Daphné
NOTE 29 (page 186).
« Dans les vers de huit syllabes, dit Voltaire, il n*y a ni hémistiche ni césure :
Loin de nous ce discours vulgaire,
Que la nature dégénère ,
Que tout passe et que tout finit.
La nature est inépuisable ,
Et le travail infatigable
Est un dieu qui la rajeunit.
« Au premier vers, s'il y avait une césure, elle serait à la sixième syllabe ; au troisième , elle serait à 1t troisième syl- Ube passe, ou plutôt à la quatrième se, qui est confondue avec la troisième jpa.^; mais, en effet, il n'y a pas de césure. L'harmonie des vers de cette mesure consiste dans le choix heureux des mots et dans les rimes croisées , faible mérite sans les pensées et les images. »
Voltaire n'a pas fait sentir la mélodie de ces vers ; c'est que, tout en constatant l'absence des césures, il n'a pas constaté la présence des accents. Toutefois ce choix heureux des mots^ qu'il recommande, n'est autre chose que la juste distribution des syllabes accentuées.
Nous avons vu que l'octosyllabe a d'abord Taccent final, puis un ou deux autres accents dont la place varie.
Octosyllabes ayant trois accents :
De leurs grains les (/ranges sont pleines;
Leurs ceUien regorgent de fruits;
Leurs troupeaiix^ tout char^-s de laines, etc. aouss.
Octosyllabes ayant deux accents :
Sois mon vendeur, sois mon refuge Contre les fils de Télranger. aouss.
L'oreille est choquée par deux accents placés consécutivement à la rime : nous eu avons donné des exemples ci-dessus ( page 528).
A notre vers de huit syllabes répond le vers italien novenam (de neuf syllabes), qui est peu usité. Voici un exemple de Cino da Pistoia :
Che s'accorse ch*era partita Che mi porse quelle ferita.
Ce vers a deux accents intérieurs , l'un sur la troisième syllabe, et l'autre sur la cinquième. Les vers français ainsi accentués sont harmonieux ; mais soumis à cette règle unique, ils seraient monotones.
NOTE 30 (page 191).
Le vers de sept syllabes est très-ancien dans notre littérature; mais les exemples en sont assez rares, parce qu'il n*était pas admis pour les romans de gestes. On s'en servait surtout pour les chansons et les dicts.
Une chanson de la fin du xw siècle, le Lai de la dame Fayel, est dans ce mètre. En voici quatre vers :
De ce suis au cœur dolente, Que cil n'est en cest païs Que si sovent me tormente Que je n*ai ne jeu ne ris.
On trouvera des exemples de ce mètre dans Thibaut, dans le Nouveau recueil de M. Jubinal, dans Froissart, Alain Chartier, J. Marot, etc. Combiné avec Je vers de trois syllabes, il entrait dans une stance assez usitée dont il sera parlé plus loin.
Le vers ottonario (de huit syllabes), qui répond à notre vers de sept syllabes, est commun en italien :
Ne! cammin di nostra vita, Senza i rai de! ciel cortese , Manca il cor, vacilla il piè.
A compir le grandi impreso L*arte giovîf, il senno ha parle; Ma vacilla il senno e Tarte, Quando amico il ciel non è. metast.