RELATIOXS DES FORMES FOSSILES AVEC LES ESPÈCES ACTUELLES
Après avoir montré qu'il existe, entre les espèces de même qu'entre les genres, des formes de transition, il est important d'examiner quels sont les rapports qui existent entre les animaux et les plantes de l'époque actuelle et ceux qui sont
1 Voy. Hilgendorf, Ueber Planorbis muUiformis im Steinheimer Sûsswasserkalk. Monatsberichte derBerl. Âkadein., 18G6.
enfouis dans les dépôts les plus récents. A côté des restes nombreux d'espèces identiques ou très peu modifiées, on devra trouver dans le dUuvium et dans les diverses formations de l'époque tertiaire des formes souches, d'où sont immédiatement issues les espèces actuellement vivantes.
Effectivement la succession d'espèces et de genres voisins appartenant à des groupes spéciaux à certaines contrées, dans les dépôts diluviens et tertiaires qu'on y trouve, les. rapports intimes des formes animales éteintes avec celles qui existent encore aujourd'hui, sont autant d'indices importants en faveur de la théorie de la descendance d'une souche commune par variations progressives. De nombreux Mammifères fossiles du diluvium et des formations tertiaires les plus récentes de l'Amérique du Sud appartiennent aux types encore aujourd'hui si répandus dans ces régions de l'ordre des Édentés. Des Paresseux, des Tatous de taille gigantesque [Megatherium, Megalonyx, Glyptodon, Toxodon, etc.), habitaient jadis le même continent, dont la faune mammalogique est si caractérisée de nos jours par la présence des Tatous, des Fourmiliers et des Paresseux. A côté de ces animaux géants, on a trouvé dans les cavernes à ossements du Brésil des espèces de taille plus petite également éteintes, qui sont tellement semblables aux espèces actuellement vivantes, qu'on pourrait les considérer comme leur forme souche. Cette loi de la succession des mêmes types dans les mêmes zones trouve aussi son application dans les Mammifères de la Nouvelle-Hollande, dont les brèches osseuses renferment de nombreuses espèces de Marsupiaux très voisines de celles qui existent actuellement. 11 en est de même des Oiseaux gigantesques de la Nouvelle-Zélande, comme l'ont fait voir Owen et d'autres naturalistes, des Mammifères de l'ancien monde, qui communiquaient jadis avec ceux de l'Amérique du Nord par l'intermédiaire des terres boréales, et qui, à l'époque tertiaire, ont pu pénétrer jusqu'en Amérique. C'est de la même manière que l'on peut s'expliquer la présence de types de l'Amérique centrale (Didelphys) dans les formations tertiaires anciennes et moyennes d'Europe. Il est bien plus difficile de distribuer les animaux de cette époque en provinces géograpiques que vers la fin de la période tertiaire.
Il est remarquable que les ressemblances des espèces anciennes avec les espèces actuelles se montrent beaucoup plus tôt chez les animaux inférieurs que chez ceux qui sont pourvus d'une organisation élevée. Déjà, suivant Ehrenberg, on rencontre dans la craie des Hhizopodes que l'on ne peut distinguer des espèces vivantes. Les recherches exécutées dans les grandes profondeurs de la mer ont amené la découverte d'Épongés, de Coraux, d'Echinodermes, et même de Mollusques, qui ont déjà existé pendant la période crétacée. Un grand nombre de nos espèces de Mollusques sont représentées clans les couches tertiaires les plus anciennes; quant à la faune mammalogique, elle porte un caractère entièrement différent de ce qu'elle est aujourd'hui. Les Mollusques du tertiaire supérieur ont la plus grande partie de leurs espèces identiques à celles de la période actuelle, tandis que les Insectes en diffèrent encore beaucoup.
Par contre, même dans les dépôts postpliocènes (diluviens), les Mammifères sont représentés en partie par des espèces et parfois des genres différents. Cependant une série de formes, qui remonte au delà de la période glaciaire, est encore aujourd'hui vivante. C'est justement pour cette raison qu'il y a un grand