‹ Traité de zoologie (volume 2)Chapitre 7 sur 271 · INDIVIDU. ORG.VM · texte numérisé non relu

INDIVIDU. ORG.VM

L;i forme bi-rayùnnée (Clénophores) ne possède donc que deux rayons placés vis-à-vis l'un de l'autre, et situés dans un plan vertical commun. Le plan perpendiculaire à celui-ci passe par les deux rayons intermédiaires et sépare les deux antimères. On appelle le premier, qui rencontre le plus grand nombre d'organes, plan transversal, et le second, qui correspond au plan médian des animaux bilatéraux, plan sagittal (tig. 20)*

Dans la symétrie bilatérale, qui se montre déjà dans chaque antimère chez les Rayonnes, on ne peut faire passer par l'axe qu'un seul plan, le plan médian, qui partage le corps en deux moitiés, droite et gauche, égales et symétriques. On peut désigner ces deux moitiés symétriques sous le nom de paramères. On distingue alors dans un organisme bilatéral une extrémité antérieure et une extrémité postérieure, un côté droit et un côté gauche, une face dorsale et une face ventrale. Les organes impairs sont coupés par le plan médian, et de chaque côté sont placés les organes pairs vis-à-vis les uns des autres.

Le plan perpendiculaire au plan médian, qui divise le corps en deux parties ventrale et dorsale inégales, est appelé plan latéral. Les antimères des Rayonnes sont également formés de deux paramères et sont par conséquent bilatéraux, puisque le plan, mené suivant le rayon, se comporte vis-à-vis des deux moitiés de i'antimère comme un plan médian.

Il peut arriver, comme on le voit chez les animaux à symétrie bilatérale, et plus rarement chez les Rayonnes (Strobila), que des groupes d'organes similaires, aussi bien que des parties homologues d'organes semblables, se répètent le long de l'axe longitudinal. Le corps est alors annelé et S3 divise en segments, zoonites ou métamères, qui tous présentent plus ou moins exactement la même organisation [Ânnélides) (fig. 2l)1. Ces parties peuvent avoir une structure et des fonc-

ig. 19. — Larve d'Acalèphe (Ephyra).

RK, corpuscules marginaux ; G/', ûlaments buccaux; Ile. canaux radiai-

res : 0, bouche.

Fig. 20. — Cténophore à symétrie birayonnée vu pur le pôle apical ; S, plan sagittal ; T, plan transversal ; R, côtes ; G/', système vasculaire.

1 Le terme de métamères a ('té créé par M. Ilneckel. Dans le premier volume de sa Generelle Morphologie der Organismen (1866), il le définit des parties homodynames qui se suivent, c'està-dire des individualités liées l'une à l'autre et formant une chaîne continue. Mais si le mot est nouveau, l'idée qu'il représente est ancienne. En effet, dans la première édition de la Monographie des Hi nali nées: publiée en 18'27, A. Moquin-Tandon s'occupe longuement de la répétition et de la symétrie des organes chez ces animaux et établit par des considérations tirées de l'anatomie et de la physiologie que « la Sangsue est un animal composé d'un certain nombre d'animaux, comme un végétal est une réunion de plusieurs végétaux. » « Si l'on réfléccit un peu profondément sur cette structure symétrique, dit-il, on sera naturellement conduit à nenser que chaque espace occupé par cinq segments possédant un petit système nerveux, un système digestif, des appareils pour la respiration, pour la circulation, pour la reproduction, etc.... peut être considéré comme un petit tout, comme un animal particulier, semblable à un èlre distinct, appartenant à une classe supérieure et dans lequel l'individualité est fortement accusée L'ensemble des organes compris dans chaque cinq anneaux représente l'analogue des

animaux supérieurs; et si je ne craignais pas d'avancer un paradoxe, je dirais qu'une San-

TRAITÉ DE ZOOLOGIE. — 5e ! DIT. 2

lions absolument identiques;

Fjg. 21. — Verannelé (Polychète); Plt , pharynx; D, tube digestif ;C, cirrhes;

/•', tentacule-.

os représentent comme les anlimères des Rayonnes, des individus d'ordre inférieur, qui peuvent acquérir une autonomie propre

par leur séparation de l'ensemble et continuer ainsi à vivre pendant un temps plus ou moins long [Cestodes, proglottis). A mesure que l'organisation se perfectionne, les segments sont plus étroitement unis les uns aux autres el dans une dépendance réciproque. Plus les métamères diffèrent dans leur forme, et plus par conséquent le rôle qu'ils jouent dans l'organisme varie d'importance, plus leur autonomie individuelle s'affaiblit, el plus ils revêtent les caractères d'un simple organe. Les métamères, dans les colonies d'animaux polymorphes, sont tout à fait analogues aux segments des animaux supérieurs. Ici , des groupes similaires, composés d'individus différents, se succèdent les uns derrière les au très, groupes qui remplissent chacun toutes les fonctions indispensables à la vie, et qui, séparés du tronc commun, peuvent par conséquent mener une existence indépendante et représentent une colonie d'un ordre inférieur [Diphyes, Eudoxia, fig. 22).

Les organes ont aussi leurs degrés inférieurs et supérieurs. Il en est qu'on peut

(juisiuja, de mémo que tout animal invertébré, est une réunion, un agrégat d'individus analogues par leur organisation à des êtres vertébrés; j'appellerais du nom de Zoonite ces individus

élémentaires D'après ce qui vient d'être exposé relativement à l'organisation symétrique

des sangsues, on peut conclure naturellement qu'il existe deux espèces de vie cbez ces Hirudinées, des vies particulières, celles de ebaque Zoonite, et une vie générale, celle de la collection, etc.. »

Dugès a adopté et même poussé jusqu'à l'exagération ces vues philosophiques, mais c'est à lort que beaucoup d'auteurs français lui attribuent le mérite de les avoir exposées pour la premièrefois. Il dit expressément, dans son Mémoire sur la conformité organique dans l'échelle animale (1832) : d On avait bien reconnu pour le système nerveux de certains animaux son partage en autant d*' cenlres qu'il y avait de segments principaux (Thomas, Marcel de Serres. Audouin et Edwards), mais ou n'avait pu encore dégager de ces éléments incomplets l'idée obscure encore qu'ils devaient faire naître sur la multiplicité des organismes,- c'est M. Moquin- Tandon qui, le premier, a présenté cette idée d'une manière patente, en la restreignant toutefois aux Invertébrés. Imbu des principes de M. Dunal, qui soupçonnait dans la composition deanimaux quelque chose d'analogue à celle des végétaux, c'est-à-dire une agrégation d'êtres élémentaires. M. Moquin-Tandon, son disciple et son ami, applique cette pensée aux Ilirudinées en composant sa dissertation sur cette famille d'Annélides ; il prouve que ces animaux peuvent se diviser en un nombre déterminé de segments, dans chacun desquels on trouve un centre nerveux, un ganglion, une quadruple anse vasculaire avec des anastomoses transversales, une paire de poumons, un double estomac, une paire de vésicules séminales ; c'est là ce qu'il nommeun Zoonite, un animal simple Les expériences physiologiques tentées par M. Moquin-Tandon prouvent encore cette composition de l'animal, quoique chaque segment se montre capable d'une vie et d'une mort isolée, indépendante de celle des autres. »

Voyez A. Moquin-Tandon, Monographie de la famille des Ilirudinées, lre édition, Montpellier, 1827. p. 87, et A. Dugès. Mémoire sur la conformité organique dans Véchclle animale, Montpellier, 1832, p. 15. (Trad.)

ig. 22. — Fragment d'une Diphyide (d'après Leuckart). D, bouclier; GS, individu reproducteur; P, polype nourricier avec des filaments pêcheurs. Chaque groupe, en se séparant de la colonie, constitue une Eudoxie.

Page 1