SIXAIN
Mais tout ainsi qu'un beau poulain farouche, . Qui n'a mâché le frein dedans sa bouche ,
Va seulet écarté , N'ayant souci , sinon d'un pied superbe  mille bonds fouler les fleurs et l'herbe,
Vivant en liberté.
L'école de Ronsard afFectionna cette stance.
2* Déjà Marot avait donné un modèle presque semblable :
Quand Israël hors d'Egypte sortit, ^ Et la maison de Jacob se partit
D'entre le peuple étrange, Juda fut fait la grant gloire de Dieu, Et Dieu se fit prince du peuple hébrieu ,
Prince de grant louange, marot.
3^ Vers de dix syllabes et vers de quatre :
Fils de Vénus, vos deux yeux débandez , Et mes écrits lisez et entendez,
Pour voir comment D'un déloyal servie (esclave) me rendez. Las! punissez-le, ou bien lui commandez
Vivre autrement, marot.
L'air était pur; un dernier jour d'automne, En nous quittant, arrachait la couronne
Au front des bois ; Et je voyais , d'une marche suivie , Fuir le soleil , la saison et ma vie
Tout à la fois, m"* tastu.
<• Vers de huit et vers de six :
Au seul soupir de ton haleine , Les chiens effrayés par la plaine
Aiguisent leurs abois; Les Qeuves contremont reculent.
Les loups suivant ta trace hurlent
Ton ombre par les bois, ronsard.
L'abeille , pour boire des pleurs,
Sort de sa ruche aimée, Et va sucer l'âme des fleurs
Dont la plaine est semée ;
Puis de cet aliment du ciel
Elle fait la cire et le miel. Skun-ÀMAXT.
5" Vers de huit et vers de trois ;
Je ne sais plus ce qu'il me faut,
Froid ou chaud ; Je ne dors plus ni je ne Teille:
(Test merveille De se voir sain et langoureux.
Je crois que je suis amoureux, saint-gelais.
Dans nos vieux poètes , les vers de trois syllabes sont fréquemment mélangés à ceux de huit et de sept , sans former de stances régulières.
6'' Vers de sept et vers de trois :
Pour conforter ma pesance ,
Fais (je fais) un son; Bon iert se il m'en avance,
Car Jason , Cil qui conquist la toison , N'ot pas de si grief penance. Thibaut.
Comme autrefois me suis plainte
Et complainte De toi , déloyal Fortune ,
Qui commune Es à tous à guise mainte,
Et moult sainte. Christine.
Dieu régnant au Grmament, Illustre bénignement
Ton Église , Afin que paisiblement Demeure et sans troublement
En franchise '.
Mais voici le type le plus fréquent :
Las ! en la fureur aiguë
Ne m'arguë De mon fait, Dieu tout puissant :
Ton ardeur un peu relire.
i. Heures de Soslre Dame.
sixikiH. 559
N*en ton ire Ne me punis languissant, marot.
Gomme Foiseau blanchissant,
Languissant , Parmi I^herbette nouvelle , Chante Thymne de sa mort,
Qui au bord Du doux Méandre I*appelle. du bellat.
Quand ce beau printemps je voi,
J*aperçoi Rajeunir la terre et Tonde , Et me semble que le jour
Et TAmour, Comme enfans , naissent au monde. RONSAao.
Les élèves de Ronsard ont affectionné ce rhythme , qu'on trouve déjà dans Meschinot^ Victor Hugo Ta rajeuni :
Et cependant des campagnes
Ses compagnes Prennent toutes le chemin.
Voici leur troupe frivole
Qui s'envole En se tenant par la main.
Enfin Michel Marot s*est servi de cette autre combinaison ,
assez rare :
Je n'ai grâce
Ne Faudace Telle que mon père avoit,
Ni la veine
Souveraine Dont si bien chanter souloit.
Je' me rappelle une romance de notre temps faite sur le
même rhythme :
Oma vie, Sans envie J'ai vu les palais des rois ; Ma chaumière
i. L'iulie en a fait usage : on le voit dans Cbiabrera.
M*est plus obère Quand je suis seul avec toi.
NOTE 41 (page 240).
J'ai dit que cette stance , en vers isomètres, est ancienne. Voici en effet un couplet 4'une chanson du xn* siècle :
De DOS barons que vos est il avis,
Compains Ërars? Dites vostre semblance :
En nos parens ni en toz nos amis
Avez y vos nulle bonne attendance,
Par quoi fussions bors du Thiois pays,
Où nos n'avons joie, solaz ne ris?
Ou (au) comte Otbon ai molt grant attendance.
Thibaut fait souvent usage de cette strophe :
Simple et franche, sans orgueil, Quidai ma dame trover :
Molt me fu de bel accueil.
Mais ce fu pour moi grever.
Si sont à li mi penser, Que la nuit, quant je sommeil, Va mes cuers merci crier.
On la voit dans plusieurs ballades de Christine :
Tant me prie très doucement Celui qui moult bien sait le faire; Tant a plaisant oonténement (maintien) , Tant a beau corps et doux viaire (visage); Tant est courtois et débonnaire.
Tant oy de lui de grans biens dire, Qu*à peine le puis éconduire.
On la trouve aussi dans Meschinot et dans CoquiUart. En voici^un exemple de Marot :
D'où vient cela, Seigneur, je te supply. Que loin de nous te tiens, les yeux couverts? Te caches-tu pour nous mettre en oubly, Mêmes au temps qui est dur et divers?
Par leur orgueil sont ardens les pervers A tourmenter Thumble, qui peu se prise: Fais que sur eux tombe leur entreprise !
Aartin Lefranc a composé des septains monorimes.
NOTE 42 (page 244).
1* Je ne sache pas de stance plus usitée au moyen âge que type, reproduit par Lamotte. Il a pour caractère essentiel »ffrir la même rime au quatrième et au cinquième vers, et tout quatre rimes semblables. Il perdit de sa fa%'eur au r siècle; mais Ton en trouve encore quelques exemples au ir. Je citerai des auteurs d'époques différentes :
Coutume est bien, quand Ton tient un prison (prisonniar) ,
Qu*on ne le veut oïr ne écouter ;
Car nulle rien ne fuit tant cuer félon
Com grant pooir, qui mal en veut ouvrer.
Por ce, ma dame de moi m'estuet douter,
Que je n*y oâ (ose) parler de raençon,
Ned*ùt;ige, s*en belle guise non;
Après tout ce, ne puis jo échapi er. thibait.
Oblier! las! il n*entr oublie
Par ainsi son mal qui se deult.
Chacun dit bien : Oblie, oblie!
Mais il ne le fait pa;» qui veutt.
Tel le vouldroit qui ne le peult:
Penser lui fuult , plaise ou non plaise;
liais al qui la douleur n'accuelt.
Si en p;irli*nt bien à leur aise. A. CHAarita.
Premier, j'ortlonnc ma pauvre âme
A la benoiti* Trinitô,
Et ta commande a Notre Dame,
Chumbn* de la dix iniu* ,
Priant toute la chanté
Et les di(;n(*s angps de» cieux,
Que |»ar eux soii ce don |wrtè
Devant le trône précieux. viixo.<«.
Lorsque la tourbe errante S'arma contre son roi, Le dieu de ia Charente, Fâché d'un tel desroy, Arrêta son flot coi ; Puis d'une bouche ouverte A ce peuple sans loi Prophétisa sa perte, rgxsaed.
Par tous les coins de l'univers
Le cygne mantouan résonne;
L'aveugle Thébain de ses vers
Encor toute la terre étonne:
Mais je n'accorde la couronne
Pour le Grec ni pour le Romain ;
Et, l'employant mieux, je la donne
Au beau monsieur de Saint-Germain, yoitcrb.
Le huittrin proprement dit, petite pièce composée seulement de huit vers, distribuait ainsi les rimes.
2'' Voici la stance de J. Lemaire, dans laquelle la première rime de chaque quatrain est triplée :
Mettez- vous y trestous, jeunes et vieux. Priez de cœur et larmoyez des yeux Pour la meilleur qu'on ait vu sous les deux, Depuis qu'Hélène engendra Constantin.
Si or la prend le puissant Dieu des dieux , Vous nous verrez advenir des maux tieux (tels) , ' Que de clair sang courront aval les deux (rmsseaux) Par ce meschef soudain et repentin.
Le même système se trouve dans Du Bellay et dans deux exemples précités de Piron (p. 43).
S"" L'Ârioste et le Tasse n*ont pas reproduit dans leurs épopées le tercet du Dante. La stance qu'ils ont consacrée , l'oriave, est composée de huit vers : les six premiers sont à rimes croisées (sur deux rimes) , et les deux derniers à rimes plates :
Canto Tarmi pietose, e'I capitano Che 'i gran sepolcro libéré di Cristo.
Molto egli oprô col seitno e colla mano; Molto soffrl nel glorioso acquisto:
HUITAIK. 563
£ in van Tioferno a lui s'oppose , e in vano S*arm6 d*Asia e di Libia il popol misto; Chè'l ciel gli diè favore^ e sotto i santi Segni ridusse i suoi compagni erranti. tasso.
Une chose bien digne de remarque , c'est que deux siècles auparavant, Thibaut, comte de Champagne, avait fait usage de ce modèle, qui, imité par des poètes étrangers, a été abandonné par les nôtres. Cette observation a été faite par E. Pasquier : « Ainsi va le demeurant de la chanson , que je vous ay voulu ici remarquer , parce que Àrioste et le Tasse , par les huictains de leur poésie , ont représenté la mesure, suite et ordonnance de rimes de nostre comte de Champagne. » L'abbé Massieu ^ Ta reproduite :
«c Ordinairement les couplets de ses chansons (de Thibaut) étoient de huit vers, où il arrangeoit les rimes de la même manière que les poètes épiques d'Italie les arrangent dans les huitains dont ils se servent. Un exemple rendra ceci plus sensible :
Au renouviau de la douçour d*été ,
Que réclaircit li doiz à la fontaine,
Et que sont verds bois et verger et pré, «
Et li rosiers en mai florit et graine ,
Lors chanterai ; que trop m'aura grevé
Ire et émoi qui m*est au cuer prochaine;
Et fîns amis à tort achoisonnez (accusés) ,
Et moult souvent de léger effrayez.
« On voit que le premier vers répond au troisième et au cinquième; que le second figure avec le quatrième et le sixième, et que les deux derniers ont une rime particulière. L' Arioste , le Tasse et le cavalier Marin se sont réglés sur ce modèle. »
C'est donc sans fondement que Scoppa (p. 173) attribue à Boccace l'invention de l'octave italienne.
Nous avons vu précédemment (p. 556) un sixain terminé également par deux rimes plates.