DE LA LÉVITATION
La Lévitation, nos lecteurs ne l’ignorent pas, est un procédé de la Hatha Yoga, au moyen duquel un Yogi peut accomplir des faits extraordinaires, en soulevant son corps au-dessus du sol par le seul pouvoir de la volonté et le tenant suspendu en l’air sans aucun support visible (physique) ; il utilise dans ce but du fluide vital concentré et de la force neurique.
Les exemples de lévitation sont communs dans l’Inde et dans le Thibet, ils pourront devenir fréquents en Occident dans quelques années.
Dans le Thibet, le véritable étudiant de la Yoga est obligé de pratiquer la Lévitation pendant quelques instants chaque jour.
I. Au sujet de la Transmutation des métaux, de for alchi~ mique et de fargentaurum, nous indiquerons à ceux de nos lecteurs que la question intéresserait, un travail très complet et décisif, de J. M. de Vèze i broch. in- 12 de 48 pages, Paris, Librairie Dorbon, quai des Grands- Augustins, 1902.
Dans le court aperçu qui suit, nous donnerons une brève esquisse de la lévitation telle qu’elle est pratiquée dans l’Inde.
Il y a bien des années déjà (i) qu’un Décan (Yogi) du nom de Gishal, qui habitait Madras, ayant soulevé son siège se tenait dessus en l’air si souvent, que cela paraissait son mode particulier de s’asseoir. Son corps entier était posé en l’air, seule sa main droite touchait légèrement une peau de daim roulée en tube et attachée à une baguette d’airain, qui était solidement fixée sur une planche portant sur quatre pieux lui servant de pieds.
Ainsi disposé, le Yogi avait la position dénommée Japa (méditation mystique), il avait les yeux à demifermés. Au moment de son ascension dans l’air, et aussi quand il descendait de cette position, ses disciples le couvraient-ils d’une couverture de laine.
Il existe un autre mode supérieur de lévitation utilisé par le Yogi pour répéter ses incantations mystiques ; celui-ci peut être pratiqué plusieurs heures.
Dans ce dernier genre, la lévitation est considérée comme le résultat du contrôle du souffle pratiqué par les Ascètes orientaux dans le but d’atteindre la paix de l’esprit, comme un stage préparatoire de l’Illumination spirituelle.
I. Saturday Magasine, p. 28, année 1847. Ce même fait est mentionné aussi par d’autres revues anglaises et américaines.
Quand le Yogi a atteint un certain degré de progrès spirituel par le contrôle du souflle connu sous le nom de Prânâyâma (i), l’esprit purifié devient comme imprégné, imbibé d’un savoir spirituel dans l’ordre le plus élevé.
Mais comment se produit la lévitation? Quels sont ses secrets !... Quand le souffle vital est-il dirigé de manière à pouvoir soulever le corps au-dessus de la terre, en dépit des lois de la gravitation ?
Est-ce que l’on peut accomplir quelque chose contre les lois physiques? Quelle connexion existe-t-il entre la régularité et la suppression du souffle et le développement spirituel de l’être ?
Autant de questions que nous voulons pour le moment laisser dans l’ombre, sauf à y revenir plus tard.
La perfection de l’art de la lévitation consiste à transporter son corps d’un endroit à un autre, et ici par ce terme de corps, nous ne parlons que du corps physique, et non du corps astral (le Suskshuma Sharira).
Ce déplacement du corps n’est possible qu’aux Yogis de l’ordre le plus élevé et ce n’est pas seulement dans l’Orient qu’il existe des Yogis de cette classe, de cette force.
I. Cf. le livre des Respirations, passim, et le glossaire à la fin de ce volume au mot Prânâyâmâ.
TRAITÉ DB YOGA
Ainsi en Occident, nous mentionnerons un exemple bien connu, celui d’Apollonius de Tyane, qui après avoir apparu à Domitien pour répondre à certains faux-témoignages formulés contre lui, les avait repoussés et lui avait pour cela demandé une audience privée, bien qu’étant éloigné de Rome.
Or le Sage de Tyane ne pouvait être remplacé par un autre, et sachant que l’Empereur était incapable de se rendre maître de son corps, il disparut subitement d’une grande assemblée et avait été vu au même instant à Putéoli (auj. Pouzzoles) près de Naples (i).
Au point de vue utilitaire, la valeur morale du phénomène de lévitation peut paraître pratiquement insignifiant, il n’en est rien, cependant.
Ajoutons ici, que la Lévitation présuppose un haut degré d’illumination spirituelle que le contrôle du souffle est en connexion étroite, immédiate avec le contrôle de l’esprit et des passions.
Avant de s’exercer à la Ljévitation, l’étudiant devra pratiquer avec succès les divers procédés du souf-
I. Ville de l’Italie ancienne, sur la côte de Campanie et le golfe de Naples. Son nom lui avait été donné, à cause des nombreux puits (pateï) qu’y creusaient les Romains pour extraire du soufre et une variété de sable qui, mêlé avec de la chaux, forme le mortier ou ciment dénommé pouzzolane qui a fait donner aujourd’hui, le nom de Pouzzoles à cette antique ville. — L’ancienne Putéoli, plus tard Dicœarchia, auj. Pouzzoles a été fondée en 622 av. J.-C.
fie, il pourra les pratiquer chaque jour, le niatin, avant de prendre aucune nourriture, c’est-à-dire avec l’estomac complètement vide.
Il faut inhaler l’air lentement, très lentement, à travers la narine gauche, après avoir tenu fermée la narine droite avec le doigt, assez longtemps pour avoir pu compter mentalement jusqu’à 60... i, 2,3, 4, 5, etc.
Après cet exercice (quand l’air inspiré se trouve enfermé dans les poumons), il faut fermer les deux narines et les tenir ainsi fermées, un assez long temps pour pouvoir mentalement compter jusqu’à 64... i, 2, 3, 4, 5, etc., deux nombres par seconde environ.
Alors, il faudra exhaler lentement l’air à travers la narine droite un temps assez long pour compter 34 ou 35.
C’est le procédé initial dans le Prânâyâma (contrôle du souffle).
Graduellement, chaque jour l’exercice du souffle peut être élevé de 10 en 10, comme nombre pensée et on arrive bientôt à compter jusqu’à 5o et plus.
Après un assez long temps de pratique, environ six mois au moins, on acquerra une longue expérience, que l’étudiant constatera de lui-même.
Cet exercice donnera un grand nombre de qualités : il augmentera le pouvoir digestif, il calmera beaucoup les fatigues cérébrales et rendra le corps lumineux, mais pour les Voyants seulement tout d’abord ; plus tard à la suite d’un long usage, tout le monde pourra voir la luminosité du corps de l’étudiant.
Par la Lévitation, il est permis de triompher des Lois de la gravitation, ainsi un corps humain ou un objet lourd peut être tenu en suspension dans l’air sans aucune espèce de support.
On peut pratiquer ceci sur son propre corps ou sur le corps d’un autre de la manière suivante :
Le sujet sera couché sur le dos, l’opérateur pourra le placer sur un lit, et par le seul acte de sa volonté ferme, il pourra faire que le corps de son sujet soit comme rempli, gonflé d'air, que même chaque partie du corps soit chargée d’air ; toutes les substances lourdes dont est composé le corps, deviendront lumineuses, plus lumineuses que l’air.
On exécute ceci par un effort surhumain de la volonté et il faut avoir grandement développé celleci pour atteindre un bon résultat.
On doit se donner les mêmes suggestions, si on désire pratiquer sur soi-même la Lévitation.
On obtient le même résultat sur des objets en bois, seulement dans ce dernier cas, l’objet n’est soulevé que par un acte simple de la volonté et il n’est pas nécessaire de recourir à des suggestions hypnotiques.
Certaines personnes dans l'Inde sont capables de se transporter elles-mêmes un certain temps dans des directions diverses, dans des endroits où elles désirent se rendre.
Quand les Yogis accomplissent ce genre difficile de Lévitation, en sus de celle-ci, ils sont obligés de
produire la dématérialisation de leur corps, de se dématérialiser physiquement, et quand ils sont arrivés à leur destination, ils reconstituent à nouveau leur forme première, par le simple pouvoir de leur volonté.
Tout ce que nous venons de voir, peut paraître des faits bien impossibles à un grand nombre de personnes, mais ce sont néanmoins des faits qui s’accomplissent journellement dans l’Inde par les Maîtres de la volonté, par les Yogis.
Il y a bientôt deux ans (fin 1906) un grand nombre de journaux ou revues psychiques ont narré le transport de deux petits Italiens à cinq, à six kilomètres du domicile de leurs parents et que des personnes oht ramené chez ceux-ci en voiture.
Un peu plus haut, nous avons raconté le cas d’Apollonius de Thyane qui de Putéoli, se transporta à Rome (Lévitation et matérialisation.)
Evidemment en Occident, on ne rencontre pas encore fréquemment des personnes ayant acquis le pouvoir de lévitation, mais cela ne prouve rien contre lui ; nous ajouterons qu’actuellement quelques Occidentaux ont cependant acquis et développé par la seule puissance de leur volonté, des pouvoirs de lévitation, et du reste des hommes de grande valeur intellectuelle, qui voudraient agir fortement sur le mental de leurs semblables, pourraient accomplir sur certains sujets (s’ils le voulaient bien) des actes de
lévitation, tels que nous venons de les rapporter, s’ils voulaient toutefois tourner tous les efforts de leur volonté dans cette direction, mais il faut déployer une grande, très grande énergie.