‹ Traité de versification françaiseChapitre 93 sur 212 · CHAPITRE XYI, DES STANCES · texte numérisé non relu

CHAPITRE XYI, DES STANCES

0 temps, suspends ton voll et vous, heures propicei,

Suspendez votre cours !

Laissez-nous savourer les rapides délices

Du plus beau de nos jours!

Assez de malheureux ici-bas vous implorent : Coulez, coulez pour eux;

Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent ; Oubliez les heureux, etc.

NOTE 1 rpatîe 3;.

II n'est pas sans intérêt de constater tes variations qu'a ^prouvt'es notre quantité syllabique. On a nt'gligéiiisqu'itî de ■ecueillir sur ce point des fails qui tiennent intimement à 'bisloire de notre poésie et de noire langue, et dont la conlaissance est nécessaire pour la critique des anciens textes. ..e résumé que je vais présenter pourra dispenser de beaucoup le recherches.

Je reprendrai successivement tous les groupes de voyelles loDt la quantité a varié ou est encore incertaine.

Ia. -^ Primitivement ces deux voyelles ne formaient pas

loe diphthon^'ue. Elles ont encore une valeur distincte dans

a plupart des mois ; les anciens n admettaient aucune diffé-

■eoce.On remarquera, dans tout ce qui vaiiuivre, que, cbeit

MM ancêtres , les règles étaient générales : les exceptions sont

reoues plus lard , à cause de Ih tendance naturelle à rac-

x>urcir par la prononciation les mots tes plus usités, comme

lovoits'eSacerlerWiefdes monnaies parla grandecirculation.

1° Chez nos vieux poètes, le mot diaOle, qu'on écrivait

aussi dyable et plus souvent déable, était de trois syllabes :

Si II a dit : Vos estes vits déables. (roland.)

icJHl déaiÀe nous veul tous desciembrer. (oitniN.i

Corn li dèabh les a morU et occis, (m.)

A diable se livre et donoe. bekoist.

Figure porte de diable, [brut.}

Enseigner veux par celte table

Que femme sait pliis que dcabte. [mëo.i.]

I en aiguë noiée , ou bu déaUe allée. Ibertbb.)

tOn détMe d'enfer le Dl argent nommer, baudouik.

tus servons bien Dieu, nous lairons le dtiMe. [juniNAL.j Le grand diabte île VHuverl. cooiilubt.

Tel est l'usage constant des poètes avant le xv* siècle. Si quelques textes semblent infirmer cette règle , il iaut te contrôler avec une critique sévère.

Le très-ancien art poétique provençal publié par H. Gatien Arnoult' établit que dyables fait trois syllabes.

Au XV* siècle , la quantité syllabique de ce mot devient douteuse ; mais l'on incline de plus en plus vers la synérèse. Sibilet la prescrit (1548). Au xvir siècle, elle a tout à fait prévalu. Ex. :

Les diables sont tous en abisme. mabtin lkfhanc.

Invocation diabolique, lo.

Tant seulement, mais notre artillerie Sans point de faute est une diablerie, le mairc.

Où Dieu veut bien, le diable ne peut nuire, j. marot. Et noir comme un beau diable ou deux, marot. Ma foi, je l'enverrois au diable avec sa fraise, mol. Que le diable toujours hurlant contre les cieux. boil.

Survient un diable à titre de seigneur, la F0!rr.

Qui lui fait faire un cri de diable, rouss.

Dans un des exemples précédents nous voyons l'adjectit diabolique commencer par une dipbtbongue ; mais cette quantité varie , et les dictionnaires des Rimes la donnent avec raison comme douteuse. Des auteurs même qui font la synérèse pour diable, ne la font pas pour l'adjectif :

Où nous détient Tesprit diabolique, meschinot. Car qui autrement se soulace Ne fait qu*œ\xyre diabolique, j. marot.

Luthériens, esprits diaboliques, d'aubigné.

C'est ainsi que christianisme n'a pas subi la même réforme que chrétien :

Toute vertu tient au christianisme, rouss.

2'' Le mot diacre n'a que deux syllabes, mais anciennement il en avait trois :

Doien et chancelier, chantre et archedyacre. (jubinal.)

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