CHAPITRE
La distinction des corps vivants en plantes et animaux repose sur une série d'idées imprimées de bonne heure dans notre esprit. Nous observons chez les animaux des mouvements libres et des actes autonomes, qui supposent la conscience et le sentiment; chez la plupart des plantes fixées au sol, nous remarquons l'absence de locomotion et d'activité, que l’on puisse rapporter à Ja sensibilité. C’est pourquoi nous attribuons à l'animal le mouvement volontaire, la sensibilité et l'âme qui en est le siège. « Plantae vivunt, animalia vivunt-et sentiunt. » Èé
Mais cette conception traditionnelle, empruntée seulement au cercle étroit des animaux supérieurs et des plantes de notre entourage, ne saurait plus suffire aujourd'hui. Elle a dû s’élargir avec l'extension de nos connaissances. Car s'il n’est embarrassant pour personne de distinguer un Vertébré d’une plante Phanérogame, les difficultés se présentent en foule dès qu'on aborde le vaste domaine, où la vie se manifeste sous ses formes les plus simples. De nombreux animaux “anférieurs ne montrent, en effet, ni déplacements volontaires, ni aucun signe quelconque de sensibilité et de conscience, et par contre beaucoup de plantes sont douées de mouvements libres et d'irritabilité. On a donc été amené à comparer plus strictement les propriétés des animaux et des plantes, et à discuter l’importante question de savoir, s’il existe un caractère vraiment distinctif dans ces deux modes d'organisation, si l'on doit admettre une ligne de démarcation bien tranchée entre ces deux règnes.
4° — La Forme générale et l'Organisation paraissent au premier abord essentiellement différentes. L'animal possède sous une enveloppe compacte une foule d'organes de structure complexe, tandis que la plante étale de nombreux appendices à larges surfaces, qui représentent ses organes nutritifs et excréteurs. Dans celle-ci, c'est le développement externe des surfaces, sièges de l’action endosmotique, qui prédomine; dans celui-là, le développement interne. L'animal a une bouche pour l'introduction des aliments solides et liquides, qui
1 Voy. C. Gegenbaur, De animalium plantarumque regni terminis et differentiis, Lipsiæ, 1860. — C. Claus, Ueber die Grenze des thierischen und pflan:lichen Lebens, Leipzig, 1863. — E. Haeckel, Generelle Morphologie, Berlin, 1866, Vol. I, p. 198-238. — Id. Die Radiolarien, Berlin, 1862, p. 159.
sont digérès et résorbés dans un estomac en communication direct avec des glandes de diverses sortes (glandes salivaires, foie, pancréas, ete.). Les résidus solides des substances nutritives impropres à la digestion sont expulsés à l’état de fèces par l'anus. Les produits de décomposition azotés sont éliminés sous forme liquide par des organes spéciaux, les reins. Une sorte de pompe aspirante et foulante, animée de mouvements rhythmiques, le cœur est un système de vaisseaux sanguins, font mouvoir et circuler le liquide nourricier absorbé, c'est-àdire le sang. En outre, la respiration s'opère chez les animaux à respiration aérienne au moyen de poumons, et chez les animaux aquatiques par des branchies. Enfin l'animal a un appareil de reproduction situé à l’intérieur du corps, un système nerveux et des organes des sens pour recueillir et transmettre les sensations.
L'appareil végétatif de la plante est d'une conformation plus simple: des racines pompent les substances alimentaires liquides, tandis que les feuilles, organes respiratoires, absorbent et exhalent des gaz. Les appareils compliqués de l'animal font ici défaut; un parenchyme plus ou moins homogène, composé de cellules et de vaisseaux, dans lesquels se meuvent les liquides, constitue le corps de la plante. C'est à l'extérieur que sont placés les organes de la reproduction ; les nerfs et les organes des sens n'existent point.
Les différences que nous venons d'énumérer ne sont décisives, nous l'avons dit, que pour les plantes et les animaux supérieurs. Elles disparaissent peu à peu, à mesure que l'organisation se simplifie. Déjà, chez les Vertébrés et plus encore chez les Mollusques et les Articulés, l'appareil circulatoire et l'appareil respiratoire sont moins compliqués. Les poumons et les branchies peuvent faire défaut et l'enveloppe tégumentaire en remplit les fonctions. Les vaisseaux se simplifient et disparaissent avec le cœur, et le sang se meut irrégulièrement dans la cavité viscérale et dans des lacunes dépourvues de parois propres. Il en est de même des organes de la digestion; les glandes salivaires et le foie ne forment plus des organes distincts de l'estomac; ce dernier devient un tube terminé en cul-de-sac simple ou ramifié (Trématodes), ou une cavité centrale dont la paroi se confond avec l'enveloppe générale du corps (Cœlentérés). La bouche peut aussi manquer (Gestodes), et l'absorption des substances alimentaires s'opère, comme chez les plantes, par endosmose, à travers l'enveloppe cutanée. Enfin, beaucoup d'organismes, que l’on considère comme des animaux, et en particulier tous les Protozoaires ne présentent, ni sysième nerveux, ni organes des sens. Il est aisé de saisir les conséquences de cette simplification de la structure interne, qui parfois rapproche tellement par l'aspect extérieur et par le mode de croissance les animaux inférieurs, tels que les colonies de Polypes et les Siphonophores, des plantes, avec lesquelles on les a longtemps confondus, surtout lorsqu'ils ne manifestent point de mouvements volontaires (Zoophytes, Polypes, Hydroides) (fig. 5 et 6). En pareil cas l’idée d’individualité semble aussi difficile à appliquer au règne animal qu'au règne végétal.
2° — Entre les Tissus végétaux et animaux il existe aussi, en général, une différence importante. Tandis que chez les uns les cellules conservent lew forme primitive et leur individualité, dans les autres, au contraire, elles subissent des modifications très diverses aux dépens de cette individualité même. Aussi les
premiers ont-ils l'apparence d'une agglomération de cellules similaires toutes parfaitement distinctes les unes des autres; les autres, l'aspect de formations hétérogènes, dans lesquelles il est rare que les cellules soient nettement délimitées. La raison de cette divergence doit être cherchée dans la structure de la cellule, qui, chez les plantes, se revêt autour de l'utricule primordial d'une membrane épaisse l'enveloppe cellulosique, tandis que chez les animaux on n'observe qu'une simple pellicule azotée, très délicate, ou seulement une couche superficielle plus dense que le contenu à demi-fluide (fig. 7).
Cependant on voit aussi des cellules végétales avec un utricule primordial nu (cellules primordiales), et d’autre part, certains tissus animaux, tels que la corde dorsale, les cellules de soutien des tentacules des Hydroïdes, le cartilage, dont les celluies ont conservé leur individualité, s'entou-
très analogues aux tissus végétaux (fig. 8). On ne peut pas non plus, à
Fig. 5, — Physophora hydrostatica. Pn, Vésicule aéri- Fig. 6. — Branche d'un polypier de Cofêre ; S, cloches natatoires disposées sur deux rangs rail, Corallium rubrum (d'après Lasur l’axe commun ; 7, Tentacules; P, Polypes nourri- caze Duthiers). P, polype.
cers avec des filaments pêcheurs Sf; NK, groupes de nématocystes placés sur les filaments pêcheurs; G, grappes d'individus sexués.
l'exemple de beaucoup d'auteurs, considérer les tissus polycellulaires comme
appartenant nécessairement aux animaux. Il existe, il est vrai, beaucoup d'AI-
gues et de Champignons, qui sont unicellulaires, mais on trouve aussi de nombreux organismes appartenant au règne animal qu'il faut rapporter à la forme de cellule simple, et l’on ne voit pas pourquoi il ne pourrait pas y avoir d'animaux uni- . cellulaires, puisque chez eux aussi la cellule est le point de départ de l'organisme.
rent de capsules résistantes et sont
Rae des
. 8° — Le mode de Reproduction peut encore moins fournir un critérium. Chez les plantes, il est vrai que la multiplication annuelle prédomine, mais ee même genre de génération semble aussi être très répandu dans les groupes inférieurs du règne animal. La génération sexuelle repose essentiellement chez les plantes, aussi bien que chez les animaux, sur les mêmes phénomènes, sur la rencontre des éléments reproducteurs mâle (corps séminal) et femelle (celluleœuf), dont la forme présente dans les deux règnes une grande analogie, et qui dans tous les cas peuvent être ramenés à la cellule. La structure et la position des organes génitaux dans l’intérieur du corps ou à sa surface offrent des caractères d'autant moins sûrs pour distinguer la plante de l'animal, qu'il existe sous ce rapport dans chacun de ces deux règnes les différences les plus considérables. ) 192 4 — La Composition chimique et les Processus de Ké l'échange moléculaire différent généralement beaucoup jf chez les animaux et chez les plantes. Jadis on attachait Er NME une grande valeur au fait, que celles-ci sont formées Éd 8 principalement de corps ternaires et ceux-là de corps /4## À azotés quaternaires, et l’on attribuait une importance pré- LE à pondérante à l'azote dans le premier cas et au carbone Va. PS dans le second. Cependant les combinaisons ternaires, J ] | telles que les graisses et les hydrates de carbone sont très Fig. 7. — Parenchyme végétal répandues dans l'économie animale, et il en est de même (d'aprés Sachs). des matières protéiques (quaternaires) dans les parties des plantes, qui sont le siège de formations nouvelles. Le protoplasma, contenu de la cellule végétale vivante, est riche en azote, et, d'après ses réactions microchimiques, identique au sarcode, substance contractile des animaux inférieurs. En outre, les différents principes albuminoïdes, fibrine, albumine, caséine se retrouvent dans les organes des plantes. On ne saurait citer non plus aucune substance appartenant exclusivement aux végétaux ou aux animaux. La chlorophylle se rencontre chez les animaux (Stentor, Hydra, Bonellia) et fait défaut aux Champignons. La cellulose, combinaison ternaire particulière à la membrane de la cellule végétale, a été retrouvée dans le manteau des Ascidies. La présence de la cholestérine et de quelques autres matières caractéristiques de la substance nerveuse a été con- NU canule axites statée aussi dans le règne végétal (Légumineuses). des tentacules d’une Cam- Le mode de nutrition offre un contraste bien plus frap- Parler pant. Outre certains sels (phosphates et sulfates alealins et terreux), la plante absorbe surtout de l'eau, des carbonates et des nitrates, ou des combinaisons ammontiacales et élabore, au moyen de ces substances inorganiques binaires, des composés organiques complexes. L'animal n’a pas besoin seulement d’eau et de sel, il lui faut en plus des aliments empruntés aux substances organiques, en première ligne des graisses et des principes albuminoïdes, qui, sous l'influence des phénomènes généraux de la nutrition, se dédoublent en eau, en acide carhonique et en produits de décomposition azotés: (amides et acides), en créatine, tyrosine, leucine, urée, etc., en acides urique, hippurique, etc. La plante qui,
par l'action de la chlorophylle, crée de toutes pièces, sous l'influence de la lumière, aux dépens de l'acide carbonique, de l’ammoniaque et de l’eau, des composés organiques, exhale de l'oxygène, que l'animal absorbe à son tour par les organes respiratoires pour subvenir aux besoins sans cesse renaissants de la nutrition. Aussi, nutrition et respiration sont-elles dans les deux règnes liées l’une à l’autre, mais en sens inverse. La vie de l'animal est basée sur la décomposition de combinaisons complexes, et n'est en somme qu’un phénomène d'oxydation, par lequel les forces latentes sont transformées en forces vives (mouvement, chaleur, lumière), l’activité vitale de la plante repose, au contraire, sur des phénomènes de synthèse, et n’est autre chose qu’un phénomène de réduction, qui a pour résultat de transformer Ja chaleur, la lumière, les forces vives en forces latentes.
Cependant cette différence ne peut pas servir de critérium dans tous les cas. Récemment l'attention des naturalistes a été attirée surtout par Hookeret par Darwin! sur une série de phénomènes de nutrition et de digestion, observés déjà au siècle
dernier par Ellis chez certaines plantes, qui capjen D un turent, tout comme les animaux, de petits orgasegments sont rabattus (d’après nismes, et par un procédé chimique analogue à parie His celui de la digestion en absorbent la matière organique, au moyen des glandes, dont est tapissée leur surface (feuilles du Drosera rotundifolia et de la Dionæa muscipula) (fig. 9 et 10). Beaucoup de plantes parasites et presque tous les Champignons ne possèdent point comme les autres végétaux la faculté de créer toutes pièces des substances organiques; ils se nourrissent de sucs organisés et ont une respiration analogue à celle des animaux, car ils absorbent de l'oxygène et exhalent de l'acide carbonique.
Les expériences de de Saussure ont montré que l’absorption de l'oxygène à des intervalles déterminés est nécessaire aux végétaux, et que certaines parties de la plante, qui ne sont point vertes, qui ne renferment pas de chlorophylle : — quand elles sont privées de lumière Fig. 40. — Feuille ouverte de la Gobe-mouche, Solaire, et, pendant la nuit, les parties
Dionæa muscipula (d'après Darwin). vertes elles-mêmes présentent, tout comme les animaux, une exhalation d'acide carbonique et une absorption d'oxygène. À côté de ce procédé de désoxygénation si général, si régulier, on découvre dans le végétal des phénomènes d'oxydation, analogues à ceux qui se passent sous
1 Voyez Ch. Darwin, Insectivorous Plants. London 4875, Cohn, Beiträge zur Biologie der Pflanzen X et IL et les mémoires de F. Kurz et Mank sur les feuilles de la Divnœæa. Archives de Müller 1876.
l'influence de la nutrition chez les animaux, et en vertu desquels une partie des substances assimilées est de nouveau décomposée. La croissance des plantes est impossible sans absorption d'oxygène et sans dégagement d'acide carbonique. Plus elle est active, plus la quantité d'oxygène absorbée est considérable; c’est ce qui se voit dans les graines en germination, dans les bourgeons de feuilles et de fleurs, qui se développent rapidement; ils font, dans un court espace de temps, une consommation énorme d'oxygène et dégagent de l'acide carbonique. De la sorte les mouvements du protoplasma se trouvent liés à l'inspiration de l'oxygène. La production de chaleur (germination) et de phénomènes lumineux (Agaricus olearius) exige aussi une consommation très active d'oxygène. Enfin, il y a des organismes (£ellules des ferments, Schizomyètes), qui produisent des combinaisons azotées et protéiques, mais qui n'assimilent pas l'acide carbonique, et qui empruntent ie carbone qui leur est nécessaire, aux hydrates de carbone (Pasteur, Cohn).
5° — Le Mouvement volontaire et la Sensibililé passent pour être les caractères par excellence de l'animalité. Jadis surtout, on pensait que la faculté de se mouvoir librement en était l’attribut nécessaire, et par suite on considérait tes colonies de Polypes sédentaires comme des plantes, erreur qui a persisté jusqu’au siècle dernier, où, grâce à d'éminents naturalistes les preuves fournies par Peyssonnel de la nature animale des Polypes finirent par être généralement reconnues. Qu’ existe des plantes qui, arrivées au terme de leur croissance ou pendant leur développement, jouissent de la propriété de se mouvoir librement, c'est ce qui ne fut admis que beaucoup plus tard, quand on eut découvert les spores mobiles des Algues. L’attention dut alors se porter sur des caractères, qui permissent de reconnaître à quels signes le mouvement est volontaire, pour distinguer celui que présente les plantes de celui des animaux (fig. 11). Pendant longtemps on crut les voir dans la contractilité des tissus animaux. Au lieu des muscles qui manquent chez les animaux inférieurs, qui n'y constituent point un tissu spécial, on trouve chez eux une matière dépourvue de forme, albumioïde, le Sarcode, substance contractile fondamentale du corps. Mais le contenu visqueux de la cellule végétale, connu sous le nom de Protoplasma, possède aussi la propriété de se contracter, et par ses Fig. 11. — Zoospores. a, de Physarum ; b, de Mopropriétés essentielles est identique au #4 Pausierte Lire cheats Bedogonium ; sarcode!. Tous deux offrent les mêmes réactions chimiques, et présentent également des cils, des vacuoles, des courants de granules moléculaires. Les vacuoles contractiles ne sont pas non plus un attribut exclusif du sarcode; elles peuvent aussi bien se rencontrer dans le protoplasma des cellules végétales (Gonium, Ghlamydomonas, Chaetophora), et tan-
? Voyez M. Schulze, Das Protoplasma der Rhi:opoden und der Pflanzenzellen, Leipzig 1865.— W. Kühne, Untersuchungen über das Protoplasma und die Contraktilität, Leipzig, 1864, E. Haeckel, Die Radio!arien, Berlin, 1866. — Id. Studien über Moneren und andere Protisten. Leipzig, 1870.
n | Z00LOGIE GÉNÉRALE.
dis que la contractilité du protoplasma est en général paralysée par la membrane de cellulose (fig. 12), dans les cellules nues des Volvocines et des Saprolegniées, des Myxomycètes, elle se manifeste d'une manière aussi nette, que dans le sarcode des Infusoires et des Rhizopodes. Les mouvements amiboïdes des spores de Myxomycètes et de leurs plasmodies (fig. 13) ne le cèdent en rien à ceux des véritables Amibes, par exemple l'Amæba polypodia (princeps), que l'on range parmi les Me Le (fig. 14). C’est donc en vain, que dans les phénomènes x mou-
plantes, l'on voudrait prendre la volonté comme critérium, car c’est l'appréciation purement arbitraire de chaque observateur, qui décide si tel ou tel mouvement est volontaire ou ne l’est pas.
La faculté de sentir, qu'il est impossible de considérer comme une fonction de la matière, et qu'on doit supposer partout où se produisent des mouvements volontaires, ne peut point être constatée avec certitude chez tous les animaux.
LÉ S à à $ S :
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Fig. 12. — Une cellule Fig. 13. — Zoospores d'Æfhalium sep- Fig. 14. — Amæba (Dactylosphæra) poly-
d’un poil de Chéli- ficum;a, sortieducorpsprotoplas- podia. N, nucléus. Pv, vacuole contradoine. Les flèches in- mique; b, il devient un zoospore; ctile (d’après Max Schulze).
diquent le sens du c, il devient amiboïde ; d, un jeune sy mouvement des gra- plasmode (d’après de Bary).
nules protoplasmiques dans les ban- ? : infôri : ; | 5 FR à ds 10 Beaucoup d organismes inférieurs, dépourvus de ha ner couches pariétales; veux et d'organes des sens, ne manifestent, lorsqu'on vient à ñn, noyau avec son e , Al nucléole (d'après Dip- LS XCiter, que des mouvements peu perceptibles, à peine plus pel). considérables que ceux des végétaux. L'irritabilité paraît d’ailleurs être aussi très répandue parmi les Phanérogames. Certains d’entre eux, tels que les Mimosa, replient leurs feuilles dès qu’on les touche, ou comme les
Drosera recourbent les espèces de tentacules, dont leur surface est couverte, et
que l’on peut comparer aux bras des Polypes (fig. 9). La Dionæa replie l’une con=
tre l’autre les deux moitiés de ses feuilles, quand un Insecte vient à les toucher (fig: 10).Les étamines des Centaurées se raccourcissent dans toute leur longueur, pour peu qu'on les soumette à une excitation mécanique ou élastique, en vertu des lois semblables à celles qui régissent la contraction des muscles chez les
Mise Le = SEL
É ne L lun
vement manifestés par les animaux inférieurs et par les
animaux supérieurs. Beaucoup de fleurs s'ouvrent et se ferment sous l'influence de la lumière aux différentes heures du jour.
La contractilité et l'irritabilité sont donc aussi des propriétés du tissu végétal et du protoplasma de la cellule végétale, et il n'est pas possible de décider si la volonté et la sensibilité, que nous refusons aux manifestations de cette nature chez les plantes, entrent en jeu chez les animaux inférieurs lorsqu'ils présentent des phénomènes semblables d'excitation ou de mouvement. ‘
Ainsi, il n’est aucun des caractères que nous venons de passer en revue qui puisse nous fournir un eriterium péremptoire et nous permettre d'établir une ligne de démarcation bien tranchée entre les deux règnes. Animaux et plantes partent du même point, la Substance contractile, pour suivre dans leur développement des voies, ilest vrai, divergentes, mais qui dès les premières phases empiètent encore maintes fois les unes sur les autres, et ïls ne laissent voir réellement leurs différences caractéristiques que dans des organismes plus parfaits. Aussi, sans vouloir établir de distinctions bien tranchées entre les deux règnes, devra-t-on recourir, pour se former une idée générale d'un animal, à l'ensemble des marques distinctives présentées par les groupes les plus élevés de la série zoologique.
On devra donc définir l'animal : un organisme libre, doué de mouvement volontaire et de sensibilité, dont les organes se développent dans l’intérieur du corps, qui se nourrit de matières organisées, respire de l'oxygène, transforme les forces latentes en forces vives sous l’influence des phénomènes d'oxydation et excrète de l'acide carbonique et des produits de décomposition azotés.
La science qui s'occupe des animaux, qui étudie leurs phénomènes vitaux, leur forme et les rapports qui les unissent entre eux et au monde extérieur, est la Zoologie.