HAapR«}

19H CHAPITRE ttV.

Au malin sourire, Déjà dans les bois Conte son martyre; Mais, sourde A sa toix, La nymphe timide Fuit d'un pas rapide.

Cee vers ont un accent intérieur^ dont la place varie *♦

S 8. VBRS DB OÛATAB 8TLLAU8.

A mesure que nous avançons > les mètres vont devenir d'un usage de plus en plus rare.

Le vers de quatre syllabes , eu de deux pieds, s'emploie seul ou se mélange avec de plus grands vers '. Il convient au genre lyrique et au genre familier :

Rompet Tos fers, Tribus captives; Troupes fugitives, Repassez les monts et les mers, rac,

Quinault en a fait souvent usage :

Que nos prairies •

Seront fleuries!

Les cœurs glacés Pour jamais en sont chassés.

Ces lieux tranquilles

Sont les asiles

Des doux plaisirs Et des heureux loisirs.

La terre est belle,

La fleur nouvelle

Rit aux zéphyrs.

i. Voyei, A la fin du volume, la note .3î. î. Vof^x la note ^X

VERS DE DIVPtAfittYBft MESURES. 199

La FûBlAine, qui a employé toutes les meêureSi offre quelques Yen de deux piede :

Quatid la perdrix Voit 8M petit»

En danger, et n'ayant qu'une plume nouvelle.

Une pièce de Bernard^ intitulée Le Hameau, est en vers de quatre syllabes :

Rien n'est si beau Que mon hameau.

0 quelle image!

Quel paysage Faitpour WatteauM Mon ermitage Est un berceau Dont un treillage Couvre un caveau.

Au voisinage, Cest un ormeau.

Dont le feuillage Porte un ombrage A mon troupeau; Cest un ruisseau Dont l'onde pure Peint sa bordure

D*un vert nouveau.

Voici encore dans cette mesure quelques vers faciles de Parny :

Hier Nicette Sous dee bosquats Sombres et frais Marchait seulette.

Elle s'assit Au bord de l'onde

Claire et profonde, Dêui fois s'y vil Jeune et migoonaei Et la friponne Deux fois sourit.

Ce mètre n'a d*accent constant et nécessaire qae celui delà rime.

K 11 peut quelquefois I dit La Hai^Ci être employé avec succès y pouivu que ce soit avec sobriété; car Toreille serait bientôt fatiguée du retour trop fréquent des mêmes sons^.. Il y aurait de Tinconvénient à les prolonger (ces vers): ils ne sont faits que pour des pièces de peu d'étendue. Comme la difiienUé de se

^ I. Célèbre psyngiste.

200 CHAPITBE XIV.

resserrer dans un rhytbme très*étroit est un de leurs mérites, cette difiiculté, trop longtemps vaincue, ne paraîtrait qu'un jeu d'esprit, un effort artificiel, et c'est ce qu'il faut éviter en tout genre. »

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