‹ Traité de versification françaiseChapitre 85 sur 212 · I. Voyez la note à la fin du volume · texte numérisé non relu

I. Voyez la note à la fin du volume

oreille n'en peut apprécier le rhythme symétrique : n a bien fait d'y renoncer. Marmontel , noua l'avons u, ne permet pas qu'une strophe ait plus de six lexandrins. Les strophes de dix décasyllabes sont gaiement tombées en désuétude.

La strophe iaoraètre de dix vers de sept ou de huit ijllabes est la plus fréquente et la plus majestueuse.

1" Tiioïkle.

J'ai vu mea trJBtes joumées

Décliaer vers leur penchant :

Au midi de mes années

le touchois à mou couchant.

La Mort, déployanl ses ailes,

Couvroil d'ombres élernelles

La clarlé doat je jouis ;

Et, dans celle nuji funeste,

Je cherchois en vain le resle

De mes jours évanouis, nouâs.

Korlune, dont la main couronne Les rorfails le» plus inouïs, Du faux éclat qui l'environne SeroDS-nous toujours éblouis?

I Jusques u quand, trompeuse idole,

D'un culte honteux el frivole HoQOreroD»-nous tes autels?

Verra-t-OD toujours tes caprices Consacrés par les sacrifices El par l'hommage dos mortels? aorss.

Cette distribution des rimes est la phts symétrique, I plus harmonieuse et la plus ordinaire'.

'< La strophe de dix vers à trois pieds et demi, il La Harpe, l'une des plue heureuses mesures qui

I. f.'ett t Ronurd el h Bon école qu'ipparllcul l'honneur d'avoir Inicnl^ Ile MTOphf. Voyrr, k I* Du liii >o1uiii<^, In notf M.

soient du domaine de Tode, a deux repos où elle s'arrête successivement, et peut, dans son circuit, embrasser toutes sortes de tableaux, comme elle peut s'allier à tous les tons... Une des plus harmonieuses, et qu'il (Rousseau) aie plus fréquemment employée, c'est la strophe de dix vers de huit syllabes. Si la mesure du vers ne peut avoir la pompe et la majesté de l'alexandrin , la strophe entière y supplée par une marche nombreuse et périodique, qui suspend deux fois la phrase avant de la terminer, et par le rapprochement des rimes dont le son frappe plus souvent l'oreille : ces avantages la rendent propre aux grands effets de la poésie. »

Très-rarement cette strophe commence par une rime masculine:

Quand le ciel parmi nos dangers

Avoit horreur de nos prières.

Que le3 yeux des plus étrangers

Donnoient des pleurs à nos misères;

Quand nos maux alloient jusqu'au bout.

Que rËtat ébranlé partout

Êtoit prêt à changer de maître,

Il fit mourir notre douleur

Et perdre espérance au malheur

De la faire jamais renaître, thkoph.

2* modèle.

Il y a une autre strophe dans laquelle les r\m^ sont distribuées différemment. Elle est belle encore, quoique la cadence n'y soit pas aussi bien marquée:

L'hiver, à qui la glace Hérissoit les cheveux, Enfin, selon nos vœux, Au printemps a fait place.

DES STAKCES. -'

Ces monts audacieux, Qui presque dans leitdeiix Sembleni porter leurs léleii, De vert sont revMus, El des coupa des («nipéluiî Ne BODl plus combattus, may.nahd.

^n trône deviendra l'asile Ue l'orphelin persécuté ; Sun équitubic susiérilé Soutiendra la Tuible pupillii.

Le pauvre, sous ce défenseur, Ne craindra plus que l'oppresseur Lui ravisse àon héritage; Et le champ qu'il aura semé Ne deviendra plus le parliige De l'usurpateur alTamé. roues.

Cette manière d'enlacer les rimes était fort usitée xvii* siècle. On la trouve dans Malherbe, Théoile, Kacan, Corneille, (jodeau, BrébeLif, etc. La slroplie suivante ^trésente dans le sixain un l'Hcement de rimes difTcrent :

Que j'aime cette solitude I

Que ces lieux sacrés à la nuK,

Eloignés du moade et du bruit,

Plaisent â mon Inquiétude !

Mua Dieu t que mes yeut sont conlens

De voir ces bois, qui se ti ouverent

A U nativité du Temps,

Et que tous les siècles révèrent,

Être encore aussi beaux et verts

Qu'aux premiersjours de l'univers! saixt-ama-ti.

4Taut lie passer aux autres modèles, nous devons juler quelques observations sur laslruplie isomèlrc, l'on peut considérer comme le véritable type de la rophe de dix vers.

Première remarqui;. Us repos après lo quatrième

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vers et le septième sont de rigueur. Malherbe n'observait pas d'abord le repos du septième^; mais il céda sur ce point aux conseils de son élève Maynard, qu'il considérait comme Thomme de France qui savait le mieux faire les vers. Auparavant , il partageait cette strophe en deux quatrains suivis duo distique, ou en un quatrain, un distique et un quatrain f rhythmes moins variés et moins nombreux :

Les Parques d'une même sole Ne dévidèrent pas nos jours; Ni toujours par semblable voie Ne font les planètes leur cours.

Quoi que promette la Fortune, Â la fin quand on l'importune, Ce qu'elle a voit fait prospérer Tombe du faîte au précipice; Et, pour l'avoir toujours propice, Il la faut toujours révérer, iialh.

Tel qu'aux vagues éperdues Marche un Ûeuve impérieux, De qui les neiges fondues Rendent le cours furieux :

Rien n'est sûr en son rivage ; Ce qu'il trouve , il le ravage ; Et traînant comme buissons Les chênes et leurs racines, Ote aux campagnes voisines L'espérance des moissons*, malh.

Mais dans la plupart de ses odes, Malherbe met le deuxième repos après le septième vers. 11 est juste de dire que Théophile , contemporain de Malherbe,

4. 11 est bon de noter que Marot, dans ses psaumes, marquait déjà exactement ces deux repos. Voyez, à la fin du volume, la note 44 «

2« C'est là uue aucieunc division de la stancc de dix syllabe». Voyex Mar^ montel, Él^enU de Littérature, article Stance.

^f DES STANCES. 255

»!t toujours de Diême. Racau , au coolraîre, eut le lorl de ne pas se rendre à l'observation de Maynard. nu temps de Louis XUl et de Louis XIV, on partageait assez souvent la slance de dix vers en un ftïxain et en un quatrain. Cette méthode', plus heureuse que celle qui joint un distique à deux quatrains, aurait pu être consacrée; mais la méthode usitée est eucuie préférable.

LRut lies saisons et des antiées.

Soleil, <loDl les courtes bornées DonnenI rordreétouirunivers; S'il est vrai que tu remédies Aux laagoureuses maladies Par Ont de royaumes divers :

Oanle que Richelieu ne meure; ,V«ia son mal. et pour obliger Toute la France qui le pioi

Il Toute h Hflte-ioi de le si

. BOISaOBEHT.

Racine n'avait pas daoB l'oreille la véritable harmonie de ces strophes, puisque dans la méttie ude, ■Iles coupe tantôt aprèe le sixième vers , tantôt après le septième ' :

L'Ame, houreusemeotcaplivu.

Sous ton Joug trouve la paii, El s'abreuve d'une eau vive Qui ne s'épuise jamais.

Chacun peut boire en cette onde; Elle invite tout le monde :

Mais nous courons roUemenl Chercher des sources bourbeuses, El des citernes Irompeuses D'où l'oau fuit â tout moment.

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