ONZAIN
A faire œuvres très-authentiques :
Arcs triomphans à modes {sic) antiques Furent dressés en noble arroi, Enrichis de dits rhétoriques , Exaltant la gloire du roi.
Cette stance est harmonieusement distribuée dans une ode de Racan :
0 grand Dieu , calme cet orage Qui m'abyme dans les ennuis I Toi seul , dans Tétat où je suis, Me peux garantir du naufrage.
La mer enflée, en un moment Pousse ma barque au firmament, La précipite dans la boue.
Et, malgré Tart des matelots, Le vent contraire, qui se joue , La pirouette sur la proue, Et la rejette sur les flots.
Let)nzain se trouve déjà dans Thibaut. La poésie provençale en faisait usage.
Martin Lefranc a écrit des onzains monorimes.
NOTE 46 (page 264).
Voici une des strophes de Ronsard :
Là sous les pieds les saisons Éternellement cheminent; Là tu connois les raisons Des astres qui nous dominent ; Tu sais pourquoi lo soleil , Ore pâle, ore vermeil, Prédit le vent et la pluie.
Et le serein qui l'essuie; Tu sais les deux trains de Peau , Ou si c'est l'air qui séjourne, Ou si la terre qui tourne Nous porte comme un bateau.
On trouve aussi le douzain dans Saint-Gelais , et bien anté-
rieurement dans Rutebeuf. Une ballade de Narot est en stance de douze décasyllabes.
Voici une strophe où Ton remarquera la réunion pore et simple de trois quatrains :
Heureuses les âmes bien nées,
Dont la vertu , d*un libre choix ,
Suit les justes et saintes lois
Que le Seigneur nous a données!
Heureux ceux dont les actions
Au Tout-Puissant ont fait connoître
Que leurs plus fortes passions
Sont de servir un si bon maître I
Mais ceux qui ne sont éclairés
De la grâce qu'il nous octroie
Ne seront jamais assurés
De marcher dans la bonne voie, ragan.
On trouve aussi des douzains construits avec de petits mètres :
J^alloie Tautre ier errant,
Sans compaignon, Sur mon palefroi , pensant
A faire une chanson :
Quant je oi, ne sai comment,
Lès un buisson , La voix du plus bel enfant
Qu*oncques véist nus hom :
Et n'esloit pas enfès si Ne eust quinze ans et demi.
Onques nulle rien ne vi De si gente façon. Thibaut.
En voici un de Crétin :
Tendres fillettes, Fraîches , doucettes , Et de valeurs :
Chargez houlettes De violettes , Feuilles et fleurs; Délaissez pleurs, Cris et douleurs.
DOUZAINy ETC. 573
Et ne doutez être seulettes.
Reprenez habits de couleurs, Puisqu'ainsi s*en vont nos malheurs :
Si je suis bien , ainsi vous Tètes.
Une chanson de Marot présente les deux mêmes mesures, mais dans Tordre inverse : huit vers de quatre syllabes y sont suivis de quatre vers de huit.
Stance de treize vers. — On en trouve quelques exemples. Cette stance est ordinairement isomètre :
Tu as toujours aimée Vérité, Justice, droit, raison et équité:
Je le sais bien ; car par ta courtoisie Les grans secrets tu m'as manifesté, Et tout cela qui éloit occulté En ta sainte sapience infinie.
Lors quant j'ai vu ta haute sapience, Et reconnu mon péché et offense, J'ai proposé de non persévérer, Mais devant toi pleurer et soupirer, Qui es juge piteux et amiable.
Pour la grâce de mes maux procurer; Car je connois que tu es véritable*.
Un chant royal attribué par quelques-uns à Marot {Le trèspuissant Dieu, le père parfait) présente cette stance, qu'on trouve aussi dans Saint-Gelais. Les Provençaux en ont souvent fait usage.
II est rare de voir dans ces grandes strophes des mètres combinés. En voici une , où i*on reconnaîtra la réunion du sixain et du septain :
Jamais un conquérant, au jour d'une victoire, Par les pompeux chemins que lui dresse la Gloire
Ne marche avec tant de fierté :
La province rangée au pouvoir de ses armes Trouve dans ses malheurs de la gloire et des charmes ,
Et bénit sa captivité.
Au bruit avantageux que fait sa renommée ,