RELATIONS DES FORMES FOSSILES AVEC LES ESPÈCES ACTUELLES
c'est-à-dire dans laquelle manquenl les canines et les incisives supérieures; car, à côté des Chcvrolins, qui offrent les différentes sortes de dents, apparurent d'abord les Cerfs, puis les Antilopes et les Bœufs. L'origine de ces derniers, dont les plus anciens sont les Buffles, doit être rapportée aux Antilopes. Le groupe asiatique parait avoir sa forme souche dans le Ucmibos ou Probubalus sivalensif du terrain tertiaire de l'Inde, avec lequel l'inoa de Célébes, que Ton a longtemps considéré comme une Antilope, présente les affinités les plus étroites. Le Bubalus palseindieus, plus récent, datant du pliocène, ne diffère guère de la variété de buffle de l'Asie continentale, l'Ami, que par les cornes, qui sont un peu plus puissantes, et l'ensemble des différences qui les séparent ne sont pas plus imporlantes que celles qui distinguent les individus du Buffle asiatique actuel. Les formes de transition, qui nous permettraient de déduire la forme ancestrale des deux liuffles africains {B. brachijceros et B. caffer], nous manquent, et doivent être probablement cherchées dans quelques fossiles de l'Afrique, qui nous sont encore inconnus. Le Bison prisais, si répandu pendant la période diluvienne dans les deux continents (en Amérique, il offrait deux variétés désignées sous les noms de B. latifrons, B. antiquus), et qui présente un mélange remarquable des caractères des deux Aurochs actuellement vivants, le Bison americanus et le Bison europœus, a probablement donné naissance à ces derniers. M. Rùtimeyer ramène les Bœufs à une forme souche, que l'on a trouvée dans le terrain pliocène de l'Italie, le Bos elruscus. La configuration du crâne de cet animal est entièrement semblable à celle que présente dans le jeune âge une autre espèce actuellement vivante, le Banting [Bas sondaicus), et à l'état adulte, sa femelle1. On trouve sur le crâne de cet animal, à toutes les époques de la vie et dans les deux sexes, une quantité si considérable de modifications, que l'on doit considérer en quelque sorte le Banting comme l'origine d'espèces futures (Rùtimeyer). Le Gaur (Bos gaurus), répandu sur le continent indien, et qu'il n'est pas possible de séparer spécifiquement du Gayal, et le Yak (Bos grunniens), qui appartient aux régions montagneuses de l'Asie centrale, semblent en être des espèces dérivées, déjà ne variant que dans des limites bien plus restreintes. Une relation bien plus directe encore existe entre le Banting et le Bœuf à bosse de l'Inde, le Zébu {Bos indiens), qui est domestiqué dans une grande partie de l'Asie et de l'Afrique, et qui varie dans une proportion bien plus grande que le Bœuf européen. Il faut probablement attribuer cette variabilité si étendue, en grande partie à des influences étrangères, au croisement si fréquent à toutes les époques avec le lîuflïe indien, etc. Les Bœufs, enfin, par la configuration de leur crâne, repré-
1 Voici comment M. Rùtimeyer s'exprime au sujet de ta forme du crâne de ce Bœuf vivant à .lava, à Bornéo, etc : « Si jamais l'examen anatomique approfondi d'un Mammifère encore vivant peut nous amener à la conviction qu'il existe des formes de transition entre des espèces différentes soit vivantes, soit fossiles, c'est bian ce qui résulte de l'étude du Banting-, où l'on voit se réaliser pas à pas depuis la femelle encore jeune jusqu'au mâle adulte, et sur le même individu, dans l'espace de quelques années, toutes les modifications que le crâne a subies pendant une longue série de périodes géologiques, dans la famille des Buffles, depuis l'Ilémibos miocène jusqu'au Bubalus caffer actuel, ou dans la famille des Bœufs, depuis le Bos elruscus jusqu'à notre Taureau. Si l'on rencontrait les restes fossiles du Banting appartenant à des individus de sexe et d âge différents, dans des localités différentes, tout anatomiste se croirait pleinement autorisé à créer pour eux autant d'espèces distinctes. »
sentent le ternie extrême de la série, quoiqu'ils aient déjà des représentants dans les couches pliocènes en Asie (Bos nomadicus). La forme parallèle (Bos primigenius) n'apparaît en Europe que dans le diluvium, et est, avec le Bos frontosns et le Bos brachyceros, l'origine des nombreuses races de Bœufs qui y sont répandues.
Récemment, à côté de ces deux types, on en a distingué un troisième représenté par un bœuf à tête courte (Bos brachycephalus), et on a prétendu qu'il dérivait du Bison; mais Rûtimeyer a montré que dans ces races de Bœufs se manifestait simplement la même modification du crâne, qui atteint son degré extrême dans le Bœuf Niata des pampas de l'Amérique du Sud, et qui se représente sous l'influence de l'homme chez un grand nombre d'animaux domestiques (Chien, Porc, Mouton, Chèvre).
Pour la plupart des ordres de Mammifères, tels que les Rongeurs, les Chéiroptères, les Proboscidiens, les Cétacés, etc., il est impossible d'esquisser leur filiation.Dans quelques ordres cependant, tels que les Lémuriens, les Carnassiers, les Ongulés, les restes de types éteints fournissent des indications des plus remarquables. Ici encore il faut consulter les formations tertiaires de l'Amérique du Nord. Dans cette contrée vivaient, pendant la période éocéne (Wyoming), les Tillodontes avec le genre Tillotherium, qui possédait un vaste crâne semblable à celui de l'Ours, deux larges incisives comme un Rongeur, des molaires conformées comme celles des Palaeothériums etdes pieds pentadactyles armés de fortes griffes1. Bans la conformation du squelette se trouvent également réunis les caractères des Carnassiers et des Ongulés. Les Dinocérates (Dinoceras laticeps, D. mirabile) étaient des Ongulés puissants, pentadactyles, à tète surmontée de six cornes, dépourvus d'incisives sur l'intermaxillaire et présentant à la mâchoire supérieure des incisives qui constituaient de fortes défenses et six molaires. Un troisième type, celui des Bronthothér ides, portait des cornes situées transversalement devant les yeux et atteignait la grosseur d'un Eléphant. Outre ces animaux, il y a encore une série d'autres Mammifères, dont on retrouve les restes dans des formations beaucoup plus récentes, et parmi eux les Mégathérides de l'Amérique du Sud (Mylodon, (C\g., 170 , Megatherium) appartenant à l'ordre des Ëdentés, ainsi que les Toxodontes, dont le crâne et la dentition ont de grands rapports avec ceux des Ongulés, des Rongeurs etdes Édentés2. Il y a aussi beaucoup d'autres types, qui vivaient dans les deux hémisphères à l'époque tertiaire, qui sont éteints en Amérique, et qui se sont conservés dans les continents orientaux jusqu'à la période actuelle. Les Éléphants et les Mastodontes, les Rhinocérides et lesÉquides arrivent encore jusqu'à l'époque diluviale, mais ne se rencontrent plus dans la période récente. De tout l'ordre des Périssodactyles le groupe seul des Tapirs s'est maintenu en Amérique ; on le retrouve aussi dans l'hémisphère oriental représenté par les espèces de l'Inde.
La région paléarctique présente aussi des groupes intermédiaires de Mammi-
1 0. G. Marsh, Principal characters of Tilîodontia, Amer. Journal of Sciences and Arts, Vol. XI, 1876. — Id. Principal characters of the Dinocerata, ibid. 1870.
* - 0. C. Marsh, Principal characters of the Bronlolhcridœ, Amer. Journal of Sciences and Arts, vol. XI, 1876