‹ Traité de versification françaiseChapitre 156 sur 212 · M0TB · texte numérisé non relu

M0TB

Il faudrait se donner au diable, Et c'est ce que Je n'ai pat faiL

On trouve dans les vieux poêles beaucoup de pièces, plus ou moins étendues, construites avec deux rimes.

On lit le passage suivhnt dans une andeiuie moralité de C Homme juste :

En celte montagne et haut roo,

Pendus au croc.

Abbé y a et moine en froc, Empereur, roi, duc, comte et pape , Bouteillier avecque son broc,

De joie à poc; Laboureur aussi o ion soc, Cardinal, évéque o sa chappe :

Nul d'eux jamais de là n'échappe.

Que ne les happe Le diable avec un ardent croc.

Mis ils sont en obscure trappe;

Puis fort les frappe Le diable, qui tous les attrape

Avec sa rappe, Au feu les mettant en un bloc.

Le Romancero français contient beaucoup de chansons dont chaque couplet n'a que deux rimes. L'ancien rondeau n'en employait également que deux.

Du Bellay a composé un sonnet dont tous les vers finissent par un des deux mots vie ou mort.

xoTB 15 (page 78).

Nos plus anciens romans de gestes , tels que la Chanson df Roland, Garin le Lohérain, Gérard de Viane, les Quatre fil> Ayrnon, Alexandre, etc., sont en vers monorimes, de dix ou de douze syllabes. Il est probable que cette uniformité de désinence vient de ce que le chant adapté à ces vers n'était qu'une simple et courte psalmodie , laquelle servait a \ingt

VERS MONOKIMES.

ou trente vers de suite. C'est l'opinion du savant Fauchel' : « Ces poètes faisoient la lisière ou fin de leurs vers toule une. tant qu'ils pouvoienl fournir de syllabes consonnantes, afin, comme je crois , que celui qui toueholt la harpe , violon ou autre instrument, en ies diantant, ne fust pas contraint de muer trop souvent le ton de sa chanson, estans les vers masculins et féminins meslés ensemble irrégulièrement. ■•

Je citerai une tirade de vers monorimes qui se trouve au commencement du pofime d'Atesandre :

Li rois qui Maciiloine tenoît en sa baîllie,

El Grèse et le païï, et loule E^clavonie.

Cl] fu père h l'enfanl de cui orei la vie :

Pliilippes ol à nom, rois de gtanl signorie.

Une dame pn;l bêle, et gente el cscavie' :

Olimpiss ot nom, Hlle au roi d'Erméoie,

Qui rices est d'avoir, d'or el de manandie'.

De (iereael d'honneur, el de genl bien banlie.

Et la dame îu preus et de grant signorie ;

Si ama biaus déduis ûe bos, de cncerip.

Harpe, rote ', vièle, ri gjgeel cinronie,

Et autres eslrumens el duuce mt^lodie.

A lu même époque, au xii' siècle, le vers de huit syllabes est aussi consacré aux récils épiques, mais ce vers est essentiellement à rimes pbites. Nous citerons le Boman de Brut, par \Vate , la Chronique des ducs de Normandie , par Benoist de Sainle-More, nombre de poèmes composés par Clireilien de Troyes, etc. Wace a réuni dans son Roman de Rou 1 octosyllabe et l'alexandrin.

C'est une chose remarquable que la coiistaoce avec laquelle a été observée la ligne de démarcation établie entre cet deux mètres. On ne s'avisait jamais de l'aire monoriinos des vers de buU syllabes, comme aussi l'on uu trouve pas, avant la fin

I. Rrcutildt Piinginedtla hngatil dtia poésit franfom, |i %. Parfafu, Mconipl>«.

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