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LES HUIT CONSOMMATIONS

I®, Animâ et Mahimâ. — Le caméléon en inspirant simplement de l’air, maintient tout son corps en bonne santé. Par une simple expiration de Pair ses membres deviennent gros, lourds et enflés, par une autre expiration, ils paraissent maigres et grêles.

Cette maigreur et cette gracilité sont techniquement dénommées : Animâ ; tandis que le terme Mahimâ désigne la grosseur, la lourdeur et la rotondité.

Le Yogi, qui imite le caméléon, remplit d’air inspiré ses poumons et, son canal intestinal, acquiert une apparence de vigueur, de force et d’enflure dénommée Mahimâ, et il redevient léger, maigre (Animâ) de nouveau par une simple expiration.

3°, 4® Laghimâ et Garimâ. — L’esturgeon qui avale de grandes quantités d’air, ne distend pas, ne dilate pas seulement son estomac, mais aussi une large poche, qui communique avec son œsophage, et par suite devient très léger et flotte sur la surface de la mer.

Le Yogi, par une longue pratique, acquiert le pouvoir d’absorber de grandes quantités d’air et par suite produit une diminution de son poids spécifique {Laghimâ) et c’est ainsi, avec ce procédé qu’un Brahmane de Madras se maintenait dans une posture aé-

rienne (Lévitation). A

Le Yogi acquiert une augmentation de poids spécifique en absorbant^ de grandes quantités d’air et en les comprimant dans son organisme ; en ne les rejetant pas, par expiration.

5° Prâpti. — C’est l’accomplissement de ses désirs. Un Yogi, en état d’aiito-trance, acquiert le pouvoir de prédire l’avenir, de connaître et de comprendre des langues inconnues, de guérir diverses maladies, de deviner les pensées inexprimées des autres, de voir des objets éloignés, d’entendre des bruits lointains, de sentir des odeurs mystiques, d’embrasser la beauté mystique d’une femme et de comprendre le langage des oiseaux et des animaux.

Telle est la description de Prâpti que nous avons rencontrée dans divers ouvrages de la Yoga.

6° Prakâmya, — Par la Prakàmya, le Yogi a le pouvoir de donner pendant un certain temps à un vieillard l’apparence de la jeunesse. Quelques écrivains ont même dit que c’était la propriété de revêtir l’organisme d’une autre personne. Yayâti, qui était vieux et décrépit, disent tes Puranas, recherchait cependant les plaisirs des sens et il se mit dans

l’organisme de son plus jeune fils, ayant délaissé son propre corps.

Vasitwa. — C’est le pouvoir de subjuguer, de dominer des créatures vivantes ou exercer sur elles un contrôle quelconque.

Pythagore qui avait visité l’Inde, dit avoir apprivoisé par le pouvoir de sa volonté ou de sa parole, un ours furieux ; préservé un bœuf d’être dévoré, et avoir arrêté un aigle dans son vol. - -

On peut définir Vasitwa le pouvoir d’hypnoliser, de suggestionner les personnes par sa volonté et en faire des serviteurs obéissants.

Divers Pandits ont définit Vasitwa, le pouvoir de réprimer ses passions et ses émotions.

8° Ishatwa. — Quand les passions sont refrénées, que le Yogi n’a aucun désir, l’esprit devient tranquille et l’âme est éveillée. Le Yogi devient alors plein de Brahmâ ; ses yeux pénètrent tous les secrets de la nature ; il connaît le passé, le présent et l’avenir ; et, quand il n’est pas sorti du droit chemin par la tentation des sept précédentes perjections, son âme n’est pas seulement en communion avec l’invisible, l’inconcevable, l’inaltérable, l’omniprésent, l’omniscient et l’omnipotent, mais il est comme absorbé dans l’essence môme de toutes ces qualités.

On suppose généralement, que le Yogi qui a acquis le Pouvoir, peut rendre la vie à un mort.

KUMBHAKA

Il y a huit variétés de Kumbhakas ; le Yogi, les pratique dans le but d’étudier la nature de l’ame, qui a fait l’objet de tant de travaux depuis que l’homme existe.

Ces huit variétés sont : Saryabhedi, Ujjayi, Sitkari, Sitiali, Bhastrika, Brahmairi, Marchchha et Kevala Kumbhaka.

Il y a deux méthodes particulières, nécessaires pour pratiquer les diverses Kumbhakas ; ce sont Kechari mudra et Miilabhanda.

La Kechari mudra consiste à inciser le frein de la langue un peu après l’autre, chaque jour. Le Yogi coupe le frein de sa langue, puis il la tire avec ses mains ; il la trait comme s'il trayait le pis d’une vache, il la rentre ensuite dans le gosier. Le Yogi est capable de fermer l’ouverture de sa glotte en pressant derrière l’épiglotte avec la pointe de sa langue retournée. Une longue et large langue est indispensable pour l’hibernation humaine ; divers animaux peuvent témoigner de cette nécessité. Ainsi, la tortue, la salamandre et les autres animaux hibernants ont la langue longue, large et forte.

Le Yogi par l’incision du frein de sa langue et sa position dans le pharynx arrive ainsi à s’empêcher l’inspiration de l’air.

Dans la pratique de la Mudra, le Yogi remplit ses poumons et ses intestins avec l’air inspiré, puis il se fait boucher toutes les ouvertures de son corps avec de la cire vierge, il peut alors prendre la posture de Padmàsana que nous avons décrite précédemment.

Avec le secours de la Mudra^ le Yogi est réputé capable de vraincre la mort, 11 peut devenir poète ou prophète à volonté et passer également à l’état de Pur Esprit ; il est alors capable de pénétrer les secrets du passé, du présent et de l’avenir, sans cela, il ne peut atteindre le Nirvana, il ne pourrait jamais être absorbé dans le sein delà Divinité.

Par la pratique de la Mndra, il devient insensible au chaud et au froid, au plaisir et à la peine et il est en union avec le Suprême, l’incorruptible, l’invisible, l’inépuisable, l’inconcevable, l’Omniscient, l’Omniprésent, l’Être Omnipotent, qu’on désigne sous le nom de Parama Puriischa.

La Mudra supprime la faim, la soif et le besoin de sommeil. Le sang du Yogi qui a pratiqué la Mudra pendant vingt-quatre ans est transformé en chyle. La salive qu’il sécrète ou qu’il déglutine pendant la pratique de la Mudra est dénommée Amrita^ tout comme le produit baratté de la mer de lait.

La Mulabandha Qsl un procédé qui permet à un homme âgé de devenir jeune. Pour pratiquer ce procédé on place son pied gauche sous l’anus elle

droit en avant des génitoires et on respire de moins en moins. Cette posture est dénommée Padrnâsana ; un tampon de coton ferme l’anusÜ Le Yogi qui étire ses membres inférieurs et qui inspire à travers la narine droite appuie son menton sur la poitrine, place son front sur ses genoux, saisit ses orteils avec ses mains et suspend son souffle. Quand il est fatigué, il expire à travers la narine gauche et commence le même procédé avec la narine droite.

Ceci constitue le Paschima Sthâna du Yogi.

Le Sûryabhedi Kiimbhaka consiste dans la respiration de la narine droite. La suspension du souffle est effective, tandis que le menton est appuyé sur la poitrine {Jalandara bandha) ; l’expiration est effectuée par la narine gauche, au-dessus de laquelle se dressent les poils du corps.

La posture employée dans cette Kumbhaka est dénommée Padrnâsana ou Siikhâsana.

Au moyen de cette Kumbhaka répétée, on guérit la céphalalgie, le rhume et tous les microbes des sinufe^sitès frontales sont chassés.

vtjjjayi Kumbhaka pratiquée par le Y^ogi augmente sa beauté. On opère de cette manière. On prend la posture dite Sukhâsana, on rend libre ses deux narines au moyen de la première Kumbhaka inspirée par les deux narines, on remplit l’estomac et la gorge avec l’air inspiré, on suspend le souffle et l’on expire lentement à travers la narine gauche.

L’exercice de ce genre de Kumbhaka débarrasse les poumons, le cœur, et guérit les maladies rhumatismales. Par cette Kumbhaka, les Yogis guérissent toutes les maladies, qui relèvent du manque d’inhalation d’oxygène.

On pratique la Sithara Kumbhaka en expirant à travers les deux narines, après un bâillement (qui est une inspiration longue et profonde), on inspire à travers la bouche avec les deux mâchoires serrées, produisant le son qui suspend le souffle et qui expire à travers les narines.

Cette méthode crée la beauté et la vigueur du corps, elle éloigne et chasse l’indolence et le sommeil et augmente la sensibilité de notre organisme.

Par cette Kumbhaka, le Yogi jouit d’un grand sangfroid et devient un Etre indépendant et calme.

^ On pratique le Sitali Kumbhaka, en appliquant la pointe de la langue sous le palais, et on inspire par l’exercice combiné de la langue et le dessous du palais, on suspend le souffle et l’on respire lentement à travers les deux narines après avoir relâché, détendu tout son organisme. Par une pratique ininterrompue de cette Kumbhaka pendant environ un mois, le Yogi peut acquérir une grande longévité et le pouvoir de réparer les injures du temps. Il devient en outre réfractaire à toutes sortes d’inflammations et de fièvres. 11 devient semblable aux crabes, aux lézards, aux serpents, aux homards, salamandres.

tortues et grenouilles, qui ne témoignent jamais d’un phénomène d’inflammation dans leur organisme. Le Yogi devient une créature à sang-froid, exempt de fièvre, de spleen et autres maladies organiques. 11 est doué de la propriété de chasser les soucis, et de pouvoir endurer la privation d’air, d’eau et de nourriture. En devenant une créature à sang froid, il peut mieux supporter tout ce qui relève de la solitude et de la dévotion.

Le Yogi qui vit entièrement de lait, de ghée, d’eau fraîche est capable de pratiquer la Kumbhaka qui conduit à l’amour de l’étude et du recueillement et rend l’organisme susceptible d’auto -trance, condition dans laquelle on est susceptible d’éprouver des impressions spirituelles toutes spéciales.

Par la pi’atique de trois années de cette Kumbhaka, on dit que le Yogi est en communion avec l’âme Suprême.

On croit généralement que les serpents changent de peau par la pratique de la Kumbhaka. Le fait que la surface de la peau du serpent est froide permet de supposer qu’il utilise ce mode particulier de respiration. Comme le serpent a une langue longue et étroite, il peut pratiquer facilement cette Kumbhaka en retournant sa langue dans sa gorge et en respirant par ses narines.

Donc nous pouvons conclure à ce sujet que la Sitali Kumbhaka, peut être considérée comme une

admirable imitation de la respiration du serpent qui, de tous les animaux, est peut-être le plus remarquablement doué sous le rapport de l’abstinence et qui peut si bien résister à la privation de nourriture, de boisson et d’air pendant une très longue période de temps.

La cinquième Kumbhaka, dénommée Bhastrika, provoque l’appétit, fait ouvrir les valves du canal intestinal et guérit la phtisie et les maladies du foie ; cette Kumbhaka remplace avec avantage les exercices physiques. — Voici comment on pratique cette Kumbhaka. On doit placer le pied gauche sous la cuisse droite et réciproquement le pied droit sous la cuisse gauche etj dresser le cou et le torse, poser les paumes des mains sur les genoux, fermer la bouche et respirer fortement par les deux narines. On doit inspirer et expirer tranquillement, jusqu’à ce qu’on éprouve de la fatigue.

Quand on inspire à travers la narine droite, on emplit d’air l’abdomen avec l’air inspiré, on suspend ensuite le souffle et on fixe ses regards sur la racine du nez.

Quand on expire à travers la narine gauche, on doit inspirer de la même narine, puis suspendre le souffle et expirer à travers la narine droite. C’est en respirant de cette façon que le caméléon peut à volonté paraître gros ou maigre.

En effet, cet animal devient gros en insufflant de l’air dans ses poumons et dans ses intestins et il

devient maigre en rejetant le même air inspiré de ces mêmes organes... nous l’avons déjà dit.

L’acte de prendre de l’air, d’aspirer plus qu’il n’en faut pour leur respiration, est ce qui caractérise les animaux hibernants. Ce fait a fait découvrir aux anciens philosophes hindous, les diverses variétés de respiration et ce que l’homme en pouvait retirer d’utile au point de vue de la pratique de la Yoga. C’est par suite de cette observation du souffle, de la respiration chez les animaux hibernants que lé Yogi Hindou se rend lourd en remplissant sa poitrine, ses intestins, son abdomen d’air inspiré et qu’il se rend léger en rejetant tout cet air qu’il avait inspiré. 11 doit s’efforcer pour cela de purger entièrement d’air ses poumons, ce qui est très difficile, car les alvéoles pulmonaires le retiennent en grande partie.

Ces deux procédés sont dénommés les deux perfections du Yogi. Quand le Yogi emplit totalement ses intestins avec de l’air inspiré, il pratique cette Kumbhaka et il est réputé acquérir la propriété de changer de peau à volonté, son poids spécifique, sa pesanteur naturelle.

Le Brahmari Kumbhaka, consiste à respirer rapidement en vue d’augmenter la chaleur animale, en activant la circulation du sang tout d’abord, et, plus tard la chaleur animale par une grande transpiration ; et quand la température du corps est ramenée indirectement par de rapides mouvements

respiratoires, alors on suspend le souffle. Le Yogi occupant une des postures tranquilles, commence à respirer par ses deux narines, tout d’abord graduellement et dans un espace de temps assez court, il rend ses respirations de plus en plus fréquentes, jusqu’à ce qu’il arrive au point de transpirer, et bientôt il respire par les deux narines, suspend son souffle et enfin expire lentement.

La Murchchkâ Kambhaka, conduit à l’extase, on la pratique de la manière suivante : l’étudiant prend la posture de Siddhâsana et il inspire de façon à produire le bruit de la pluie, il suspend ensuite son souffle et appuyant son menton sur sa poitrine, tandis qu'il attend l’extase, alors il expire. Quand l’extase survient, on est alors assuré que la Kumbhaka a été bien pratiquée. Le Yogi dirigé par le Gheranda Sanitâ à respirer de telle façon qu’il produit le bruit de la pluie ; il place son menton sur sa poitrine, il suspend son souffle, il ferme ses yeux avec ses doigts, il écoute les bruits de son oreille droite, sans le concours de son oreille gauche et il expire, à travers ses narines, quand il cesse d’entendre ces bruits.

La huitième ou dernière Kumbhaka est la Kevala ; elle guérit toutes les maladies, elle purge de tous les péchés l’individu, elle pousse à la longévité, elle éclaire les ténèbres de l’esprit, illumine la nature morale de l’homme et réveille en lui tous les nobles et

grands sentiments de l’âme, enfin cette Kumbhaka conduit à ce qu’on dénomme le Samâdhi. Un Yogi peut la pratiquer s’il vit depuis longtemps dans une demeure souterraine, construite suivant les données prescrites dans la Yoga Shâstra, s’il vit uniquement de lait et s’il connaît et a pratiqué pendant longtemps les Kumbhakas, principalement la Kechari Mudrâ.

Le Yogi doit s’être fait de deux à quatre incisions dans le frein de la langue, chaque incision étant faite chaque huit jours. Après chaque incision, il traite sa langue avec des astringents deux fois par jour, il emploie aussi des substances huileuses, onctueuses ou salines. Durant six mois entiers, il vit uniquement de lait, pratique la suspension du souffle dans sa retraite souterraine et il diminue graduellement la quantité de nourriture qu’il prend quotidiennement à l’approche de l’hiver. Quand il s’aperçoit qu’il ne peut arrêter son souffle, qu’en avalant sa langue dans son pharynx, il vit environ une semaine de ghée, de lait et s’abstient de toute nourriture un jour ou deux ; il remplit son estomac et ses intestins avec de l’air inspiré, il s’asseoit dans la posture dite Siddhâsana, il prend une grande et profonde respiration et emplit ses poumons avec l’air inspiré et ferme l’ouverture de sa glotte en appuyant fortement sur le point ou sa langue pénètre dans son gosier, enfin il suspend entièrement son

TKAITÉ DE YOGA

souffle en fixant ses yeux sur l’espace compris entre ses deux sourcils (racine nasale).

Ici se pose cette question :

« Comment un Yogi peut-il vivre sans boire ni manger pendant quarante à cinquante jours ? »

Cette question a paru embarrasser un grand nombre de savants européens. Si nous comparons les habitudes des animaux hibernants avec celles d’un Yogi, nous voyons qu’elles sont entièrement conformes et par suite, il ne nous paraît nullement étrange qu’un Yogi puisse se passer de nourriture pendant un mois ou deux.

Divers ouvrages sanskrits nous disent que suivant le S'aka Dem, qui est une haute autorité au sujet de Thivernage humain, un homme est considéré comme un Adepte en Prânâyâma, quand il peut suspendre ses mouvements respiratoires pendant cinq minutes et vingt-quatre secondes.

Suivant Kâsi Kanda, le Prânâyâma consiste dans la suppression du souffle pendant une période de cinquante secondes.

Etant dans cet état pour se préserver des corruptions mondaines, pour jouir des délices de la solitude et pour étudier et délivrer son esprit des choses temporelles, le Yogi a recours à Mitahâra et à Prânâyâma.

Nous avons parlé ci-dessus du Pranâyâmâ, nous allons maintenant décrire ici le Mitahâra.

Disons tout d’abord que les aliments de l’homme sont primaires ou secondaires. Dans la première classe sont compris : le blé ou froment, l’orge et le riz. Ce sont les substances alimentaires ou denrées, la contre-partie des autres substances dénommées secondaires, qui sont : le lait, le miel, le sucre et les végétaux.

Les premières substances, mêlées aux premières, constituent la nourriture de l’homme. Le Yogi prend une certaine quantité d’aliments primaires avec une certaine quantité d’aliments secondaires.

Un ermite ou Vanaprastha, consomme du riz, du froment, de l’orge dans des proportions nécessaires à son hivernage et y ajoute les aliments secondaires en moindre quantité, tandis que l’homme du monde peut prendre largement le double de la quantité des aliments prescrits à l’ermite.

Le lait est le seul aliment qu’on peut prendre exclusivement à tout autre, parce qu’il contient en lui parfaitement combinés les deux classes d’aliments, dont nous venons de parler.

Les organes des sens sont suceptibles d’impressions extérieures. Les yeux sont actionnés par les couleurs au nombre de sept : blanc, bleu, jaune, rouge, violet, vert, orange et ses variétés. La langue apprécie les saveurs qui sont de sept sortes : douces, acides, salines, amères, astringentes, fades et piquantes.

L’odoral connaît deux sortes d’odeur : le parfum (bonne odeur) et la puanteur (mauvaise odeur).

L’ouïe perçoit les sons qui suivant les Yogis sont aux nombre de dix genres ; enfin le tact, le toucher perçoit les finesses, les rudesses, les douceurs, l’âpreté, le chaud, le froid, etc., etc.

Les organes des sens sont dénommés : organes de l’Intellect, {Badhindriya). Le Yogi, qui réprime ses sens, pareillement à la tortue qui retire ses membres dans sa carapace y arrive par les procédés suivants :

Premier Procédé. — Il doit s’asseoir et demeurer calme et tranquille et fixer son regard dans l’intervalle compris entre ses sourcils (la racine du nez) où réside le siège du pouvoir de l’Individualité. — Ce procédé doit être pratiqué chaque jour l’espace de dix minutes, mais seulement quand les sens sont suspendus, c’est-à-dire les nerfs et les muscles reposés.

Deuxième Procédé. — S’asseoir dans une position tranquille et fixer son regard sur la racine du nez, l’espace de dix minutes.

Troisième Procédé. — Boucher ses oreilles avec les médius de ses mains, incliner un peu la tête du côté gauche et écouter alternativement les sons produits par l’une ou l’autre oreille pendant l’espace de dix minutes.

Quatrième Procédé. — Prononcer d’une manière inaudible, un grand nombre de fois la syllabe mysti-

iSa

Om et méditer sur elle quotidiennement, après avoir pratiqué des inspirations profondes.

Cinquième Procédé. — Dénommé Kapalâsana, dans lequel le Yogi se tient dans une posture rigide tandis que la tête porte sur le sol.

Suivant le S'uka Deva, les sens d'un Yogi sont suspendus, quand il peut arrêter ses mouvements l’espiratoires pendant une période de dix minutes et quarante-huit secondes. Après avoir contenu ses sens, le Yogi rend son esprit tranquille avec l’idée de l’adapter à acquérir la Sagesse (Jnana). Il réunit et rassemble des pensées vagabondes et il les dissout dans la contemplation de son âme.

Pratyâhâra est le procédé préparatoire de Dhârâna, qui est une abstraction assurée, immuable par la suppression du souffle par un esprit recueilli et par tous les défauts naturels domptés.

Les symptômes de Dhârâna ressemblent exactement à ceux d’un corps en catalepsie.

Dhâranâ. — C’est le sixième stage ou division de la Yoga. C’est la suspension de toutes les opérations de l’esprit.

Quand un Yogi suspend ses mouvements respiratoires pendant deux heures, il est dit accomplir le Dhârdna, qui a pour but la tranquillité de l’esprit libre pour chaque degré de trouble des sens.

Premier Procédé. — Répéter la syllabe mystique un grand nombre de fois, en silence, et méditer sur

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elle et vouloir suspendre les fonctions ét les opérations de l’esprit.

Deuxième Procédé. — Fixer les yeux sur le bout du nez pendant deux heures.

Troisième Procédé. — Fixer les yeux au-dessus de l’espace entre les deux sourcils pendant deux heures.

Quatrième Procédé. — Après des inspirations un peu forcées, avaler la langue et par suite suspendre le souffle et aspirer et déglutiner sa salive pendant deux heures.

Cinquième Procédé. — Ecouter les sons dans l’oreille droite, d’une manière abstraite pendant deux heures avec l’oreille gauche.

Suivant la S'uka Deva, un Yogi est bienheureux avec un esprit tranquille, quand ses mouvements respiratoires sont suspendus pendant une période de vingt et une minutes et trente-six secondes.

Dhyâna. — C’est le septième stage ou division de la Yoga. C’est une contemplation intense et abstraite de l’âme, après la suspension des opérations ou fonctions des sens et de l’esprit. C’est une suspension de la respiration et de la circulation pour une période de vingt-quatre heures

Quand le Yogi tient sa tète, son cou et son corps fixes dans un état d’absolue quiétude, et ses sens et son esprit libres des excitations sensuelles et mentales pendant vingt-quatre heures, il est dit être en

état de Dhyâiia ; et par suite, il a la propriété de réveiller et de stimuler son âme.

Premier Procédé. — Prononcer lentement et d’une manière inaudible la syllabe mystique Om, un très grand nombre de fois dans une position absolument droite.

Deuxième Procédé. — Fixer le regard sur la racine du nez pendant vingt-quatre heures.

Durant l’état de Dhyâna, le Yogi acquiert le pouvoir de clairvoyance, et il est dit être en communion avec l’Etre suprême.

Suivant le S'uka Deçà, un homme est dit être en sainte communion avec l’Etre suprême en suspendant sa respiration pendant quarante-trois minutes et douze secondes.

Samâdhi. — C’est la huitième et dernière division de la Yoga. C’est l’état de la parfaite hibernation humaine, dans laquelle le Yogi est insensible à la chaleur et au froid, au plaisir et à la peine. Un hibernant Yogi est insensible aux piqûres et aux blessures. 11 est insensible aux effets du feu. Il estle même dans la prospérité ou l’adversité. Il jouit dans une condition extatique. Il est libre de crainte et de colère. Il est dégagé de tous travaux, et il n’est affecté ni par l’honneur, ni le déshonneur. Il regarde l’or, le fer et les pierres avec le même œil indifférent. Il est le même dans l’amour et dans la haine. Il est le même devant amis ou ennemis. Comme l’eau de la rivière

bat ses bords quand il fait du vent, de même l’esprit inconstant erre en continuant sa respiration. Précisément comme les vagues diminuent quand l’air devient tranquille, de même l’esprit n’est plus agité quand cesse la respiration. Par conséquent en diminuant la respiration on rend le calme à l’esprit.

Premier Procédé. — Pratiquer la Kevala-Kumbhaka dont nous avons donné un récit détaillé dans les pages précédentes.

Deuxième Procédé. — Répéter la syllabe mystique Om un grand nombre de fois en silence et méditer sur elle.

Troisième Procédé. — Suspendre les mouvements respiratoires pendant une période de douze jours et vous serez en état de Samâdhi.

Suivant le S'uka Deva, celui-là acquiert la condition parfaite de l’hibernation humaine, quand ses mouvements respiratoires sont suspendus pendant une heure, vingt-six minutes et trente-quatre secondes.

En état d’hibernation humaine, le Yogi n’est pas empoisonné par quantité de piqûres ; il n’est pas affecté (il demeure insensible) des coupures des armes offensives ; il n’est affligé d’ancune peine, quand même il serait mis en contact avec le feu. Semblable aux animaux hibernants, les Yogis résistent aux injures des armes et du feu. Ils ne meurent point, quand même on les plongerait dans

l’eau, ni si on les exposait dans un air sec. Ils vivent sans nourriture, sans eau ni air tandis qu’ils sont en état de Samâdhi. Les Yogis semblables aux animaux engourdis, tandis qu’ils hibernent sont incapables de commettre un péché, par acte, pensée ou parole. — Le Yogi dont les fonctions de la respiration et de la circulation du sang sont suspendues est dans l’impossibilité de commettre un péché par acte, par pensée et par parole.

Du reste le Samâdhi, qui est la suspension des fonctions des organes respiratoires et de la circulation du sang n’entraîne pas la cessation des autres fonctions. Le Samâdhi doit être l’entière absorption des pensées dans l’idée de Brahma (l’âme Suprême)et cela sans aucun effort de l’esprit.

LES NADIS

On nomme Nadis, les nerfs du corps astral, ils jouent, comme on pense, un grand rôle dans notre organisme. D’après la Chandilly-Upahnishad de YAtharva-Véda, il y a 72.000 nadis, lesquels forment comme un arbre ramifié dont le tronc réside dans la colonne vertébrale et dont les branches parcourent tout l’organisme.

Notre Moi ou DJiva est centré dans le plexus du cœur (Anahata Chakra), cependant chez un homme

ordinaire, il voltige de tous côtés le long des nadis, suivant des circonstances internes ou externes qui produisent suivant le plexus atteint, des perceptions sensorielles ou des idées, ou seulement des mouvements physiques. Un des pouvoirs du Yogi est de guider à son gré les courants des nadis.

Les phénomènes de la conscience produits par le Moi, s’opèrent le long du courant ondulatoire, nommé Kundalini (la force serpentine) ; elle est fixée à sa base à une sorte d’œuf aurique, situé sur le plexus ombilical {Manipuraka, rempli de gemmes) ; cet œuf est dénommé Khatan. Par son sommet, la force serpentine bouche le trou de Brahma (Brahmarundra) et ses vibrations se font sentir entre ce trou et le plexus ombilical.

Cette force se présente à la vue du Yogi en un fil lumineux, une sorte de tube, qui s’élève tout au long de la colonne vertébrale, il nous a été donné de voir diverses fois ce fil, mais jamais aussi nettement visible que dans les expériences, que nous avons pu pratiquer avec les Aïssaous de passage lors de l’Exposition de 1900, à Paris. Ce lien, tube ou fil lumineux se dénomme Sushumna ; ce serait au dire des Initiés, le premier des nadis, qui eux, ne seraient pas les paires de nerfs du grand sympathique, mais bien plutôt des courants électro-magnétiques des nerfs.

Le premier des Nadis : Sushumna centré dans la moelle épinière est neutre et de couleur bleue ; les

Brahmanes le nomment le Soutien du Monde, le Chemin du salut, parce qu’il conduit au trou de Brahma (Brahmarundra) qui correspond à ce que nos physiologistes dénomment la glande pinéale, résidence de notre âme, de laquelle elle s’échappe pendant l’extase, pendant l’extériorisation.

A notre droite, dans le poumon droit agit Pi'n^a/a, qui est actif et de la nature du feu (Agni) ou du soleil ; à notre gauche dans le poumon gauche agit Ida, qui est passif et de la nature de la Lune.

Sarawasti est à la base de la langue, dans le pharynx. Le Nadi Kuhu donne de la force, de la virilité aux organes sexuels ; Sankhini et Pajasvini passent tantôt de l’oreille droite à l’oreille gauche, Alambusa, rayonne autour du nombril, Ghandari va du poumon droit à l’œil gauche et réciproquement du poumon gauche à l’œil droit, etc., etc.

Ces Nadis renferment les Vayous, qui ne sont que de la matière aithérique en suspension, dont les particules sont froides et très légères, ou du moins paraissent telles, suivant les tempéraments individuels, car ces mêmes Vayous paraissent à diverses personnes tièdes ou mêmes chauds. Il y aurait une étude très curieuse et très intéressante à faire sur les Vayous, notamment en ce qui concerne leur couleur, leur fonction, leur localisation, leur utilité, eu égard aux maladies ou à la santé, etc., etc.

Voici les noms des principaux Vayous : Apana,

TRAITÉ DS YOGA

Deçadatta, Dhanan-Jaya, Krikara, Karma, Pranâ, Samana, Udana (i).

Apana, réside dans le bas-ventre et dans les organes sexuels ; sa couleur est rouge clair {rubis) il est utilisé pour les expulsions de l’organisme.

Devadatta , réside au cœur et dans la région cardiaque, il est de couleur variée, suivant le tempérament individuel, il favorise le repos, la paresse même.

Dhanan-Jaya, réside dans les lymphatiques ; sa couleur est fort pâle, indécise, elle produit le phlegme (Sleshma).

Krikara, réside dans le grand sympathique {Plexus solaire) sa couleur est d’un rouge vif, il donne l’appétit, ta faim.

Karma, réside dans les paupières ; sa couleur est sombre, il invite au sommeil.

Pranâ, est également dans le cœur, dans la gorge, dans tes narines, il vivifie tout l’appareil respiratoire; sa couleur est rouge foncé, il règle la Respiration et guérit la toux.

Samana, est répandu dans le corps tout entier, sa couleur est blanc d’ivoire ou de lait, il exerce une fonction sur la nourriture.

Enfin Udana, est localisé dans toutes nos jointures, il préside à la parole et nous soutient dans nos stations debout.

I . Pour ces termes, conférer le Dictionnaire d’ Orientalisme aux mots ci-dessus, a vol. in-i8, illustrés. Paris, H. Daragon.

C’est en partie par l’étude de la pratique sur les Nadis que le Fakir exerce sur les foules la grande influence que nous avons décrite. Le Fakir, nous l’avons dit, est un être hybride, il n’est ni prêtre, ni laïque, c’est, nous le savons, un Illusionniste, qui pratique la grande influence qu’il exerce sur les foules par son côté prestigieux, par l’exercice de son entrainement et des mouvements qu’il produit par leur entremise dans l’atmosphère seconde de notre planète.

Ce qui précède démontre que le système de la Yoga est simple dans sa théorie générale, mais extrêmement complexe dans ses détails.

Et aussi chaque néophyte a besoin d’une adaptation spéciale et par sa langue mystique, par son langage très spécial, il arrive à parler à l’invisible et à en recevoir tous les enseignements utiles à son perfectionnement, l’étude des Nadis a une très grande importance, et il n’est pas étonnant que les Fakirs en sachent tirer un grand parti.

Nous arrêterons ici cette étude sur les Nadis et à ceux de nos lecteurs qui voudraient la poursuivre, nous leur conseillerons de se reporter au Tatwa Bodha Chandilly-Upanishad, aux Maitreyi-Amritanada, Prasna-Upanishad et au Livre des Respirations ou l'Art de Respirer, 3* édition, Paris, 1907, H. Daragon.

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