LES PÉNITENCES JUIVES
Un savant, renommé par sa grande piété, Simon de Lubtsch, avait un jour accompli une pénitence, la {pénitence de Kana), qui consiste à jeûner tous les jours pendant six ans et à ne rien prendre au repas du soir, qui provienne d’un être vivant, tels que la viande, du laitage, fromage, du miel et autres substances ; de plus, il s’était acquitté de la pénitence de Golath, qui consistait en une périgrinalion constante, durant laquelle on ne passe pas deux nuits de suite dans le même endroit. Cet homme portait en même temps et habituellement un cilice de crin sur sa peau nue. Et cependant, tout cela ne suffisait pas à satisfaire sa conscience, relativement aux mortifications imposées à son corps ; aussi, pour être en paix avec lui-même, il se crut obligé d’accomplir une autre épreuve dite la Pénitence au poids, c’est-à-dire une pénitence proportionnée à chaque péché. Mais après avoir bien fait son compte, cet homme resta persuadé que le nombre de ses péchés était beaucoup trop considérable pour qu’il pût jamais les acquitter de cette façon, aussi résolut-il de se laisser mourir de faim, et après avoir jeûné quelques jours, il vint
à passer par la localité qu’habitait mon père, et sans prévenir qui que ce fût de la maison, il se rendit dans la grange où il tomba sans connaissance. Par hasard, mon père survint dans ce local, et ayant vu cet homme qu’il connaissait depuis longtemps, étendu comme mort et tenant à la main le Zohar, le livre le plus important de Kabbalah, il voulut le secourir (i).
Il lui apporta des rafraîchissements en quantité, mais cet homme ne voulut rien entendre, et rassemblant ses forces, il quitta le village et mourut bientôt dans la campagne.
Cette citation prouve que le Yogi hindou n’est pas seul à pousser fort loin les mortifications, puisque l’Israélite n’a pas craint la mort dans son désir d’acquérir la perfection. De tels hommes ont-ils tort dans leur poursuite? Ce sont des fanatiques, certes mais bien osé serait, celui qui prétendrait les juger !...
Le Swaïsme admettait aussi les pénitences cruelles, condamnées formellement par Bouddha d’abord, et par Krishna dans la Bagavad-Gitâ.
Ainsi une légende nous apprend que le titan Solar, compagnon de Sisupal voulut venger sa mort. Dans
I. Salomon Maimons Lebengeschichte, von ihm delleest geschrieben und herausgegeben. K. von P. Moritz, 2 vol. in-12, Berlin, 1792, t. I“, ch. XVI.
Cet ouvrage est assez rare ; l’exemplaire sur lequel nous avons fait notre traduction appartenait à la Bibliothèque de Genève.
ce but, il maîtrisa ses passions et souffrit la faim et la soif en toute saison, l’esprit fixé sur Mahadéva. Chaque matin, il avalait une poignée de sable et s’infligeait une torture.
Au bout d’une année de cruelle pénitence, Mahadéva lui accorda un don en ces termes :
« A partir de ce jour, tu es impérissable ! Le titan My va te faire un char doué du pouvoir d’illusion, qui te transportera partout comme le char des dieux. »
Il put donc venger la mort de Sisupal.
Connaissant bien maintenant ce que c’est qu’un véritable Yogi, dans le prochain chapitre, nous entrerons en pleine technique de la Yoga en donnant des notions indispensables sur notre sujet.