VERS DE DIX SYLLABES
Pareillement les vers de sept syllabes :
Tout le long de la nuit jure
Qu'il n'en est point de si doux. corn.
NOTE 27 (page 184).'
Le vers décasyllabe (vers de dix syllabes à rime masculine, de onze syllabes à rime féminine) est né sur notre sol. C'est en Provence que l'histoire nous le montre pour la première fois, dans le plus ancien monument de la poésie moderne, le Poème sur Boèce *. Nous le voyons en français dans la Chanson de Roland, et dans plusieurs épopées chevaleresques des XII' et xiii' siècles. Cinquante ans avant le Dante , Thibaut , comte de Champagne , faisait usage du mètre que consacra le créateur de la poésie italienncu
Nos poètes furent les maîtres des Italiens. Les troubadours fréquentaient les cours des petits princes de l'Italie, et beaucoup d'entre eux se fixèrent dans ce pays , exilés par la croisade contre les Albigeois. C'est la poésie provençale que cultivaient alors les Italiens eux-mêmes. Sordello, poète de Mantoue né au commencement du xuv siècle, parait être le premier qui se soit exercé dans la langue nationale ; ce qui lui a valu un magnifique éloge dans l'épopée du Dante. Les poésies italiennes de Sordello ont péri ; il n'est resté de lui que des vers en provençal *.
L'élévation d'un prince français au trône de Naples et de Sicile augmenta encore l'influence française en Italie. Vers 1264 , Brunetto Latini, écrivant son Trésor en notre langue, déclarait l'avoir adoptée comme la plus agréable et la plus déliliable qui fût alors.
On lit dans Pasquier : « Or tout ainsi qu'en ces pays de deçà, nous exercions la poésie en nostre vulgaire françois, aussi fai-
i. Voyez cl-dcssus, p. 324.
2. Voyez sur ce poC'tc une savante biographie donnée par Fauriel ( Bibliothèque de l*École des chartes, t. IV, p. 93).
soient le semblable en leur langue les Provençaux. Etne&ut point faire de doute qu'en ce sujet ils empiétèrent un grand rang ; car les Italiens, sobres admirateurs d'autruy, sont contraincts de recognoistre tenir leur langue en foi et hommage de celle-ci. Ainsi le trouvez-vous dedans Équicolaen ses livres d'amour , dedans Pierre Bembe en ses proses, dedans Speron Speronne en ses Dialogues des langues. Puisqu'ils le confessent, il les faut croire. Et ce qui nous en rend encores plus certains, c'est que, quand Dante et Pétrarque commencèrent de se mettre sur la monstre, ce fut lorsque les papes establirent leur cour en Avignon ; auparavant lequel temps la poésie
provençale avoit esté dès piéça en vogue tellement que les
Italiens empruntèrent de nos Provençaux plusieurs belles pièces qu'ils transplantèrent dedans leur vulgaire. »
H. Estienne établit la même chose dans sa Précellence du langage français, et, en parlant des auteurs de nos anciens romans, il dit qu'ils « pourroient estre les trisaîeux des plus anciens des auteurs de l'Italie. »
Puisque Yendecasillaho des Italiens est un vei*s d'origine française, il serait bien étonnant que les imitateurs y eussent mis ce qu'ils n'y ti'ouvaient pas, je veux dire des accents. Mais il n'en est rien.
Le vers italien nommé cndecasillabo (hcndécasyllabe) a onze syllabes , ou dix syllabes plus une muette. C'est notre décasyllabe à rime féminine. Ex. :
Mi ritrovai per una sel va oscura. dante.
Ce mètre, employé presque seul par Pétrarque, le Tasse, l'Arioste, etc., est le vers italien par excellence.
Analysons l'exemple précité. Nous y voyons, outre l'accent final , un accent sur la quatrième syllabe et un autre sur la huitième. Ce cas est très-fréquent. Je vais calquer sur levers italien un vers français qui aura exactement le même rhythme :
Mo retrouranf dans la iorét obscure.
En italien, (îomme en français, le second accent peut être placé sur la septième syllabe :
A distruzzion di bel r^gno di Franga. aeiosto.