‹ Traité de versification françaiseChapitre 169 sur 212 · I. Partout U genl (le monde) art, brûle (de convoitise · texte numérisé non relu

I. Partout U genl (le monde) art, brûle (de convoitise

% Cardinauz.

3. VoiU pourquoi ils piquent... ceux qui font un don mesquio.

Des maux passée, Tun prend sa clialemie. L'autre uu labour, l'autre une cornemuse; Celui n'y a qui en son cor ne muse.

Quoique leur chant ne rende méchant son , Ce nonobstant Pan dessus met chanson; Et lors jouant de sa flûte à sept cannes, Leur montre bien qu'en tel art ne sont qu'Anes; Car ses accords ont résonnances nettes En l'harmonie et cours des sept planeites.

J'extrais quelques vers analogues de J. Marot :

Pauvres soudards Qui prirent mort sous lances et sous dards,.. Mais montrer veut que c'est votre étendard Qui de vertus a en lui et tant d'art. Que jamais ours, ne lion, ne liépart, etc.

On trouve* encore un certain nombre de rimes équivoques semées dans les poésies de Cl. Marot; par exemple :

Ci gU, repose el dort céans

Le feu evèque d* Orléans.,.

Qu'il soit des fous maitre passé :

Faut-il rire d'un trépassé?,..

Camp de taverne et pavois de jambons, Et bœuf salé, qu'on trouve en mangeant bons...

Car les Franrxjis ont parmi eux

Toujours des ualions étranges :

Mais quoi ! nous ne pouvons être anges.

C'est pour venir à l'équivoque.

Mais il n*a laissé qu'une pièce entière en vers de ce geiirt. et elle est assez courte. En voici le début :

En m'ébattant je fais rondeaux en rime ,

Et en rimant bien souvent je nienrime*;

Bref c'est pilié d'entre nous rimailleurs.

Car vous trouvez assez de rime ailleurs;

Et quand vous plaît, mieux que moi rimassez;

Des biens avez et de la rime assez ;

Mais moi à tout ma rime et ma rimaille

Je ne soutiens, dont je suis marri, maille, etc.

4 Je iii'oni'liuiiic.

A.'SCtENMi^S RIMES. -WÔ

"L'art (le l)i Hliéloriqueparde Croy donne un long catalogue de rîmes équivoques, qu'il enseigne à reproduire jusqu'àqualre fois, dans des sens différenls. Voirt un échanlilloo de ces insipides jeux de mois: (/it'frj,rfi,ri'frî[nièlres),rfij;t'ers{insecles), d'hijveTs ; sansonnet, sans sonnet, mm son est, Samson est.

Ils tombèrent tout à fait en déconsidération au milieu du \W siècle.

Le Judicieux E. Pasquîer, après avoir cité un fragment de Crétin , ajoute : • Tout le deuicurunt de la lettre est de ceste trempe , qui est de cent vingt vers , es quels j'ai trouvé prou de rime et équivoques les lisant, nmis peu de raison; car pendant qu'il s'aniu^oil de captiver son esprit en cet enlri-lacs de paroles, il perdoil loute la grâce et la liberté d'une belle composition. .. Il fit rhisloire de France en vers frunçois , mais ce Tut ua avorlon , tout ainsi que le demeurant de ses œuvres. Et c'est puurquoy Rabelais, qui uvuit plus de jugem<rnt et doctrine que tous ceux qui escrivirent en nostre langue de son temps, se mocquunt de luy, le voulut représenter soubs lu nom de Romina^robis, vieux poëie fiançois, etc. •■

Elfectivement Rubebis a souvent tourné eu ridicule Crétin et ses rimes équivo({ues, les imitant, et plusieurs fois les reproduisant tentuellemenl. i'ar exemple :

t'unguille y eiK et en cet élau iniisse. Là truuveri'z, si de près re^^ardons,

kUnegiaiit (areau fund de son awnutu...

Ea ce pufi^ge est leséjourd liunneur.

Le haut seigneur, qui du heu Tul donntur. Et guerdonneur, pour vouâ l'u urdunné, El, pour [rayera tout, prou or dotin^.

9° RlHB BATELËB. — Elle a lieu quand la Un d'un vers rime avec la césure du suivant :

Quand Neplunuj, puissant dieu de la mej. Cessa <f'«r"ier carraqueâ el );uli^eâ, ^ft Les Uullicaru bien le durent amer,

^H Et réclamer ses grans ondts sulévs. habot.

^Hïette ballade présente trois strophes de dix vers : dans cbaeàne les quatre premiers vers seulement sont en rimes butelee^ :

lÊ

486 Miti.

Nyiiiphisi dM Boîs, potït sota ttoni ibblfâkét' Et estimer, dur la m«r Mttt atMte :

si fnréi^l iors, comme on doit pHâsAtt^^ Sans écuimer, les vagues ravalées. . •

Monstres marras vit^on lOrs assoitainer, El ccnsommer teinpètes dévalées, Si que les nefs, sans crainte d'abîmer, Nageoient en mer à voiles avalées.

De Cray attribue Tinveotion de la rime baiefée 1 lean Môlînet, de Valenciennea.

On trouve de pareils vers dans une pièce de fean Slihit :

Quoi ptust n'a il, puisquie dire le flaut,

PHs de plain smtl Hédin en metns id*un Jmrt*?

Où le pouvoir d'Allemagne et Uénaut

Et des Ànglois ont été bas et haut^

Sans faire casaui, vingt jours faisant s^oiir;

Bl^rdille et tour, à tour et à retour,

l'ouï à VeniouT ont battu et fait brèche;

Mais d^^àssàîlTir n'est pas viande angleschè.

Une pièce intéressante, qui est de IMO, présente des strophes de onze vers, dont les trois premiers sont en rimes batalées :

Pour ne tomber au damnable décours, En nos jours courts, aux bibliens discours Avoir recours le temps nous admoneste'.

Ce genre n*a pas échappé à la verge de Rabelais :

Cy entrez, vou», et bien soyez venus Et parvenus, tous hofolM chevaliers.

Cy est le lieu oti sont les tev-enns Bien advenus : afin qu*enlretenus, Grabts et menus, tous soyez à milliers. Mas familiers seriez et péciilier-, elr.

10»* RïME RENFORCÉE. — J*eniprunte ce nom aux Pn>vençai.\ pour désigner des vers dont le milieu rime avec la fin -. Aiu>i

\, Saintc-lkuvc, Tableau de lapoétie française au \w siècle, p. I9â- ). Tàbourot appelle avec raison ces vers ïe'oninsy puisque ce terme «tt

ancierhes rimes. 467

l'on a recherché comme un mérite une consonnance que nous Em>ns blâmée comme un défaut ^ :

Ma muse, se moquant, parsemait ses écrits Du sel le plus piquant, pour vaincre les esprits.

Ces vers sont de ceux que les Provençaux nommaient vers fniés, c'est-à-dire se composant de la réunion de plusieurs mètres. Il y a ici effectivement quatre vers de six syllabes.

Dans une épttre de Lyon Jamet c\ Marot (1553), on voit le nêine ^tème, et de plus les rimes de deux vers consécutib Mat semblables :

Mais voirement, ami Clément, Tout clairement dis-moi comment Tant et pourquoi tu te tiens coi D'écrire à moi, qui suis à toi?

Tai-je laissé par le passé?

Tai-je oflfensé ou courroucé?

Ai-je à ton dit et intendit, En fait ott dit, rien contredit?

Ai-je à ton nom donné renom Autre que bon? Tu sais que non :

Ni ne voudrois, oa ne saurois, Tant sont tes droits justes et droits.

Cette pièce , qui a soixante-quatorze vers , ne manque pas d'une certaine grâce.

Pareillement ici les octosyllabes ne sont que des vers de quatre syllabes, procédant par quatrains à rimes pareilles.

1 P Rime briséb. — On appelle ainsi des vers dans lesquels les césures riment entre elles. Ex. :

Chacun doit tis^onier selon droit de nature,

Son bien propre garder, ou trop se dénature.

En la sainte Écriture avons ample sermon

De la judicature au sage Salomoo.

Vers lui pour un enfant deux femmes font querelle :

consacré pour désigner les vers latins modernes qui présentent le même caractère. Mais, ayant employé précédemment le mot léonin dans un autre J'ai craint de tomber dans la confusion en le reproduisant ki. I. Gk-dessos, p. 131. Les deux vers suivants sont cités par Voltaire.

L'une 8a mort défend par pitié maternelle, L'autre, comme cruelle, au glaive Tabandonne ; Mais raison naturelle à sa mère le donne. CRÉriit.

Un poète du xvi* siècle, Pierre Sala, avait écrit uneéfltit dédicatoire à François I" , laquelle commence par ces mots :

Noble roi des François, des autres le plus digne, Premier du nom François, votre douceur bénigne, etc.

Ce sont encore là des vers entés.

Ce système est certes bien facile. Crétin devait le teguis comme peu digne de lui. Aussi, une autre fois, oomposaok des vers brisés, il a voulu qu'en même temps ils oSKsseit une double équivoque, Tune à la rime et l'autre à la césure:

Si m'en tairai, et ce papier de cire Cimetiierai, qu'on ne me le descire*.

Gela liras, et pour répondre, émie.

Se la lyre as, au son ta croûte et mie; Digère un peu, et pour en approcher, Dis : fai repën ; mais si tu n'as prou chair, Dine de l'os, en bien servant ton maître Digne de /o« autant que peut homme être.

Plus ordinairement les vers brisés sont disposés de teik sorte que les hémistiches, étant rapprochés les uns des autres, présentent un sens. Voici un exemple d'Octavien Saint-GeUb:

De cœur parfait chassez toute douleur; Soyez soigneux, n'usez de nulle feinte; Sans vilain fait entretenez douceur; Vaillant et preux, abandonnez la crainte ; Par bon etfet montrez votre valeur; Soyez joyeux, et bannissez la plainte.

Si l'on rapproche les hémistiches de ces vers , on trouve:

De cœur parfait

Soyez soigneux ,

Sans vilain fait,

Vaillant et preux.

Chassez toute douleur.

N'usez de nulle feinte, etc.

Page 1