‹ Traité de versification françaiseChapitre 108 sur 212 · D'une clianson l'aile en lôlô · texte numérisé non relu

D'une clianson l'aile en lôlô

QUANTITÉ STLLABIQUE. ^ 319

Les Sûmes âoot de cel avis, Et du vendredi ils ont peur.

Cette quantité est admise sans contestation :

A qui suffit, pour toute garde,

Un Suisse avec sa hallebarde, chapelle et bacii.

Ce large suisse à cheveux blancs

Qui ment sans cesse à votre porte, volt.

Aa. — Les deux a ne comptent que pour une syllalH! dans Aaron : nous en avons donné des exemples, et l*on pourrait en ajouter beaucoup d'autres.

Au x\T siècle, le mot Isaac était également disyllabe :

Ne Textermine point : nous soromes la semence D'hcmc, ton serviteur, tes enfans û^alliancc. gabmeh. Souvienne-toi d7saac et de Jacob, nos pères, id.

Son fils Isaac quasi sacrifié, de bèze.

Que le vrai Dieu par Isaac m*a donné, id.

« Si l*on veut bien prononcer , dit la poéti(|ue provençale ', il faut écrire Abraam et prononcer Ahram, de mémo (|uc Isaac, et leurs semblables , comme Aaron, »>

En français je n*ai pas vu d'exemple A* Abraham ne faisant (|ue deux syllabes.

Ai, AY. — La prononciation indique comment doivent élrc scandés les mots qui reçoivent ce gioupe de voyelles, l"" Ordinairement Tt compte pour une syllabe :

Aux temps les plus féconds en Phrynés, en Lais, boil. Adieu, beaux orangers, adieu les Danàides, desmarets. Et d'un bon vin d'Aï Finfluence féconde, delille.

Le verbe haïr a une conjugaison très-bizarre : il prend généralement la diérèse , mais il Tabandonno dans je hais, lu hais, il hait. On trouve des exemples du futur conjugué sans diérèse \je hairai, etc. Ex. :

S*il le hait et hairra dès or. (a. de la rose.) Il convient que je te hairai, (patubliu.) Ils dompteront quiconque les haira, de bèzb.

i. Lot Flmi del gay saber, p. 41).

2" Vi forme ime diphthongue avec la voyelle suivante dans naïade, paien, aieux, Ex. :

Dames des eaux, les naïades gentilles, maiot.

Et de leur lit sortir blanches naïades, aouas.

Le païen cependant s'en promettoit merveille, la pont.

S"" Le mot paysan était anciennement et est encore trisyllabe :

Le patron/' sut bien Saint-Biichel appeler, (jubinal.) Li païsant li ont conté et dit. (garin.) Ce sont vilain et pdïsan. bbnoist.

Et païsant ioui environ, (brut.) Li chevalier des villes, et li bon païsant, (non.;

Les paysans plusieurs animaux trouvent, uabot. Je sais un paysan qu'on appeloit Gros-Pierre, mol. Le bon Socrate, Ésope et certain paysan, la font.

Cependant au xvr et au xvu* siècle , la prononciation de ce mot n'était pas uniforme, et Ton en fit souvent un disyllabe, pai-san :

Au prix de voir pauvres paisans rustiques, i. mabot. Chez un paisant demandoit à repaître, saint-gblais.

Du champêtre labeur quand le soigneux paisant

Retaille les guérets d'un contre reluisant, baïf.

Par elle le paisan, quand son croissant éclaire. id.

Le paisan n'ayant peur des bannières étranges, bâgnier.

On fait en Italie un conte assez plaisant

Qui vient à mon propos, qu'une fois un paisant, etc. id. Je verrai, quelque temps après.

Le paisan couché sur les gerbes, théopu. Et sait mieux que les vieux paisatis. id. J'ois braire ici matin et soir Les cinq jMii sans vêtus de noir, boisrobert.

Et la bonne paisanne, apprenant mon désir, mol.

A la fin du xvii* siècle on était définitivement revenu à l'ancienne quantité. « On fait aujourd'hui /Mii^an de trois syllabes,» dit De Lacroix.

i. Co { final remonte à Une liàulc antiquité. H s*est conservé dans le nom propre Vaïsant,

QUAIVTITÉ SYLLABIQUE. * 321

Une chose plus singulière, c'est qu'on trouve quelques exemples de/Niy5 ou pais employé comme monosyllabe :

Et ont laissé, après mainte victoire,

Le pays en paix, en hautesse et en gloire, alain chabtieb.

Du temps perdu, //c/yx conquis, amis morts, id.

Âo. — Nous avons dit que dans Saône, août, les deux ou trois voyelles qui se suivent ne comptent que pour une syllabe , comme aussi dans les mots Laon, paon, faon, saoul, etc. 11 n'en était pas de même dans le principe. Nous traiterons ce sujet dans la note 10.

Pharaon fait trois syllabes. Ce mot a quelquefois été soumis à la contraction des autres noms hébreux :

Depuis le temps que Moïse et Aaron ,

Pour évader l'ire du roi Pharaon, mesciunot.

Scarron prononçait sans doute exlrordinaire quand il scandait extraordinaire de la manière suivante :

Il se mit à gémir en braire Dans le dernier ijctraonliuairv,

Ëa , ÉAU. — 1"* L'absence des accents devait amener de la confusion à l'époque de la renaissance^ lorsciue la propagation des imprimés donnait carrière à la liberté de chacun.

On a fait néanmoins de deux syllabes :

yèatnnoim péché vous a tant exposé, harti.n lefbanc.

De même, au \\v et au xvn* siècle, on a fait assez souvent

le moi Jlcau d'une seule syllabe :

Le fléau d'Espagne et la surté de France, j. maeot. (x>mnie s'il fût le fléau de justice divine. lo. Tous Ips flMux des humains, la peste et la famine, ciiapclaiiv. Ces fléaux du ;;enre humain, ces illustres tyrans, dbsmarbts.

Échappés aux brutalos mains

De ce déluge de barbares

Qui furent les fléaux des humains, ghapellb et BAcn.

Cri)endant la vraie quantiti'i était pratiqu«*e dans le méuio

trnip.s :

Être l'ellroi du monde et le flmu de Dieu. cor>. El bienlnt avec eux tous le^ flénud- du lorps. boii.

Et plus anciennement :

Si le fléau le feurre' taille. MARTiif lbpraiic. Tanl li font des fléaux sentir, (r. de la iosb.)

De Lacroix donne encore y^é^ati comme un monosyllabe.

Le contraire a eu lieu pour le substantif eau, qu'on prononçait anciennement éau. Nous parlerons de cette diérèse dans la note 10.

2^ NOTE (page 13).

Nous renvoyons à la note 25 les développements généraux que nous nous proposons de donner au sujet de Vaccent dans les vers français. Nous ne parlerons ici que de ses fonctions à la césure.

I V Ëtant admis que la sixième syllabe du vers hexamètre, et la quatrième syllabe du vers pentamètre, doivent être fortes, doivent être des syllabes d'appui , enfin doivent être accentuées, ce que personne ne conteste, était-il nécessaire qu'il y eût séparation de mots, ou césure, après ces syllabes? La poésie italienne exige aussi certains accents; mais elle n'impose pas l'obligation de les placer sur des finales :

Mentre co-si ragiona , Erminia pende Della so-o-vc bocca intenta c cheta...

Signer, gran co-se in brève tempo hai fatto. tasso.

Voilà trois vers accentués sur la (]uatrième syllabe. Dans» ie premier, l'accent est sur la dernière d'un mot; dans le second, il est sur la pénultième; dans le troisième, il est également sur la pénultième , la dernière s'élidant. Notre versification n'admet maintenant que le premier et le troisième cas; mais le second eût pu être admis.

Voici des vers faits sur le modèle italien : Oui, je viens dans son tpinpie prier rÉternel.

!• LapiUle.

La trompette bruyante Bonnait le retour. Le peuple saint en /ouïe remplit les portiques.

On trouve quelques anciens vers qui ont ainsi , à la place de la césure , une syllabe accentuée sans césure :

Quand l'entrée est maut;at8e du bien spirital. »an db mbung. Or vous en faisr/e don de foi apprise, chaistinb. Par sainte é^ltse christianissime. j. marot.

Il y en a quelques-uns dans les comédies de Voltairei lequel , nous l'avons dit , avait essayé de placer la césure du décasyl* labe après le troisième pied :

U ne repose point, car je l'entends*..

Elle vous (^atte mal, mais la nature...

Le vers suivant est régulier :

Souinrez qu'une dmelet fidèle et sincère, volt.

La cadence serait exactement la même si Ton supprimait la première copule :

SonflOrez qu'une dme fidèle et sincère.

L'oreille trouve là tout ce qu'elle cherche dans la césure » c'est-à-dire une syllabe prédominante qui marque que deux pieds sont terminés (dans le décasyllabe). Mais notre poésie , pour mieiu assurer la syllabe d'appui, a voulu établir en quelque sorte une ligne de démarcation entre les deux portions du vers : de cette façon elle introduisait Faocent intérieur sans même en faire un précepte.

Ce n'est pas sans un vif plaisir que j'ai trouvé dans un poète anonyme l'application de ces idées. Ce poète, qui écrivait à la fin du XV* siècle , a composé un ouvrage intitulé l'An des sept dames. Il y a joint une traduction de la dixième églogue de Virgile. Cette traduction , la seule pièce du recudi qui soit en décasyllabes, présente des exemples nombreux de vers accentués suivant la méthode italienne. C'est là un fait unique, qui me semble d'un assez grand intérêt. Le volume dont je parle étant d'une extrême rareté , je nmltipUerai les citations :

Je te supplie, 6 toi plaisante Muse, Que las poïtei nomment Aréthuse.

Et vous, naiades, déesses trësrbelles...

Car Adonis, qui fut bel et plaisant, Dessus les rives fut brebis gardant...

Bergiers là vindrent et tardifs bouviers... Cruelle Amour de larmes n'est soûlée, Ne que des rives l'herbe non semée, Ou que les mouches des douces fleurettes. Ou que les chèvres des tendres feuillettes... Lors il tout triste leur dit assez haut... Froides fontaines, prés, terres plaisantes... Et puis écrire en plusieurs verts bocages Dedans les arbres mes tendres amours...

Avec les nymphes et autres déesses...

Parmi les fxxï^s et résonnans bois...

Les ombres nuisent aux bleds sans prouQt.

2*> Une preuve de rimportance que nos anciens poètes donnaient au repos de la césure, c'est qu'ils la traitaient coninie la rime, et lui permettaient de prendre une syllabe muette qui n'était pas comptée dans la mesure.

Nous dirions bien, en deux vers :

Mais des bras d'une mère Je devais l'arracher.

La finale de mère s'éteint en quelque sorte , et la continuité du sens ne nous rend pas choquante l'élision de cette muette. Pareillement nos vieux poètes pouvaient mettre dans un grand vers :

Mais des bras d'une mère je devais l'arracher.

Rien de plus fréquent dans les épopées des xn* et xui' siècles : c'est là un des traits caractéristiques de cet ancien système de versification.

Avant de citer des exemples de nos poètes , je remonterai plus haut, et ferai voir que cette règle est déjà suivie dans un fort ancien texte en langue romane. Je veux parler du Poème sur Boéce, ouvrage très-curieux du \* siècle, dont M. Raynouard a fait ressortir l'importance. Voici des exemples de cette syllabe surnuméraire placée à la césure:

Ab la donzella pois an molt gran amor*. De tota Roma l*emperi aig a mandar*.

Quant se reguarda, non a ne tan ne quant*. Zo signifiga de cel la dreita lei *.

Une chose plus frappante encore , c'est que deux syllabes venant après la syllabe accentuée ne comptent pas dans la mesure :

De mpientia \ no fu trop nuallos".

Gontr' avaritia sun £ait de largetat*, Contra tristitia sun fait d'alegretat, Contra mensonga sun fait de veritat, Contra lucxuria sun fait de castitat, Contra superbia sun fait d*umilitat.

Notre poésie naissante , trouvant établie la loi qui autorisait à la césure une syllabe muette surabondante , Tadopta. Ex. :

Desuz deux arbres parvenu est li reis. (roland.) Sur r herbe verte vit gésir son nevold : N'en est merveilles si Caries bad ireur' Par grans batailles jouster et définir. (id.) Car es moustier font les chevaux gésir', Où Dieu de gloire déust être servi ; Et les prévoires * écorchent-ils tout vifs ; Sont archevêques et évéques occis, (garin.) Nous prions Dieu pour trétous vos amis Qu'il les défende de mort et de périls : (Chevalier estes; notre sire vous fit, Et commanda, et de bouche vous dit De sainte église*^ sauver et garantir, (ib.)

Page 1