‹ Traité de versification françaiseChapitre 125 sur 212 · HIATUS · texte numérisé non relu

HIATUS

•« Croyez-vous que la hauteur, un héros, tout le camp ennemi.

Dispersa tout son camp à l^aspect de Jéhu. rac.

et mille autres heurtemens semblables, ne soient pas plus écorchans qu'une simple rencontre de voyelles que nos règles interdisent? Ces règles vous paraissent-elles bien conséquentes? Je conviens que : il alla à Aï les, est affreux; mais je voudrais qu'on ne fit pas plus de grâce aux autres heurtemens que j*ai cités, et qui me paraissent comme ces grands seigneurs qui ne se font respecter qu'à force de morgue. »

Marmontel élève contre la règle de l'hiatus à peu près les mêmes objections.

« L'Ata^5 est quelquefois doux, quelquefois dur... Nonseulement il est quelquefois permis (en prose) , mais il est souvent agréable : c'est au sentiment à le choisir ; c'est à l'oreille à marquer sa place. Nous sommes déjà sûrs qu'elle se plait à la succession immédiate de certaines voyelles. Rien n'est plus doux pour elle que ces mots : Danaé, Lais, Leucothoé, Phaon, Léandre, Aciéon, etc. Le même hiatus sera donc mélodieux dans la liaison des mots ; car il est égal pour l'oreille que les voyelles se succèdent dans un seul mot ou d'un mot à un autre . Il y avait peut-être chez les anciens une espèce de bâillement dans l'hiatus ; mais s'il y en a chez nous , il est insensible , et la succession de deux voyelles ne me semble pas moins continue et facile dans il y a, il a été, que dans //ta, Danaé, Méléagre..,

« Deux voyelles dont les sons se modifient par des mouvemens que l'organe exécute facilement, comme dans Uia, Clio, Danaé, non-seulement se succèdent sans dureté , mais avec beaucoup de douceur. L'hiatus d'une voyelle avec ellemême est toujours dur à l'oreille : J'écrivis à Argos. C'est encore pis quand l'hiatus est redoublé : Il alla à Athènes.

« L'hiatus était permis dans les anciens vers : on l'en a banni par une règle, à mon gré , trop générale et trop sévère. La Fontaine n'en a tenu compte, et je crois qu'il a eu raison.

•« Du reste, parmi les poètes qui observent celte règle en apparence, il n'y en a pas un qui ne la viole en effet, toutes

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les fois que l'e muet fioal se trouve entre deui voyelles; car cet e muet s'élide , et les sons des deux voyelles se succèdttt immédiatement :

Hector tomba sous lui, Troi' expira sous vous. %àc. Allez donc, et portez cette jor à inou frère, id.

« Il y a peu d'hiatus aussi rudes que celui de ces deux vers. La règle qui permet cette élision et qui défend Thiatus est donc une règle capricieuse , et aussi peu d'accord avec elle* même qu'avec l'oreille , qu'elle prive d'une infinité de douces liaisons. »

Le même critique répète à l'article vins , en parlant de l'hiatus : « Je crois avoir prouvé qu'on a eu tort de l'exclure.»

Il me semble que toutes ces objections sont sans réplique, et que la règle de Thiatus est convaincue d'aller contre son objet , qui est l'harmonie , en tolérant le heurtement riel d'une voyelle contre elle-même : la pluie inondant^ perfidie inouie, Piiihée estimé sage, etc., et en proscrivant la ren* contre de deux voyelles qui se fondent ensemble : 7% ei, f« auras, f ai imité, qui espère. Dieu est tout-puissant, etc.

Si l'on vous soumet le vers suivant :

De mon amour fiasse inutile mémoire,

vous y trouverez un hiatus défendu. Uais vous reconnaîtra que ce vers est excellent si Ton vous montre conunent l'écri* vait son auteur :

De mon amour ^ssée inutile mémoire, théoph.

Nous avons cité plusieurs cas où la trop grande tolérance de la règle engendre la dureté.

Tantôt c'est le conflit d'une voyelle nasale avec la voyelle qui commence le mot suivant. Les cas en sont très-nombreux.

Tantôt c'est une r finale, produisant un é fermé , et ne pouvant s'unir par la prononciation à la voyelle qui suit :

Un bénitier aux pieds, va retendre à la porte, boil. Sur votre prisonnier, huissier, ayez les yeux. hac. Se trouver au coucher, au lever, à ces heures, la pont.

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Tantôt c'est un^ autro lettre muette que vous n^ pouvez pas unir davantage à la voyelle suivante :

Le manteau sur le net, ou la main dans la poche, rao. Sans mettre votre nez où vous n'avez que faire, mol. Qui viendra tout à coup, et^oudra des délais, id. L'an suivant, elle mit son nid en lieu plus haut, la font. Le loup en fait sa cour, daube, au coucher du roi...

Ainsi s'avançoient pas à pas,

Nez à nez, nos aventurières, id.

Tantôt c'est une h aspirée précédée d'une voyelle :

Un vieux masque pelé, presque aussi hideux qu'elle, boil.

Et qui même souvent, prévenant son envie,

iit hâté les momens les plus doux de sa vie. mac.

Ce seul dessein l'occupe, et hâtant son voyage...

Me fait quitter ces lieux et hâter ma retraite...

Et cet aveu honteux où vous m'avez forcée...

Peux-tu me demander le désaveu houleux? id.

Afin que d'Isabelle il soit lu hautement, mol.

Je/ure hautement de ne la voir jamais...

Mon Dieu ! que cette instance est là hors de saison I id.

Faire avancer ses gens et hâter la victoire, la font.

Lui dit : Ce sont ici hiéroglyphes tout purs. id.

Tantôt vous trouvez réunis plusieurs des cas précédents :

Rendre docile au frein un coursier indompté, rac. Enfermée à la clef ou menée avec lui. mol.

On peut aller encore plus loin sous la sauvegarde de la règle, et mettre de suite jusqu'à ^rot5 voyelles effectives, toutes ayant une valeur, c'est-ànlire mettre de suite deux hiatus :

Fais-toi des ennemis que je puisse haïr. corn.

Que le grand Mérouée est un roi magnanime...

Nous n'avons point de cœur pour aimer ni haïr.,,

J*ose reprendre un cœur pour aimer et haïr...

Mais elle est mariée? — Oui, depuis quinze jours, ip.

Et moi, je suis montée au haut de la muraille, rac

L armée à haute voix se déclare contre elle...

Un désordre, un chaos, une cohue énorme. .

J'ai pris la vie en haine et ma flamme en horreur, id.

Voilà le fo» haï, voilà Gygès aimé, la font.

A ces mots, il se 6t une telle huée, la font.

On le hua; pas un n'en offrit rien...

Qui de son troc bien fâchée et hùnteusê. id. Et de l'avoir tuée avec trop de colère, mol. Au bal chez son amie. — Eh! mi, oui; suivez-moi. lo. Et crie à haute voix : Quiconque aime la guerre, volt.

Cybèle crie et hurle * en insensée, rouss.

A la vérité roreille n'est pas d'aussi bonne composition , et c*est ici qu'il est prudent de ne pas faire tout ce que la loi permet.

La règle de l'hiatus a été établie comme la plupart des autres règles de notre versification , dans un système tout matériel. Il a été décidé que les voyelles, à l'exception de Ve muet , ne pourraient jamais être suivies d'une autre voyelle ; voilà un précepte général, simple, commode; mais ici, comme d'ordinaire , on a consulté l'œil plutôt que l'oreille. Il en est résulté qu'on a interdit certaines rencontres douces, et permis certaines rencontres rudes. Quelques critiques ont reproché à Malherbe d'avoir mal à propos formulé en une règle ce que le sentiment de l'harmonie pouvait bien mieux révéler à chacun. « Malherbe, dit M. Sainte-Beuve, proscrit les rencontres de voyelles ou hiatus. A côté de ce vers de Desportes :

Mon mortel ennemi par eux a eu passage,

il écrit : a Apareux eu passage, »

A côté de cet autre vers :

A cheval et à pied, en bataille rangée,

on lit : « Cacophonie pied en bataille, car de dire piei en , « comme les Gascons, il n'y a pas d'apparence. » Bien que nous approuvions en général cette réforme de Malherbe, nous remarquerons toutefois, avec Marmontel, que le réformateur est allé un peu loin , et qu'on a le droit de lui reprocher un scrupule excessif. S'il est, en effet, des concours de voyelles qui choquent et qu'il importait d'interdire, il en est

4. L'iiarmoule imitative est sensible dans ce \crs, et cela sans qifil >iole les règles de la versification.

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