GenUl cbeTâlier
vaient la prononciation française : Abraham (Abrahan), Baiaavi^, Jérusalem (Jérusalan) , amen, pestem :
N'y avoit tache ni malan :
N*y eut jusqu'en Jérusalem Femme qui si beau col portât, (a. dila bosi.) Quand ainsi parles d'Abraham, Des anciens Eve et Adam, guillbvillb.
Barons, or faites paix, pour Dieu le tout puissant, Que Jésus-Christ de gloire, qui dedans Bethléant Volt naître de la Vierge, pour nous faire garant. Baudouin. Assez ai perdu tout cet an :
Dieu le veuille pourvoir! Amen, villon.
La garde est prête en moins de dix amen : Et, ce jour, vint faire entrée le roi Dedans la ville et le lieu Felicen. J. marot. Doutant beaucoup être attrapé cet an :
Ici me tiens, et prends contra pestem. cbétin. Mais comment se porte Tânei^se Que tu sais de Jérusalem?
S'elle veut mordre, garde Ten marot.
Le même Marot a fait rimer Balaam avec alian, et La Fontaine a conservé la rime d'Abraham avec an. One trace de cette ancienne prononciation se retrouve dans le mot francisé quidam. La Fontaine met en rime quidam et accident.
On prononçait de même te Deum (lé Déon) :
Tant et plus bois bonum vinum charum,
Qu'arons* pour vrai; doncques sans longue attente, marot.
Les mots factum, factotum ont longtemps sonné facton, factoton. Le mot dicton (latin dictum) a reçu le droit de bourgeoisie en adoptant le costume moderne.
Aujourd'hui tous ces mots ne riment bien qu'avec des mots analogues. On approuve dans Rousseau Jérusalem rimant avec regem.
Sô"" Gne s'est prononcé ne; nous avons encore un reste de
I. Voyci GéDin, Des Variations du langage français, etc., p. 63. t. Que nous aurons. Ici le mot Qu'aron^r doit être un écho de la finale cltarum.
378 iforas*
cette prononciation dans signet (sinei). De là ima fbale d« rimes qui sont fausses maintenant :
Dans Christine de Pisan : digne et mine;
Dans Coquillart : signe et capeline, bénigne et féminine, lignes et malines; dans Meschinot : désigne et racine; dans Crétin : dignes et dines; dans J. Marot : signe avec les différents mots origine, mine, incline, discipline, domine, et cygnes B\ec poupines;
Dans Cl. Marot : bénigne et cuisine, résigne et détermine, insigne et buccine, indigne et incline, digne et rvtn^, 5fjni« et s'enracine, signe et médecine, signes et vomnes, rè^ne et
Les puérils jeux de mots de Crétin ont ici de l'intérêt : Sur ce papier posez Totre signet (ûnet)... En beau françois, apparent et si net...
Ronsard fait encore rimer cygne avec Jaqueline,
Rime pour l'obeille. — Le principe qui demande la rime pour l'oreille n'est combattu par personne. On a vu que Voltaire le proclame en plusieurs passages ; nous emprunterons encore ses paroles :
(c II est indubitable que la rime n'a été inventée que pour l'oreille... On fait rimer abhorre, qui a deux rr^ avec encore, qui n'en a qu'une ; par la même raison terre peut rimer à père. — Tonnerre, terre. On voit là ce misérable esclavage de la rime : ce tonnerre n'est mis que pour rimer à terre. On s'est imaginé, grâce à ces malheureuses rimes, si souvent rebattues, qu'il n'y avait que tonnerre et guerre qui pussent rimer à terre, à cause des deux r qui se trouvent dans ces mots : on n'a pas fait réflexion que cette double r ne se prononce pas. Abhorre, qui a deux r, rime bien avec adore et Aonore, qui n'en ont qu'une. L'usage fait tout; mais c'est un usage bien condamnable de se donner des entraves si ridicules. La rime est faite pour l'oreille; on prononce terre, comme père, mère; et, puisque abhorre rime avec adore, terre doit rimer 'dwecpère. » — Enfin, dans le Dictionnaire philosophique. Voltaire dit encore : « Nous avons toujours été
BIMB. 379
persuadés qu'il liEtllait rimer pour les oreilles i non pour les yeux. »
C'est l'opinion de tous les critiques. Nous la trouvons esprimée par La Harpe : « Je ne reprocherai point k l'auteur (Racine) la rime de fiers et de foyers : rien n'était plus fodle que de mettre ces conquérans cUtiers. Mais l'exemple de Bacine et de Boileau, les deux meilleurs versificateurs français , prouve qu'alors il était de principe qu'une rime exacte pour les yeux était suffisante. Voltaire, qui d'ailleurs rime bien moins richement que ces deux poètes, est pourtant celui qui a insisté le premier sur la nécessité de rimer principalement pour l'oreille. Il a eu raison : c'est une obligation que nous loi avons , et qu'auraient dû reconnaître ceux qui lui ont reproché avec justice de rimer trop négligemment. «
Mais cet ancien principe n'a pas toujours prévalu, au XVI* siècle encore, la rime jouissait d'une assez grande li^ berté, que la raison autorise. À part quelques rimes devenues fausses par le changement de la prononciation , et que nous venons de signaler, on peut dire que Marot , Ronsard et son école rimaient à peu prte comme on rime aujourd'hui , et avaient égard à la similitude des sons plutôt qu'à celle de l'orthographe. Leur exemple était érigé en doctrine par les auteurs de poétiques. Sibilet approuve dans Marot les rimes suivantes : démets eX jamais, fisses et sacrifices, peux et haufs, grâce et grasse, ceinte et sainte, champs et chants, fois et doigts, u et autres tels , ajoute-t-il , plus soutenus par le son « de l'oreille (que je te dis encore estre le principal du collège « de la rime) que rejetés par l'orthographe, qui n'est que le « ministre du son. »
J'ai déjà cité plusieurs fois un poëme fort curieux de la fin du xv« siècle, CAn des sept dames. Cet ouvrage, dont l'impression gothique est très-incorrecte, offre un long errata qui contient d'utiles renseignements sur la question qui nous occupe; l'auteur s'insurge bien souvent contre l'autorité des clercs, qui exigeaient pour la rime la similitude des lettres. Ainsi, ayant fait rimer molle Hvec parole, il dit en note : « Je foy différence entre la rime olle et de oie : toutefois le son se
380 NOTBft.
ressemble tant, que qui n'en feroit point de difEérenoe, je ne Toseroye reprendre ; mais je Tay fait pour monstrer aux clercs que je le savoyè bien. « Il revient souvent sur ce point, et justifie également par la prononciation les rimes suivantes : palais et exprès, maisire et estre, âme et femme, retraite %i fillette, etc.
U fout Tavouer : le grand réformateur de la versificatioD française , Malherbe a trop restreint les règles de la rime, que ses devanciers avaient mieux comprise, et son influence, salutaire sous tant d'autres rapports , n'a pas été heureuse soos celui-ci. « Malherbe, dit M. Sainte-Beuve S ne s'est pas abstenu de l'excès. Oubliant que la rime relève de l'oreille plutôt que des yeux , et qu'il est même piquant q[uelquefi>is de rencontrer deux sons parfaitement semblables sous une orthographe différente, il blâmait les rimes Ae piuissanee ^ innocence, de conquérant et apparent, de grand et prend, de progrès et attraits, »
C'est sur lui que tombe le reproche exprimé par Voltaire, de n'avoir laissé au mot terre que les deux rimes guerre et tonnerre, tandis qu'on trouvait une variété bien légitime en acceptant la rime de solitaire et autres mots analogues. Mademoiselle de Gournay^ plaide avec un grand sens la cause des élèves de Ronsard contre les règles tyranniques du réformateur : « lls(Bertaut et Du Perron) riment partout chair et cher, sans faire de différence de cet a et de cet e, ni de diphthongue à voyelle. Us employent sous cette même considération, non point une fois ni deux fois, mais partout et toujours, ces couples et leurs pareilles, impatience eipnissance, serpens et rampans, amans et sermens, et riment enfin tout ce que la prononciation de Paris et de la cour fait tomber en cadence uniforme , sans s'informer , à la façon des nouveaux poètes , ou pour le moins de la plupart d'entre eux , si les externes savent bien prononcer ou non les accouplages de
I. Tableau historique et critique de In poésie française au xvf tiède, p. 165.
S. Sainte-Beuve, f. cit.
RIME. 38f
Va contre 1*0. » Voici maintenant les reproches qu'elle adresse à la nouvelle école : « Une partie de ces mêmes écrivains est si sucrée jusques ici, que d*avoir refusé à rimer action contre pension, passion et leur suite, à rimer encore Vdme et le blasme contre Ibl flamme.... Veut-on rien de plus plaisant? Veut-on mieux défendre de poétiser en commandant de rimer? Car comment seroit-il possible que la poésie volast au ciel , son but , avec telle rognure d'ailes, et qui plus est , éclopement et brisement?... Faut-il pas dire aussi qu'ils ont, non bonne oreille, mais bonne vue, pour rimer; dont il arrive qu'il nous faille un de ces matins à notre tour écrire des talons et danser des ongles? »
Les règles méticuleuses de Malherbe ont été un peu élargies; mais notre poésie a encore, sur ce point, conservé bien des entraves que la raison ne justifie pas.
« La rime doit être sensible à Foreille , dit Marmontel ; mais ce n'est point assez : on veut aussi qu'elle frappe les yeux. Pourquoi? pour la rendre plus difGcile, et pour ajouter au plaisir que (ait la solution de ce petit problème. Je n'en vois pas d'autre raison : c'est un défi donné aux versificateurs. Afin donc que les vers riment aux yeux en môme temps qu'à Toreille , on veut que les deux finales présentent les mêmes caractères,, ou des caractères équivalens : par exemple , sultan ne rime point avec instant; instant et attend riment ensemble, n L'explication donnée par Marmontel, et il n'y en a guère d'autre à donner, n'est-elle pas une critique de notre système de versification à cet égard?
Si la logique avait présidé à l'établissement des règles de la rime , toutes les consonnances que l'oreille aurait déclarées pareilles, quelle que fût leur orthograplie, auraient pu être associées. Ainsi l'on aurait admis les rimes suivantes :
1* Tourment, sermens; dard, étendards; raison, saisons.
2'^ l\s sentent, puissante; tu chantes, touchante; il courait, ils espéraient ; il aima, il animât ; tu viendras, il voudra.
3* Berger, changé, vous obligez.
4* Long, vallon; mort, remords; endormi, j^nnis; tyran, rang, apparent; cour, accourt, discours; ver, vers, ouvert.
382 Nons.
&" Mélodieua! et êomptueux, loué et tué. Les règles de notie versification n'exigent pas la rime de deux syllabes, et cette double rime serait fatigante si on la prodiguait. Pourquoi fidre ici une exception, et demander une rime disyllabique pour quelques terminaisons : mélodieux et envieux, $omptueux et veriueux^^ loué et déjoué, habitué et tué?
Vous alarmez rime d'ancienne date avec aimés; mais remarquons bien que, si cette rime a été conservée par Malherbe, c'est uniquement parce qu'on écrivait au participe aimes, en sorte que les yeux n'avaient pas à réclamer.
Au XV* et au xvr siècle, on ajoutait au mot besoing (bisO' gno) sa lettre étymologique, qu'on voit encore dans besogne. Pareillement on écrivait soing, comme soigner, loingiAu. latin longé). Ex. :
Telle monnoi' doit être forte,
Et durer beaucoup au besoing;
Car ainsi qu'elle se comporte,
fille est forgée à double coing*.
Il ne faut point avoir de soing
Dont leur peut cet argent venir :
Puisqu'il vient de près ou de loing,
C'est le plus fort que d'y fournir, coquillart.
Alors ces mots rimaient avec poing. Aujourd'hui qu'on écrit soin, besoin^, la même rime est devenue vicieuse , bien qu'aucun changement n'ait eu lieu pour l'oreille :
C'est nourrir son amour de respect et de soing. Je suis las do servir le chapeau sur le poin^. régnibr. Des héros dont le premier soin Fut de se battre à coups de poing, volt.
L'adverbe loing (longé) a perdu son g final ; et par une de ces bizarreries dont toutes les langues sont remplies, l'adjectif
i. Dans Mahomet^ Voltaire a fait rimer audacieux avec inccstuewc. D'après la règle, celte rime est négligée, mais la raison la justifie.
2. Nous écrivons coin; mais coing était dans l'analogie {cuneus, coigncr, cogner),
3. C'est Ramus qui a particulièrement demandé la suppression du g final qui ne sonne pointi
Umg (kmguê) a conservé le sien. D'où il résulte que long né rime pas avec Apollon, du moins au jugement des yeux , lequel a prévalu.
On objectera peutrêtre que les lettres finales de rang, sang, long, se prononcent dans certains cas : rang illustre, sang humain^ long espace; mais cette prononciation n'est jamais applicable au cas où ces mots sont placés à la rime; alors ils sont nécessairement soustraits à toute liaison.
Nous avons dit que dans le genre simple on pouvait écrire pié, au lieu de pied, et qu'alors ce mot rimait avec ié. Nous n'approuvons pas cette altération de l'orthographe, car le moi pied a besoin de sa finale quand il est suivi d'un mot auquel il doit s'unir : pied à terre, armé de pied en cap\ nous aimons mieux que l'on conserve la même licence, tout en écrivant jn6(2.
Les poètes jouissent d'un privilège analogue : ils peuvent écrire le soupéy le déjeuné, le diné, et l'Académie a autorisé cette seconde orthographe :
L'embarras des chasseurs succède au déjeuné;
Chacun s'anime et se prépare :
Les trompes et les cors font un tel tintamarre,
Que le bonhomme est étonné, la font.
Celui-ci, qui ne fut qu'avec peine attrapé, Devoit, le lendemain, être d un grand soupe, id.
Et toujours ample déjeuné
Des lauriers de Melpoméné. nouss.
De même. Voltaire a fait rimer trompé avec un soupe.
Je vQudrais que ces rimes eussent été permises sans altération d'orthographe. Je voudrais aussi que la môme licence pût être appliquée à tous les cas analogues. Ainsi il y a parité entre les mots précédents et les mots lever, coucher, que cependant l'Académie ne permet pas d'écrire sans r :
Parbleu je viens du Louvre, où Cléonte, au levé. Madame, a bien paru ridicule achevé, mol. Moi, pourvu que je puisse être au petit couché. Je n'ai point d'autre affaire où je sois attaché, id.
Les poètes du xvi* siècle n'auraient jamais osé faire rimer
Medavec troublé, nud tivec connu, nid avec in/lni; maisib osaient la même chose en supprimant la consonne finale de bled, nud. L'usage a autorisé la suppression du d dans ces deux derniers cas ; mais il ne Ta pas permise pour le mot iiîd. Ronsard fait rimer ny (au lieu de nid) avec infiny, etBaif avec uny.
Le même Ronsard écrit encore :
Au haut du front je ne sais quoy De creux à coucher tout le doy.
Au lieu de doigt. A ses yeux cette suppression de la consonne finale devait être une licence générale : il la formule dans son Art poétique, et permet d'écrire for, accory par, renar, ar, au lieu de fort, accort, etc. J'accepterai volontiers la licence, mais je blâme l'altération de l'orthographe.
Les réformes, ou plutôt les utopies que nous venons d'mdiquer, permettraient de rimer plus richement; car vallon ei long, accablé et troubler, témoin et moins, rimes prohibées, satisfont mieux l'oreille que vallon et son, accablé et aveuglé, témoins et soins, rimes régulières.
Dans ce nouveau point de vue, on approuverait les rimes suivantes, qui se trouvent dans La Fontaine : artisan, s^opposant; talon, long; coup, cou; hiver, vert; encor, d'accord; puissant, sang; étang, instant; cour, court; échec ^ aspect.
Si nous donnions toutes ces facilités à la versification, d'un autre côté nous lui imposerions de nouvelles entraves, et nous proscririons tout ce qui s'écarterait de notre principe fondamental et unique , la conformité du son dans les désinences, savoir :
V Les rimes d'une brève avec une longue : femme et âme, trace et gi^âce, aimable et accable, couronne et trône; colosse et grosse^;
2"* Les rimes masculines dans lesquelles l'un des deux mots
1. GeUe rime est de La Fontaine. — Port-Royal avait dt^à dit : c U faut éviter autant qu*on peut d*allier les rimes féminines qui ont la pénultièBe longue avec celles qui l'ont brève. »
a un son plus ouvert que Tautre : je sais avec essais; lois, voix, droits, étroit, avec bois, noix, poids, trois;
3* Les rimes d'une seule lettre, et en général toutes celles qui, ne comprenant pas Tarticulation, ne présentent qu'une relation imparfaite;
4* Les rimes de voyelles avec des diphthongues : diable^ respectable; première, père; poursuivre, vivre;
ô"" Les rimes qui contiennent d'une part une s sonore et de Tautre une s muette : Titt^, vertus; Minos, repos; Paris, prix; Caichas, pas. Les mots où Vs finale se prononce ne riment bien qu'avec leurs analogues, comme dans Boileau Latinus avec Tumus; et encore cette rime a l'inconvénient de paraître une rime féminine. C'est ce que Voltaire a fait ressortir par une singulière licence. Il voulait mettre à la fin d'un vers le nom de d'Argens; il pouvait, suivant l'usage, le faire rimer avec indulgens, diUgens; mais il a craint que ce rapprochement ne fit altérer la véritable prononciation du nom propre; et comme il y voyait effectivement ime rime féminine, il a écrit d'Argence, ainsi qu'on prononce :
Qu'il est beau, généreux d'Argence, Qu'il est digne de ton grand cœur De venger la faible innocence Des traits du calomniateur l
U est malheureux que les règles de notre versification ne lui aient pas permis d'écrire d'Argens même dans ce cas, et qu'il ait dû faire une faute d'orthographe pour satisfaire la raison.
Les facilités et les difficultés introduites par ce nouveau système dans la versification française se balanceraient, et l'on voit que nous cherchons le plaisir du lecteur plutôt que la commodité de l'écrivain.
La critique demandera vainement ces améliorations, qu'un poète de génie emporterait sans peine. En attendant, nous conseillerons de respecter les règles reçues, mais en tant qu'elles ne choquent pas le jugement de l'oreille. Nous avons indiqué plusieurs points sur lesquels les règles sont trop relâchées : on fera bien alors d'être plus sévère qu'elles.
Feu Ëmilè Debreaux , jeune poète qui a eu l'honneur d*étre chanté par Béranger , a publié un Dictionnaire deâ Rinlâs, précédé d*un petit Traité de versification. Après avoir exposé les règles qui régissent la rime, il ajoute : « Elles ne nous paraissent pas toutes également utiles; et si nous ne craignions pas d'être traités d'innovateurs brouillons, nous dirions presque que les couplets suivants paraissent bien rimes :
Plus d'un aveugle, au sommet du Parnasse,
Fit retentir de sublimes accords.
On peut citer, parmi ceux qui s'y placent,
Milton, Homôre, et puis d'autres encor.
Que font aux sourds les accents que soupirent
Les favoris des immortelles sœurs?
Juge éclairé des enfants de la lyre.
L'oreille seule en connaît la valeur.
Revenons donc à la simple nature ; One chaque sens jouisse de ses droits : Consultons l'œil, s'il s'agit de peinture ; L'oreille est là pour entendre la voix. Qu'une orthographe empirique et bizarrd Sous trente aspects nous peigne un même SOU, SI pour l'oreille il n'a rien de barbare. Je veux l'admettre en mes humbles chansons.
« Ces couplets, qui sont incorrects à l'œil, sont certainement plus réguliers pour l'oreille que le suivant, qui certes est richement rimé à l'œil :
On voudrait que je répétasse,
Pour obtenir un bon billet ;
Alors, on remplirait ma tasse
D'un vin plus sucré {\n'aigrelet.
Mais, qu'on m'approuve ou me contrôle.
J'ai mis tous mes livres en to,
Et j'aime mieux, sur ma parole,
Les livres que tu m*apportas. »
Il est difficile de faire avec plus d'esprit une critique plus fondée; mais Debreaux n'avait pas l'autorité suffisante pour faire accepter une pareille réforme, qui d'ailleurs, lorsque notre poésie a produit ses chefis-d'œuvre , ne parait pu désirable.
i^iAtis. 387
NOTE 4 (page 63).
Si Malherbe a imposé à notre versification la règle de TAtotus, il est juste de dire que cette réforme avait été préparée par ses devanciers. Fréquent dans les anciens poètes , Thiatus devient beaucoup plus rare au commencement du xvr siècle. L'oreille est consultée , et Marot Tévite quand il serait trop rude.
Sans remonter bien haut, nous emprunterons nos exemples d'hiatus aux poètes qui précédèrent immédiatement Malherbe, à ses contemporains et à ses successeurs :
Fleuves et fleurs et bois ^uencbantois. konsaro.
Nymphe qui ait si folâtres cheveux...
Et à Tenvi la terre où elle passe...
Accourcit, et allonge et enlace le corps... Moi un second Orphée, et elle une Eurydice, id. Si de l'honneur mondain tu as quelque souci, du bellat. Ils vous adoreront, et en chaque province Serez tenu pour dieu, et non pas pour un prince. îd. O toi, le roi des rois, la très-sainte pensée Du père souverain, par qui est dispensée La nature, et de qui elle a tout son avoir, baïp. Les Romains on redoute, et ny a si grand roi Qui au cœur ne frémisse, oyant parier do moi. GAamu. S'essayèrent de Tare à un but limité, despoktes. Mais ^t à rhomme ingrat fait quelque bénéfice... Tu as beau découvrir ta lumière empruntée, id. A Vanves/am'vai, où suivant maint discours. Régnier. Et va comme un banquier en carrosse et en housse... D*où es-tu? qui es-tu? Quelle est ta nourriture? id. Je le hais, si tu es ennemi de mon aise, tiieoph. Cest ce qui fait honneur au ciel et à la terre, id*
Ici, comme en plusieurs autres points, Malherbe suivit les tendances de son siècle , et proscrivit par une loi générale la rtncoatra des voyelles, que Técole de Ronsard s'interdisait déjà, nuds seulement dans le cas où elle offensait Toreilla.
Voici le précepte que Ronsard a consigné dans son Art poétique : « Tu éviteras, autant que ia contrainte de ton vers ie permettra , les rencontres de voyelles et diphthongues qui ne se mangent point ; car telles concurrences des voyelles sans estre élidées font les vers merveilleusement rudes en nout langue, bien que les Grecs sont coustumiers de ce iaire, comme par élégance. Exemple : vostre beauté a envoyé amour. Ce vers icy te servira de patron pour te garder de ne tomber en telle aspérité, qui écrase plustot l'aureiUe que ne lay donne plaisir. »
Dans plusieurs passages de sa Correspondance^ Vdtaire réclame contre la règle trop rigoureuse de l'hiatus :
« Les hiatus sont sans doute un défaut en général; mais il j a des hiatus à chaque moment au milieu des mots, et ces hiatus ne choquent point. Croit-on qu't/iV? (intestins) soit plus choquant q\x*ilya dans notre langue?...
« Il me semble qu'au mot hiatus ou bâillement on pourrait faire à ce sujet un article plein de goût. Notre poésie même parait ridicule sur ce point. On rejette : J'ai vu mon père immolé à mes yeux, et on admet : J*ai vu ma mère ifHmolée à mes yeux , quoique l'hiatus du deuxième soit beaucoup plus rude ^ Il a Antoine en aversion , n'est pas proprement leçoncours de deux a, parce que an est une voyelle nasale, trèsdifférente de a...
<( Je fais une grande différence entre le concours des voyelles et le heurtement des voyelles. Il y a longtemps que je vous aime : cet il y a est fort doux ; il alla à Arles, est un heurtement affreux.
« Nous avons voyelle qui entre et voyeUe qui n'entre point. Je dirai hardiment dans une comédie de bas comique : Il y a plus d'un mois que je ne vous ai vu.
« J'avoue qu'il y a un peu d'arbitraire dans mon euphonie : chacun a l'oreille faite comme il peut...
1. On peut douter, comme le faisait d'Alembert, que ce second hiatus soit beaucoup plus rude que le premier, mais Ton avouera qu*il est i peu pr^ aussi rude.