‹ Traité de zoologie (volume 2)Chapitre 69 sur 271 · IMPERFECTION DES ARCHIVES ZOOLOGIQUES · texte numérisé non relu

IMPERFECTION DES ARCHIVES ZOOLOGIQUES

actuel, dont rétablissement et la délimitation ne peuvent s'expliquer, d'après Darwin, que par l'extinction de nombreuses espèees dans le cours de l'histoire de la terre. La paléontologie ne peut satisfaire que très incomplètement à ces desiderata, car les nombreuses séries presque insensibles des variétés qui ont dû exister, selon la théorie de la sélection, pour l'immense majorité des formes, ne se retrouvent pas dans les documents que nous fournit la géologie. Ce fait, dont Darwin reconnaît lui-même la valeur, perd cependant son importance, quand on considère de plus près les conditions dans lesquelles les restes organiques se sont déposés dans le limon et nous sont parvenus à l'état de lossiles, et quand l'on se rend compte des raisons qui prouvent l'imperfection extrême des documents géologiques, et qui démontrent que les formes de passage ont dû être décrites en partie comme des espèces particulières.

On ne doit évidemment s'attendre à rencontrer dans les couches sédimentaires que les restes des plantes et des animaux qui possèdent un squelette solide, car il n'y a que les parties dures du corps, telles que les os et les dents de Vertébrés, les coquilles calcaires et siliceuses des Mollusques et des Arthropodes, les tests et les piquants des Échinodermes, le squelette chitineux des Arthropodes, etc., qui puissent résister à une décomposition rapide et se pétrifier peu à peu. Aussi est-ce à peine si nous retrouvons les traces de tous ces innombrables organismes appartenant principalement aux groupes inférieurs (Vertébrés inférieurs, Mollusques nus, Vers, Méduses, Infusoires), auxquels ces parties solides font défaut; même parmi les êtres, qui sont susceptibles de se pétrifier, il y a des classes considérables, qui n'ont laissé que par hasard quelques vestiges de leur existence, et qui constituent ces séries de formes, qui sont actuellement le plus accessibles à nos études, c'est-à-dire les animaux terrestres. Les êtres, qui vivent sur la terre ferme ne peuvent laisser de restes fossiles que lorsque leurs cadavres ont été entraînés par l'eau pendant les inondations, ou pendant de grandes tempêtes, ou accidentellement sous l'influence de toute autre cause, et ont été entourés par des masses de limon qui se sont durcies. De cette manière, on comprend la pauvreté relative des Mammifères fossiles, et ce fait que pour beaucoup d'entre eux, et malheureusement pour les plus anciens (Marsupiaux des schistes de Slonesfield, etc.), il n'est parvenu jusqu'à nous que la mâchoire inférieure, qui non seulement se sépare facilement pendant la putréfaction du cadavre, mais qui grâce à sa pesanteur oppose une plus grande résistance aux courants et tombe au fond de l'eau. Et quoique les fossiles de Slonesfield et quelques autres nous montrent que les Mammifères existaient déjà à l'époque jurassique, cependant ce n'est que grâce aux Mammifères de l'éocène, que nous pouvons nous faire une idée de la forme et de l'organisation de ces animaux. 11 est de nombreuses espèces et de nombreux groupes d'espèces, dont on n'a retrouvé qu'un petit nombre d'individus, ou même un seul, quoiqu'ils aient dû être très nombreux et très répandus. On ne connaît dans les terrains primaires et tertiaires, ni cavernes à ossements, ni dépôts d'eau douce. La conservation des restes des habitants d'eau douce était plus facile et celle des habitants de la mer encore davantage, car les formations marines ont une étendue incomparablement plus considérable que celles d'eau douce. Jamais à aucune époque il n'y a eu sur toute la surface du fond de la mer des dépôts assez abondants pour que les

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organismes qui y parvenaient, fussent rapidement enveloppés par le limon et préservés de la destruction. Et même, partout où les périodes d'affaissement et de soulèvement se suivaient dans un temps relativement court, il était impossible qu'il se formât des dépôts d'une longue stabilité, car les minces coucbes, qui étaient englouties pendant L'affaissement, quand elles se soulevaient plus tard, étaient en grande partie disloquées, ou même complètement détruites par le brisement des flots. Dans les mers peu profondes, dont le fond ne présente aucun mouvement d'élévation ou d'abaissement, dans celles qui se soulèvent lentement, il a pu se développer des dépôts d'une étendue considérable, mais de peu d'épaisseur, quand bien même ils étaient à l'abri de l'action destructive des flots. La formation d'assises puissantes paraît se produire, dans la règle, principalement dans deux conditions, soit dans une mer très profonde, à l'abri de l'action du vent et des vagues, et alors les çoucbes sont la plupart relativement pauvres en fossiles, car les animaux qui vivent dans les grandes profondeurs sont peu nombreux, soit dans une mer peu profonde favorable au développement d'une faune et d'une llore riches et variées, et dont le fond est pendant une longue période le siège d'un mouvement d'abaissement très lent. Dans ce cas, la mer renferme continuellement une population très nombreuse, tant que l'abaissement se trouve compensé par l'accumulation continuelle de nouveaux sédiments.

Si donc le mode de formation des dépôts et les obstacles de toute espèce qui s'opposent à ce que les restes organisés se conservent intégralement dans les sédiments expliquent les grandes lacunes de la paléontologie, il faut encore ajouter les causes que nous avons mentionnées plus haut, et qui font que l'on ne rencontre plus parmi les plantes et les animaux actuels toutes ces innombrables formes transitoires, ou variétés. On doit aussi considérer que les premières assises très puissantes, dans lesquelles les restés des animaux et des plantes les plus anciens pourraient être enfouis, ont été tellement modifiées par la chaleur du noyau central incandescent de la terre, que les fossiles sont devenus méconnaissables et ont été détruits. Ce n'est que par-ci par-là, dans les coucbes cristallines métamorphiques des roches primitives, que l'on a trouvé certaines empreintes, que l'on a pu considérer, et encore avec doute, comme des vestiges d'êtres organisés (Eozoon canadense). Enfin, il ne faut pas oublier non plus que nous ne connaissons encore que d'une manière imparfaite les formations géologiques. Les différentes couches qui composent l'écorce terrestre n'ont encore été suffisamment étudiées que dans un petit nombre de localités. Nous pouvons attendre da grands résultats des recherches futures, dont les caractères géologiques et les fossiles des contrées éloignées seront l'objet, mais la plus gronde partie de la superficie de la terre, le fond de la mer avec tous les êtres qu'il renferme dans son sein, nous seront peut-être à jamais inconnus. On devra donc considérer avec Lyell et Darwin « les arcbivcs géologiques comme une histoire du globe, qui a été incomplètement conservée, écrite dans un dialecte changeant, et dont nous ne possédons que le dernier volume, traitant de deux ou trois pays seulement. De ce volume, quelques fragments de chapitres et quelques lignes éparses de chaque page sont seuls parvenus jusqu'à nous. Chaque mot de ce langage changeant lentement, plus ou moins différent dans les chapitres suc-

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