‹ Traité de versification françaiseChapitre 199 sur 212 · VERS DE ONZE SYLLABES, ETC · texte numérisé non relu

VERS DE ONZE SYLLABES, ETC

Nous avons cité précédemment ( page 523) plusieurs strophes dites saphiqnes en vers de onze syllabes. La césure y est également après la cinquième.

2* Avec césure après la sixième syllabe :

L'amour sous sa loi N'a jamais eu d'amant | plus heureux que moi. voiruai. Et le ciel ue voit point d'amant plus heureux, id. . Mais je ne Taime plus | comme je l'aimois. boisrobert. Digne pour sa beauté d'avoir des autels... Pour joindre sa lumière aux feux du soleil... Qui voloit autour d'elle et qui soupiroit. id.

On trouve quelques vers de onze syllabes , coupés de cette fiiçon, dans un opéra de Daphné, par La Fontaine :

Maintenant , maintenant | les bergers sont loops. Je vous dis, je vous dis , filles, gardez-vous.

Enfin on en voit quelques-uns dans nos chansonniers coatemporains. Un air fort connu, dont le timbre est : Tout h long de la rivière, exige un de ces vers :

Car je n'aime pas les faiseurs d'épîgrammes. dâsaugiers. Ah 1 pour étouffer, n'étouffons que de rire, béranger.

Les Provençaux ont connu ce mètre , et pratiquaient également les deux césures.

Vers de treize syllabes. — Le vers de treize syllabes est, comme le précédent , un composé de deux autres vers : la première partie a cinq syllabes , et la seconde huit.

Scarron l'a employé dans une chanson bachique :

Sobres, loin d'ici, | loin d'ici, buveurs d'eau bouillie; Si vous y venez, vous nous ferez faire folie... Vous qui les oiseaux imitez en votre breuvage, Puissiez-vous aussi leur ressembler parle visage!... Jettons nos chapeaux, et nous coiffons de nos serviettes. Et tambourinons de nos couteaux sur nos assiettes.

On le trouve aussi dans une chanson de Béranger : Le peuple s'écrie : Oiseaux, plus que nous soyez sages.

Les Italiens ont un vers de quatorze syllabes Ctreize pour nous) , nommé allessandrino, ou Martelliano (de Louis Martelli, qui en est Tinventeur). Voici un exemple de Goldoni :

Perché sfaggirmi, ingrata ? | Zilia , perché sfaggirmi T Non mi chiamar nemico, se amante non voi dirmi.

Vers de quatorze syllabes. — On voit ce vers dans une

chanson bachique de Scarron. U le partageen deuxhémistidies

égaux:

Il fait meilleur à Paris , | où Ton boit, avec la glace... Que d'aller au Pays-Bas à cheval comme un Saint-Geoige.

NOTE 37 (page 220).

Le Dante passe pour Tinventeur de la rima ierza oa U ter-zetto : c'est la stance de la Divine comédie. Cette stance est affectionnée des Italiens : elle a été employée par Pétrarqne, TArioste , Menzini , Caporal! , Parini , et plus récemment par Monti.

Le premier vers rime avec le troisième; le second, qui reste sans correspondant , rime avec le premier et le troisième du tercet qui suit.

Voici un exemple de Pétrarque , qui se trouve dans le Trianfo délia Divinità :

Dappoichè sotto '1 ciel cosa non vidi

Stabile e ferma, tulto sbigotUto

Mi volsi, e dissi : Guarda in che ti fidi. Risposi : Nel Signer, che mai fallito

Non ha promeâsa a chi si fida in lui ;

Ma veggio ben cHé *1 mondo m*ha schernito; E senlo quel ch'io sono, e quel ch* i* fui;

E veggio andar, anzi voler il tempo,

E doler mi vorrei, ne so di cui.

Au XVI* siècle, cette stance est essayée par nos poètes, et ils lui conservent le nom italien de tercet, rimes tierces. Marot n'en a pas fait usage.

Pour rendre Timitation plus exacte , on n'employa d'abord que des rimes féminines :

En la verdeur du mien florissant âge, D*amour servir me voulus entremettre ; Mais je n*y eus ne prouGt n'avantage.

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