‹ Traité de zoologie (volume 2)Chapitre 32 sur 271 · DEVELOPPEMENT DIRECT ET METAMORPHOSE · texte numérisé non relu

DEVELOPPEMENT DIRECT ET METAMORPHOSE

et dépourvues do membres (fig. 148). Par leur queue comprimée et leur respiration branchiale les Têtards rappellent les Poissons; ils possèdent sous la gorge deux petites fossettes qui leur servent à se fixer sur les plantes. L'orifice buccal s'entoure d'un étui corné, le tube digestif contourné en spirale esl très long; le cœur est simple el les arcs vasculaires ressemblent tout à fait à ceux des Poissons. A mesure «pie l'animal s'accroît, les branchies extérieures se flétrissent, finissent par disparaître complètement et sont remplacées par des lamelles branchiales i internes) recouvertes par un repli cutané; la crête cutanée de la queue devient plus marquée, et les membres antérieurs apparaissent les premiers, tandis que les membres postérieurs restent encore cachés sous la peau et ne se montrent que plus tard. En même temps que les poumons se sont développés aux dépens de l'intestin antérieur, et que la respiration branchiale fait place à la respiration pulmonaire, le cœur s'est dédoublé dans sa portion auriculaire et la circulation devient double. L'armature buccale cornée tombe; finalement l'appendice caudal se ratatine et disparaît, et le Têtard, adapté à la vie aquatique, se transforme en un animal destiné à vivre sur la terre (fîg. 149).

Pour ces deux formes de développement, le développement direct et la métamorphose, liées, il est vrai, par des intermédiaires, mais parfaitement distinctes lorsqu'elles sont nettement accentuées, la quantité de substance formatrice et nutritive qui se trouve placée à la disposition de l'embryon, par rapport à la masse du corps de l'animal adulte, est d'une importance capitale (R. Leuckart). Les animaux à développement direct exigent que l'œuf soit plus abondamment pourvu de vitellus nutritif, ou qu'il possède des sources accessoires de matériaux alimentaires, nécessaires à l'évolution de l'embryon. C'est pourquoi ils se développent en restant en communication intime avec le corps de la mère, qui leur fournit les substances nutritives dont ils ont besoin (Mammifères), ou bien les œufs, dont ils sortent, sont relativement très gros (Oiseaux). Les animaux à métamorphoses proviennent, au contraire, d'œufs relativement petits, et se procurent eux-mêmes après leur naissance précoce les matériaux, dont ils ont été privés pendant leur vie dans l'intérieur de l'œuf et qui leur sont nécessaires pour arriver à un degré d'organisation supérieur. Dans les mêmes conditions et avec la même quantité d'éléments sexuels aptes à produire la fécondation, les premiers n'ont qu'une progéniture très limitée, les autres produisent un grand nombre de descendants. La métamorphose se présente donc comme un mode de

g. us. — Têtards de Grenouille à divers états de développement (d'après Ecker). a, embryon récemment sorti de l'œuf présentant ses bourgeons branchiaux sur les arcs viscéraux ; b, Têtard avec des branchies externes développées ; c, Têtard plus âgé pourvu d'un étui corné autour de la bouche, d'une petite l'ente bran chiale et d'un repli membraneux recouvrant les branchics internes. .V, fosse nasale; .S, fossette servant à l'animal à se fixer; K, branchies; A, œil; Hz, étui corné buccal.

développement très favorable à la fécondité, c'est-à-dire qu'elle augmente le nombre de descendants produits par une quantité donnée de substance formatrice.

On a jadis essayé d'expliquer cette métamorphose indirecte, en supposant que

Fig. 14'J. — Phases plus avancées du développement d'un Crapaud [Pelobates fiiscus). — c/, têtard muni d'une longue queue, et encore dépourvu de membres; b, larve pins Agée pourvue des membres postérieurs; c, larve munie de ses deux paires de pattes et possédant encore son appendice caudal; d, jeune Crapaud présentant encore un reste d'appendice caudal; e, le même après que l'appendice caudal a disparu.

des formes embryonnaires très simples, abandonnées à elles-mêmes de bonne heure, ont dû acquérir des organes destinés à les protéger et à subvenir à leur nutrition (R. Leuckart). Mais, sans contester la valeur de ce fait de l'existence de 3es rapports entre certains organes larvaires et ces besoins nouveaux, qu'ils sont destinés à satisfaire, il n'en est pas moins hors de doute qu'ils ne nous fournissent aucune explication de ces phénomènes remarquables. Nous y arrivons bien plutôt à l'aide des principes du Darwinisme et de la théorie de la descendance, suivant lesquels la forme et la structure des larves dépendent de leur développement paléontologique (phylogénie), c'est-à-dire que dans l'évolution des larves, les premiers stades correspondraient aux formes ancestrales primitives, les stades plus avancés à des formes animales plus récentes et plus élevées en organisation. Dans ce sens le développement de l'individu parait être une récapitulation brève et rapide, plus ou moins complète, du développement de l'espèce, conformément aux lois de l'hérédité et de l'adaptation (principe de Fritz Millier1, loi fondamentale biogénétique de flœckel). Les différents

1 Fritz Muller, Fur Darwin, Leipzig, 18G3. p. 75-81.

Page 1