‹ Traité de versification françaiseChapitre 58 sur 212 · Vofés, à la Un dn Volttiue , la note · texte numérisé non relu

Vofés, à la Un dn Volttiue , la note

3. Le Nouveau recueil de contes, dits, fabliaux, etc. , publié par M. Jubinal

(t 11 , p. 377 ), offre une clianson sur ce rbythme. EUe commence alnâ :

Arras est école de tout bien entendre. . . Je vis l'autre juur le ciel sus se fendre : l)fex toloft d'Arras les motets apprendre.

A^im VttiBé l!4^er, tMnb^mttine Destriers s'était exercé du» h mmt mètre.

VERS Mi rilFFÉREhTKS MEStRtS. 1Î9

D*ui) (MU de raison le rendit capable, 11 présume tout, et sa vanité Ne peut concevoir rien de liiaité-

Ce rbyUime ne maaquo pas d'harmonie, mais il est moDolooe.

Voici le jugement de Voltaire aa sujet de celte noutcIIë césure :

« Dans les vers de cinq pieds ou de dix ByUab«)( il n'y a point d'hémistiche, quoi qu'en disent Utfit de dictionnaires ; il n'y a que des césures. On ne peut couper ces vers en deux parties égales Je deux pied* el demi ;

Ainsi parlâmes, | boit«tix el mal taim.

Ces verâ lunguissans | ne plairaient jamais.

« On en voulait faire autrefois de celte espèce, dans le tems qu'on cherchait l'harmonie, qu'on n'a que Irês-diflîcilement trouvée... Ce genre de vers français, ne pouvant jamais avoir que des hémistirhes de cinq syllabes égales, et ces deux mesures «tant trop courtes et trop rapprochées, il en résultait nécessairement cette uniformilé enouyeusequ'fni ne peut rompre comme dans les vers alexandrins... Ces ren de cinq pieds, à deux hémistiches égaux, fioQrraient se souffrir dans les chansons :

L'amour e:il un dieu | ijue la terre adore ; Il fuit nos toiirmens, | il sait les guérir : Daos un dom repos | heureui qui l'ignore, Pluà heureu» ceol fois | qui (leul le servir '

u Mais ils ne pourraient être tolérés dans des ourrages de longue baleine, à cause de la cadence uniforme. »

Ou en trouve quelques-uns dans Béranger

180 CHAPITRE XIY.

Prêtons bien l'oreille à ce discoure-là... Vous savez pourquoi Ton vous exila.

Deuanhme remarque. Tout en ayant soin de terminer le second pied par un mot complet , on peut cependant varier le rhythme, en suspendant le sens dans la seconde partie du vers, de façon que ce nouveau repos soit effectivement plus fort que celui de la césure obligée \ C'est ce que Voltaire nous enseigne encore :

(c Dans les vers de dix syllabes^ la césure i sans hémistiche y est souvent en deux mesures i Tune de quatre y l'autre de six syllabes. Mais on lui donne aussi souvent une autre place , tant la variété est nécessaire :

Languissant, faible et courbé sous les maux, J*ai consumé mes jours dans les travaux. Quel fut le prix de tant de soins? Tenvie : Son soufQe impur empoisonne ma vie.

a AU premier versy la césure est après le mot faible; au deuxième I après your^; au troisième , elle est encore plus loin y après soins; au quatrième, elle est après impur. »

Croirait-on que cette observation , que tout le monde trouvera judicieuse , ait conduit Voltaire à violer la règle fondamentale du vers de dix syllabesi qui est de terminer le second pied par un mot complet? C'est cependant ce qu'il se permet de temps en temps dans ses comédies : il commence par Thémistiche du vers alexandrin; auquel il ajoute quatre syllabes. De cette

I. Voyez les coupes variées du vers alexandrin, p. 140, 166 et suiv.

VERS DE bifféhkntrs mesubes. 181

n, il transpose les deux parties, et place en tête lus longue (3 pieds, puis 2 pieds) :

Noos en Mmines fort près, | et notre gloire

N'a pas le sou...

Il est si sérieux! — Si plein d*aigreur !...

Il ne repose point, car je Tentends...

Eb bien ! qu'est-ce, cousine? — Ah ! ma cousine...

Avec un jeune Turc, qui s'enfermait...

Je n'accuse personne. — Hon ! que j'enrage!...

Vous en êtes capable. — Assurément...

Vous en êtes la preuve... Ah cà, Nanine...

Qui? vous, obscure ! vous! — Quoi que je fasse...

Elle vous traite mal, mais la nature...

Vous porterez cette somme complète

De trois cents louis d*or ; n'y manquez pas.

'harmonie de tous ces vers est nulle pour notre Ile. Primitivement ce système aurait pu être ad- , mais i condition d'être unique.

?iiAEBEME7CT. — Lc vcrs dc ciuq pieds est celui que ot, comme tout son siècle, a employé le plus sou- . Ce porte a consacré Tenjambement de deux Isy ou le rejet de quatre syllabes :

J'appris aussi, allant aux pâturages,

A é\ it^r les dangereux herbages,

Et a connoltre et guérir plusieurs maux

(jui quplquefoiit gAtent les animaux

/v IKK jiâii$ : mais par sus toutes chose:*,

D'autant que plus plaisent Irs blanrho:) roses

f^ / a%iftépin. plus j'aimois à sonner

|v />j mutftte. et la fis résonner', etc.

(Uns RoQMnl :

Crtte Ao<tnifUAi(iir,à qu* |V«ii>nifti rriid l»m%u fl ti» rratntf. ai-iiilnit imih rnfjnt à p/i« i^rrti, «-oinme fait \e lierre «>■!• *ie •^^ ni»in« !••* rnupiil'»** en^^nr.

1S3 CHAPinii xiT.

Cet enjambemeot est Don-seulement une des licences, mais un des agréments du style marottque^i

Auprès des rois il est de pareils fous :

A vos dépens ils font rire le onattre;

Pour réprimer leur babil, irea^vous

Les maltraiter? Vous n*ètes pas peut-être

Assez puissant. Il faut les engager

A s'adresser à qui peut se venger, la. vont.

J*ai peu loué. J'eusse mieux fait encore

De louer moins. Non que pincer sans rire

Soit de mon goût. Je tiens qu'en fait d'écrire,

Le meilleur est de rire sans pincer.

Nous ne devons les vices caresser;

Mais, d'autre part, il ne faut les reprendre

Trop aigrement. Les hommes, à tout prendre.

Ne sont méchans que parce qu'ils sont fous ;

Ce sont enfans moins dignes de courroux

Qu$ de risée, lou».

Voltaire a manié ce style avec agrément , et a su SB reproduire les allures :

Quelle est plus loin cette autre déité?... Mais dont l'air noble et la sérénité Me fiait assez. Je vois à son côté Un sceptre d'or, une sphère, une épée, Une balance. Elle tient dans sa main Des manuscrits dont elle est occupée.

Tout l'ornement qui pare son blanc sein Est une égide.

EnGn , voici un exemple de Gresset :

Déjà les cœurs s'envolent à Nevers :

Voilà d'abord vingt têtes à l'envers

4. Je crois quMI peut s'expliquer autrement que par l'exemple de Marot. Dans Talexandrin, le rejet d'un hémistiche tend & introduire de la conAision dans le rhythme, à cause de Tégallté des deux hémistiches; mais dans le vers de cinq pieds, la césure après le second ne permet pas à l'oreille de se méprendre.

TEaS DE DIFFERENTES Hi:st'RF,S, 1S3

De f^ut pas prodiguer cet enjamb^meat : Ht présentait trop souvent, il devieuârait fasti-

pîKi''î'"'' Excepté ce cas, tous les autres enjaiiints , qui seraient condamnés dans le yers ipdrÎD, devront l'âtrc dans celui de dis syllabes, lame, quand deux pieds sont rejetés, le mol qtti menée le seconcl vers ne doit pas être intimet lié par le sens et la prononciation au mot qui upç le vers précédent. Voici, par esemple, uq iibement vicieux' :

Il Crois que ma plume amoureuse, qui l'a

1 Tant foil h'jnniiur, dont lrÉ9-mal â'acquillfl, elc. m*b()t.

pçitMs. — CoRinie le vers alexandrin > le vers 4«

syllabes a deux, accents prinoipaiix, celui de U

re et celui de la rime.

und l'un de cee accents n'eet pas assez marqua»

ta perd tout son rhythme*.

[fers de cinq pieds a déplus un accent inobil^t

Ijp place dans la seconde partie, sur la sixièmet

g(|àme ou la huitième syllabe ' :

J'ai TU l'impie adur^ sur la lerre. uc. Ha vie à peine a commencii d'éulore...

El nous portons la pi ne de leurs crim»

m à* Bombnnx «i*mplM d'injimbranent dwu l> note It. M CÉ qui ■ tfl£ ill[ pour ■• vrn tt«undr1n, p. IS el C6. ■Hondt partif dre* irn^Uu! riartmirnl un h jmisllclic dr l'alcuO' |nl ■ <U dit tur In icrcnti <l> rt ilcrnirr pM ftppllntblc 10. Voyu

p. taiBiHih.

184 CHAPins XIV.

Comme dans rhémistiche da vera alexandrin, le rapprochement de deux accents produit de la dureté :

Et g'appeloit par son propre nom Crainte *. marot.

Sa nature, son emploi. — Le vers de dix syllabes n'offre pas les mêmes ressources que le vers alexandrin pour les coupes y les suspensions, en général les effets qui tiennent au rhythme; mais il est sauvé de la monotonie par Tinégalité de ses deux hémistiches. Moins majestueux que le vers de douze syllabes , il a sur lui l'avantage d'un mouvement plus vif et plus pressé dans le passage d'un vers à l'autre, et par là il semble mieux convenir à la poésie familière et légère*.

La Harpe lui trouve également une allure familière, par laquelle il semble se prêter plus que tout autre au style marotique. Il le déclare, en outre, le plus facile de notre langue.

Le vers de dix syllabes est le plus ancien de nos mètres '. Il a tenu la première place encore après Marot. Cn genre même où le majestueux alexandrin semble le plus convenable, le genre épique, faisait usage du décasyllabe, qu'on nommait pour cette raison vers héroïque. Ronsard l'a employé dans sa Franciade, mais il le regrette. Du Bellay, Ronsard et ses élèves ont remis le grand vers en honneur.

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