I. Cours de Littéraiure, u Xll, p
«1 qû^ûné désinence tnuelte ue la lei-miue jamais bien. Aussi , dans le haut ton de l'ode , nos pointes ont-iU évité cette cadence molle et faible. Rousseau , dans ses odes sacrées , se l'est permise une seule foÎB :
Peuples, élevez vos concerta; PousMï (tes cris de joie et des chants de vû-tuire .
Voici Is roi de l'univers Qui vienl faire éclater son Lrioiii|ihe et sagbirc.
et une fois dans ses odes profanes :
Trop beureux qui du champ par ses pères laissi'- Peut parcourir au loin les limites antiques, Sans redouter les cris de l'orphelin cbassé Du sein de ses dieux domestiques!
Ce n'est que dans l'ode familière et badine , dont la grâce est la nonchalance, qu'il sied bien de donner à la stance ce caractï^re de mollesse, comme dans l'ode à Chaulieu :
Je ne prends point pour vertu
Ijb9 Doirs accès de tristesse
D'un loup-garou revêtu
Des habits de la sagesse.
Plus légère que lèvent,
Elle fuit d'un Taux savant
La sombre mélancolie,
e bien souvent Dans les bras de lu (olie.
La Harpe' loue le choix du rhythme dansles stances célèbres que Malherbe adresse à Dupérier, pour le consoler do la perte de sa jeune lille :
280 CHAPITRE XYI.
Que te met dans l'esprit Tainitié paternelle L'augmenteront toujours?
Ce petit ver8^ qui tombe régulièrement après le premier, peint bien l'abattement de la douleur.
6"" Du MÉLANGE DES STANCES. — Quelquefois le poète lyrique emploie alternativement diverses stances. Ainsi nous lisons dans Le Franc de Pompignan :
Inspire-moi de saints cantiques, Mon âme, bénis le Seigneur.
Quels concerts assez magnifiques, Quels hymnes lui rendront honneur?
L'éclat pompeux de ses ouvrages^ Depuis la naissance des âges, Fait l'étonnement des mortels; Les feux célestes le couronnent, Et les flammes qui l'environnent Sont ses vètemens éternels.
Ainsi qu'un pavillon tissu d'or et de soie, Le vaste azur des cieux sous sa main se déploie ; Il peuple leurs déserts d'astres étincelans. Les eaux autour de lui demeurent suspendues ;
Il foule aux pieds les nues ,
Il marche sur les vents.
Voici un autre exemple^ qui est de Le Brun :
Un jeune rossignol, honneur de son bocage, De la seule nature élève ingénieux.
Sur le bord de son nid caché dans le feuillage, Cadençait mollement des sons harmonieux.
Surpris d'un ramage si tendre, Les zéphyrs n'osaient s' agiter; Flore se plaisait à l'entendre, Les échos à le répéter.
En général, le mélange alternatif des stances est peu heureux : il fatigue Toreille par un brusque el fréquent changement de rhythme. Toutefois ce dé-
faut n'existe pas dans raccouplemenl de deux aiances peu étendues, qui ensemble n'exeèdeol pas ta strophe de dix vers'. Ainsi dana le dernier exemple cité, les deux stances réunies ne forment qu'un huitain.
Si nous blâmons la marclie saccadée des stances alternatives, nous approuvons le poète qui à une suite de stances pareilles fîiii succéder, dans la même pièce, des stances d'un autre système, lorsqu'il entre dans un nouvel ordre d'idées, et qu'il juge une autre forme plus propre à les exprimer. Rousseau, Lamartine, \. Hugo usent de cet arlllîce.
Dana sa 8° Méditation, lu Providence à l'homme, Lamartine débute par un quatrain de trois alexandrins et un octosyllabe; après six stances viennent des dizains en vers de huit syllabes, auxquels succèdent des quintils, puis encore la strophe de dix vers.
Dans la belle pièce intitulée le Lac (13* Méditation), le même poète fait usage de deux quatrains différents, l'un pour le récit, l'autre pour les disj -cours. On en relira avec plaisir quelques stances :
Ud soir, t'CQ Muvienl-il? nous voguions en silence;
Un n'entendait au loin, sur l'onde el sous les cieux .
^Hie le bruit des rumeurs qui frappuient en railence
Tes llolâ liurmuniGui.
Tout à coup des acrents inconnus à la terre Ou rivage charmé frappèrent les échos : Le Sot fut aUenliT, et la voix i^ui m'eal ch^re Laissa tomber ces molâ :