‹ Traité de yogaChapitre 20 sur 47 · I. Initiation, n° 8, mai 1906, p. i · texte numérisé non relu

I. Initiation, n° 8, mai 1906, p. i

TUAITÉ DE YOGA

Tout d’abord, nous dirons à M. Phaneg, laméthode ne saurait être dangereuse, parce qu’il y faut consacrer deux ou trois séances de demi-heure par jour. — Ceci n’est indiqué que pour le disciple déjà avancé et qui veut progresser rapidement ; ce n’est déjà pas un homme ordinaire, il peut donc s’astreindre à un exercice pénible, niais pour celui qui ne saurait s’y astreindre ; celui-là pourra ne pratiquer l’exercice indiqué, qu’une heure et même seulement une demiheure par jour ; il mettra évidemment beaucoup, beaucoup plus de temps et voilà tout.

En ce qui concerne l’emploi des sens physiques, concurremment avec l’emploi des sens astraux, nous pouvons dire que la chose est possible et M. Phaneg le reconnaît, non seulement par la citation qu’il a éprouvé maintes fois sans doute lui-même, puisqu’il écritdans un de ses ouvrages (i) la phrase suivante : « Comme je regardais cette scène (dans l’astral) avec intérêt, une lueur éblouissante me fit fermer les yeux cette expression peut sembler étonnante, puisque j’avais les yeux fermés, mais c’est bien exactement l’impression que je ressentis. »

Je m’étonne que l’auteur qui est fort intelligent et très avancé en Occultisme n’explique pas le pourquoi de cette sensation à ses lecteurs.

I. Méthode de Clairvoyance psychométrique, p. 29. i vol, in- 12, Paris, Librairie des Sciences psychiques, 42. rue Saint- Jacques (V”).

Nous allons donc l’expliquer à sa place, car c’est nécessaire pour faire comprendre la corrélation qui paraît exister entre le physique et l’astral, entre le visible et l’invisible. La lueur qui éblouit la vue astrale paraît agir sur la vue physique, parce que le double aithérique qui sert d’intermédiaire entre les deux plans agit sur la paupière physique et dès lors l’individu est tenté de fermer ses paupières et fait des efforts dans ce but, bien que celle-ci soit fermée. Ceci est la reproduction (souvent citée) de l’invalide à la jambe de bois qui ressent des douleurs rhumatismales dans cette jambe qu’il n’a pas, mais qui, elle, possède son double aithérique, et c’est par celui-ci que l’individu ressent des douleurs.

Je n’ignore pas que les médecins, dans le cas précité, admettent un motif physiologique, la sensation neurique se poursuivant dans la jambe, jusqu’à l'extrémité qui n’existe pas, mais notre explication a toujours la même valeur.

Les questions de la nature de celle provoquée par M. Phaneg ne sauraient, du reste, être traitées à fond, par la raison occulte très connue à savoir, comme le dit Roger Bacon : « Que des malheurs de toute sorte accablent celui qui découvre les choses cachées et révèle les secrets (s. e. occultes), c’est sous une autre forme la loi occulte :

« L’Initié tue l’Initiateur. »

On a seulement le droit de mettre le néophyte

TRAITÉ ns YOGA

sur la voie de la vérité, et ne lui jamais révéler tout entière.

Voilà pourquoi nous n’insisterons pas davantage sur la question et pourquoi nous n’avons pas été plus explicite dans notre étude Clairvoyance et Clai- RAUDiENCE, viséc par notre collaborateur Phaneg (i),

A ce qui précède, nous ajouterons que la perfection future de l’homme en tant qu’organisme ne saurait faire un doute; le passé nous est un sûr garant de ce qu'il adviendra dans l’avenir, et les théosophes partagent même entièrement nos idées à ce sujet, et nous ne nous rappelons pas dans lequel de ses nombreux ouvrages, notre ami et collègue le docteur Pascal dit exactement sur la vue, sur Vœil de l’homme, ce que nous venons de dire nous-même.

Arrivé à ce point de notre étude après avoir parlé en général des Yogis, des médiums et des Psychomètres en particulier, nous devons étudier plus en détails, non seulement ces divers médiums mais même d’autres, tels que les Fakirs, les Sannyasis, les Sadhus, et bien établir leur caractère respectif, voire leurs points de ressemblance et en quoi ils diffèrent entre eux.

YOGIS ET FAKIRS

A propos des expériences pratiquées par Ch. Richet,

I. Cf. Au sujet de ces deux facultés; La Psychologie devant la science et les savants, passim, 3' édition, Paris, H. Daragon,

à la villa Carmen, à Alger ; quantité de journalistes ont parlé des faits extraordinaires exécutés par les Yogis et Fakirs de l’Inde et ont dit naturellement une quantité d’inexactitudes dont nous allons rectifier quelques-unes. Et tout d’abord ces écrivains, et après eux le public, ont l’air de considérer les termes Yogis et Fakirs comme synonymes ; c’est là une grave erreur. Les Yogis peuvent être en général des hommes très instruits, des initiés même, tandis que le Fakir est le plus souvent un jongleur, un prestidigitateur ; le premier accomplit des faits remarquables, merveilleux même, et le second utilise surtout l’habileté qu’il possède et donne l’illusion au spectateur de choses complètement fausses. Dans cette dernière catégorie entre, par exemple, un tour souvent décrit par de nombreux voyageurs, le tour dénommé de la corde.

Voici en quoi il consiste pour ceux de nos lecteurs qui ne le connaîtraient point : une corde paraît tenir droite dans l’air, sans aucune espèce de support ou de moyen d’appui visible.

Un Fakir envoie un enfant vers cette corde, au sommet de laquelle il grimpe. Alors le Fakir coupe avec un couteau la corde, d’une façon très distincte il saisit l’enfant, le met en pièces et répand sur le sol ses membres palpitants.

Le Fakir raccommode ensuite les membres de l’enfant, le renvoie de nouveau à la corde, puis il

attrape un bout de la corde... et l’enfant et la corde disparaissent subitement.

Dans ce tour, tout est illusion pure et suggestion exercée par le Fakir sur la foule.

Un autre tour très en vogue consiste en ceci :

Le Fakir prend un couteau très tranchant qu’il fait examiner aux spectateurs qui l’entourent, et quand le couteau est revenu entre ses mains, il s’en sert pour s’ouvrir le ventre, il sort ses entrailles et les disperse à tous les vents ; puis avec quelques passes magnétiques faites avec ses propres mains et en tenant ses entrailles, l’atroce blessure disparaît et le Fakir se montre comme avant l’opération.

Ici encore, le tour n’est qu’une pure illusion.

Voici encore un autre tour qui excite hautement la curiosité de tous ceux qui le voient pratiquer ; c’est le tour dit du Manguier : dans une courte séance, là devant vous, le Fakir place une mangue sur la terre ; il la recouvre d’une sorte de baquet pendant quelques instants, puis tout à coup le baquet se transforme en manguier, ensuite en un vêtement qui se transforme à son tour en un tout petit manguier, que le Fakir prend entre ses mains et qui grandit à vue d'œil. En quelques minutes des bourgeons apparaissent, puis des feuilles, enfin le Fakir en arrache un fruit qu’il offre aux spectateurs.

Tous les phénomènes illusoires que nous venons de rapporter s’accomplissent, tandis que les specta-

TRAITK DE YOGA

leurs sont sous l’influence de l’hypnotisme occasionné par la volonté de l’opérateur.

Le Yogi, au contraire, ne pratique pas de tours d’adresse et de passe-passe, il ne recourt pas en un mot à la tricherie, au truquage ; tandis que les Jongleurs ou Fakirs s’en servent constamment et trompent ainsi les ignorants.

Pour exécuter le tour du Manguier, les .fongleurs ont divers spécimens de diverses grosseurs qu’ils substituent les uns aux autres. Ils semblent retirer celui qui vient d’être formé sous vos yeux, or ce n’est qu’une simple substitution qu’ils opèrent.

Les maîtres véritables, les Yogis, n’agissent pas de cette façon ; leur croyance religieuse, du reste, leur interdit d’employer autre chose que la volonté pour la démonstration et la transformation de la matière.

Voici du reste, d’après un ouvrage hindou très réputé, ce qu’est le véritable Yogi.

« L’homme qui se complaît dans la connaissance et dans la science, le cœur eu haut, les sens vaincus, tenant égaux le caillou, la molle de terre et l’or, a pour nom Yogi ; car il est uni spirituellement. »

Et voici comment il doit opérer; on verra par là comme il y a loin de cet inspiré à un Jongleur, bien que le vulgaire les confonde.

Que dans un lieu pur il se dresse un siège solide, ni trop haut, ni trop bas, garni d’herbes, de toile et

de peau : et que là, l’esprit tendu vers l’Unité, maîtrisant en soi la pensée, les sens et l’action, assis sur ce siège, il s’unisse mentalement en vue de sa purification. Tenant fermement en équilibre son corps, sa tête et son cou immobiles, le regard incliné en avant, ne le portant d’aucun côté, le cœur en paix, exempt de crainte, constant dans ses vœux comme un novice, maître de son esprit, que le Yogi demeure assis et me prenne pour unique objet de sa méditation.

Ainsi toujours continuant la sainte extase, le Yogi dont l’esprit est dompté, parvient à la béatitude, qui a pour terme l’extinction, qui réside en moi, leNirwana.

Le Yogi est comme une lampe qui, à l’abri du vent, ne vacille pas, lorsque ayant soumis sa pensée, il se livre à {'Union Mystique.

Nous ajouterons pour terminer ce que nous avons a dire sur le Yogi, qu’il voit surtout avec sa vision astrale (vue interne).

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