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OBJECTIONS AIT PRINCIPE DE LA SÉLECTION

sous le rapport du sol ou du climat, des variétés voisines ou des espèces représentatives, issues d'une souche commune, vivent côte à côte, s'attendre à rencontrer sur les limites de leurs aires des formes intermédiaires. En réalité, les variétés géographiques sont ordinairement distribuées de telle sorte que, sur les limites de leurs aires elles deviennent plus rares, et finalement disparaissent sans formes de transition; parfois cependant, dans des districts limitrophes peu étendus, apparaissent des variétés intermédiaires. en nombre restreint1. On ne doit pas oublier non plus qu'un grand nombre de contrées qui sont aujourd'hui limitrophes, dans les périodes antérieures, étaient, séparées les unes des autres comme beaucoup de continents qui, à l'époque tertiaire, formaient encore des groupes d'iles ; que d'autres pays sont partagés par des chaînes de hautes montagnes ou par de larges cours d'eau en régions entre lesquelles les communications sont très dificiles pour de nombreux organismes, et les immigrations ou les émigrations complètement, impossibles aux formes mal conformées pour la locomotion. L'isolement doit favoriser à un haut degré, dans les contrées fermées, le développement des variations et des espèces représentatives, puisque les conditions vitales différentes changent les rapports de la lutte pour l'existence, et par contre rendent impossible la production de formes géographiques intermédiaires. Effectivement, les faits connus montrent que les districts isolés, tels que les lies, sont riches en espèces endémiques.

Quelque importante que soit l'influence que l'isolement exerce sur la production des variétés et des espèces, elle n'est pourtant nullement, comme M. Wagner a cru le démontrer récemment dans sa théorie des migrations, une condition nécessaire au succès de la sélection2. Comme les premières variations imperceptibles par lesquelles débute une variété se trouvent en lutte avec une foule d'individus non transformés, avec lesquels elles vivent en commun et se croisent, que par conséquent il n'y a rien là d'analogue à l'isolement si important aux yeux des éleveurs, les modifications individuelles disparaîtraient bien vite avant qu'elles eussent pu s'accumuler pour former une variété nouvelle nettement distincte. Selues, la migration, et consécutivement la colonisation, l'émigration des plantes et des animaux dans des districts séparés par des barrières difficiles à franchir, créent l'isolement nécessaire à la formation des variétés, et agissent d'une manière

1 M. II. AV. Bâtes a récemment fait connaître un remarquable exemple de formes intermédiaires entre des genres vivants. « Une ressemblance générale des espèces avec celles de Guayana est un des principaux caractères delà zoologie de la vallée de l'Amazone; mais dans les parties basses on trouve un grand nombre de variétés locales, dont plusieurs sont tellement modifiées, qu'on peut les regarder comme des espèces particulières. Dans le district aride de Obydos les formes annoncent une grande analogie avec les types de Guayana. » Il semble qu'un peut ici jeter un regard sur la formation des nouvelles espèces. Parmi bs variétés et les espèces voisines du genre de papillon Heliconius, spécial à l'Amérique tropicale, le H. Me/pomeite est très-répandu dans le Venezuela, la Guyane, etc., et orne les sentiers sablonneux des forêts d'Obydos, tandis qu'ils sont représentés dans les forêts humides de la vallée de l'Amazone par le H. Thelxiope. On rencontre dans certains endroits de ces districts boisés, qui tiennent le milieu entre les parties humides et arides, des hybrides présentant toute la série des formes de passage, à ce point qu'il est difficile de les diviser en variétés. Mais comme les deux espèces ne se croisent pas entre elles, et se rencontrent ensemble dans d'autres localités, où les tonnes intermédiaires manquent, il semble permis de conclure que ces deux espèces n'en formaient originairement qu'une seule et que VII. Thelxiope dérive de \'H. Melpomene. Voy. Bâtes, The naturalist on the Aiikhoiis, London, 1863.

2 Morilz Wagner, Die Darwin' sche Théorie unrl fias Migrationsgesetz (1er Organismen, Leipzig, 18G8.

d'autant plus sûre, que dans les nouveaux districts les conditions de l'alimentation et de la concurrence favorisent les modifications individuelles. Les premiers descendants modifiés de ces espèces émigrées ont constitué alors la souche d'une nouvelle espèce et leur habitat est devenu le centre de l'aire, où celle-ci s'est répandue en rayonnant.

A cela on a répondu, avec raison, que l'émigration d'une seule paire à travers des barrières difficiles à franchir n'entraîne pas une rupture absolue avec l'espèce souche, car, parmi ses descendants, quelques-uns seulement possèdent les premières traces de nouvelles propriétés utiles; le plus grand nombre est encore entièrement semblable à la forme ancestrale. Chez les animaux émigrés, l'influence due aux changements dans les conditions vitales, favorable à la variation, ne se fait sentir qu'à la deuxième ou à la troisième génération; ici aussi un nombre infini d'individus non transformés, entièrement identiques à l'espèce souche, offriraient les mêmes prétendues difficultés.

Pour le succès de la sélection artificielle, la séparation des individus parait être une condition indispensable; cependant il est d'autant moins exact de conclure de la sélection artificielle à la sélection naturelle, que, dans le premier cas, les variations que l'on cherche à produire sont destinées à satisfaire le besoin ou les caprices de l'homme, et ne procurent à l'animal lui-même aucune utilité. Si des propriétés avantageuses apparaissent ainsi à un degré très peu marqué, c'est que probablement elles peuvent servir à la conservation de la forme vitale, et remplacent ainsi jusqu'à un certain point l'isolement, qui disparait avec un croisement illimité. L'apparition d'une nouvelle propriété utile à l'animal aura pour conséquence, sinon d'abolir de suite, du moins de limiter le croisement avec la masse des individus de la même espèce, et cette propriété se répandra sur un nombre croissant de formes, en s'accentuant toujours davantage. Tandis que les individus modifiés augmentent constamment, les formes primitives moins bien douées, subissent une diminution de plus en plus sensible, et finissent par disparaître. Quoi qu'il en soit, il faut reconnaître que dans la nature une variation importante apparaissant spontanément sur un petit nombre d'individus ou sur un seul, comme dans le cas du bétail Niata et des moutons Ancons, ne peut qu'exceptionnellement, peut-être même jamais, produire une variété.

Une autre considération qui montre encore l'insuffisance de la théorie de M. Wagner, c'est que lorsque des variations légères doivent s'accentuer dans la suite des générations, elles apparaissent en même temps sur un grand nombre d'individus. D'après les idées de M. Wagner, qui ne considère que les variétés et les espèces séparées dans l'espace, il serait difficile de comprendre comment de nouvelles variétés et de nouvelles espèces pourraient naître aux dépens de types déjà existants dans la suite des temps et dans le même lieu, en présence de modifications géographiques et climatériques successives. Des contrées étendues et limitrophes sont justement très favorables, à cause de la diversité des conditions d'existence, comme Darwin l'a fait remarquer avec raison, à la production rapide des variations et à la formation des espèces très répandues et destinées à se maintenir longtemps. On trouve aussi très souvent, dans les différentes couches et dans un même dépôt d'une même localité, des variétés voisines, et même des séries de variations. Si nous ignorons complètement, dans chaque cas, quelles

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