‹ Traité de versification françaiseChapitre 18 sur 212 · OBSERVATIONS GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS GÉNÉRALES

1 ^ La langue française ne fournit pas de rime pour tous les mots. Ainsi Ton ne trouverait pas de terminaisons que Ton pût accoupler avec triomphe, perdre*, etc.

2'' Il n'est même pas permis de faire usage de toutes les rimes qui existent. Voltaire remarque dans plusieurs endroits que nous avons peu de rimes dans le style noble. Il recommande qu'elles ne soient ni triviales, ni recherchées.

4. Le même poCte fait r\mermessieurs avec (rompeuff et avec terviteurt; Molière associe monsieur avec peur et avec cœur,

2. Scarron , dans un po€mc burlesque , se plaint de cette impossibilité de trouver deux mots en erdre :

Ils so trouvèrent près de l'onde De l'Achéron qui toujours gronde.

Et qui, par un canal bourbeux, A considérer très- hideux , Dans le Cocyte va ge perdre.

( Rime qui peut rimer en $rdre, Je le laisse à plus (in que moi. )

DE LA HINB. 43

Scudéry emploie quelque part les singulières rimes le géagrapbr et cosmoyraphe.

La Harpe relève dans Ln Motle les rimes suivantes, IB'îI accuse avec raison d'être bizarres ; t-voque, épopÊt; lo, Clio; strophe, apostrophe; enthousiasme, pléonatfne', dans Le Mierro, (lèche et brhclte; dans Piron, toufie, souffle, maroufle. Ce dernier poète semble affectionner ces finales burlesques. Laissons parler le critique :

a II cherche assez volontiers l'accumulation des nmes hétéroclites :

Qooi ! plus vile que la bis», - Je verrois l'heureui Cambyse

Captiver la beauté bise .

Qui Mule a su me loucher ! J

Ali 1 celte cruaulu m'ou/re .- • I

Auparavanl qu'on passe ou/re.

Je «eux me pendre â la pourra De notre plus haut plancher*. i

Certains temps des verbes présentent des rimes

I. <UMtccrtila,(mler^iii|uc,(|UP,sl l'on laiult un rccaell d'un gnnd •nsbrr dr ta rimes n iln niot« igiir l'on a \ u» cbei lui |M>ur la preml^rp (oi> dMu k tljlr Dubtr . uu |>ourr<)it croire que c'rn une gagi-iirp ; niais II l'a •noicnuF Jusqu'au bout. • ^ Court de LlUfaluTC, L XII , p. I^ï. )

• RollrAD apiirlatt rimri dr bnuit rim/t «elle de tphiaz h île tyrinx , r( la n-pruchalc i Ij Hcitlr. • ( Manhoiitel. )

t. * tl (aui aiiiiu-i iguf- volU un bviu dioU d* rlmri reilaubU^-i. En inlrl il'autraa diol.'ilc* d*na ce mCn» ctpiil , i|Ul1 «cmhir (Ire iiartout crliil (If raMcw, la M^iromaniirtei^pxét, c'iM-X-à.\re le di'saelii original d'fcordicr

Cr«tB*poar Ion tiu^ftnivui OMlqui Mmblolminiufw, U que 1* n« le démai^m

tlK tt* dix DDgiH-li. •

désagréables. Nous avons déjà signalé le prétérit défini : il leva, il cultiva. On peut ajouter Timparfait du subjonctif: aimât, atma55e/)<y les troisièmes personnes du futur : aimera^ aimeront. Ménage^ ayant trouvé dans Malherbe fileront, rimant avec étaleront, a fait cette remarque judicieuse : « Ces troisièmes personne^ du futur finissent désagréablement les vers, et particulièrement les grands^ et celles du singulier les finissent encore plus désagréablement que celles du pluriel. Ceux qui se mêlent de faire des vers ne les finiront donc jamais, s'ils m'en croient, par ces troisièmes personnes, si ce n'est dans les discours familiers. »

On doit exclure aussi de la fin des vers les participes présents ^

V" S'il faut éviter les rimes recherchées, il faut éviter également les rimes banales. Certains mots trouvent très-peu de terminaisons homophones qui leur correspondent, en sorte que la présence d'un de ces mots fait deviner celui qui viendra ensuite. Ce pressentiment presque infaillible nuit au charme des vers.

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