‹ Traité de zoologieChapitre 53 sur 434 · CLASSIFICATION DE LINNÉ · texte numérisé non relu

CLASSIFICATION DE LINNÉ

laquelle s'éveillait notre science. Dans le siècle suivant, taidis que Harvey découvrait la circulation du sang, Kepler les lois qui président au cours des astres, Newton la gravitation universelle, et ouvrait ainsi à la physique une voie nouvelle, la zoologie entrait dans une de ses périodes les plus fécondes. Swammerdam, à Leyde, disséqua avec une patience admirable le corps des Insectes et des Mollusques, et décrivit les métamorphoses des Grenouilles : Malpighi, à Bologne, et Leeuwenhoek, à Delft, appliquèrent le miscroscope, nouvellement inventé, à l'examen des tissus et des plus petits organismes (Infusoires). Les éléments figurés de la semence furent découverts par un étudiant en médecine, Henri Hamm. L’Italien Redi combattit la génération spontanée des animaux au sein des matières en putréfaction, prouva que les vers de la viande proviennent d'œufs de mouches, et se rangea à la célèbre maxime de Harvey : « Onme vivum ex ovo ». Au dix-huitième siècle, ce fut surtout la connaissance des mœurs des animaux qu'on fit progresser. Des naturalistes comme Réaumur, Rœsel von Rosenhof, de Geer, Bonnet, J. C. Schaeffer, etc., exposèrent les mêtamorphoses et les mœurs des Insectes et des animaux aquatiques indigènes, tandis que des expéditions dans des contrées lointaines amenaient la découverte d'un grand nombre de formes animales. Tant d'observations étendues, tant de zèle à rassembler les productions les plus remarquables, accumulèrent des matériaux en quantité si considérable, que la zoologie courut le risque de tomber

à . dans la confusion, faute d'ordre, de divisions précises, de déterminations arrêtées,

ne

et qu'il était devenu impossible d'en embrasser l’ensemble.

Dans de telles circonstances, l'apparition d'un esprit méthodique, d’un naturaliste classificateur par excellence, tel que Charles Linné (1707-1778), devait avoir une importance capitale pour le développement de la zoologie. Avant lui, il est vrai, Ray et Klein, que l’on considère avec raison comme ses prédécesseurs, avaient bien cherché à fonder leurs tentatives de classification sur une base rationnelle, mais n'avaient point réussi à édifier un ensemble méthodique. John Gray introduisit le premier la notion de l'espèce, et considéra les caractères anatomiques comme la base de la classification. Dans l'ouvrage qu'il publia en 1695, Synopsis der Saügethiere und Reptilien, il adopta la division des animaux d’Aristote, en animaux pourvus de sang et animaux exsangues; dans le premier groupe il posa les bases des quatre premières classes Linnéennes, et divisa les animaux exsangues en animaux de grosse taille (Céphalopodes, Crustacés et Testacés) et en animaux de petite taille (Insectes).

Linné, sans pouvoir se glorifier précisément de recherches très étendues ou de découvertes remarquables, ouvrit une ère nouvelle à la science par le choix judicieux des caractères, par des coupes précises, par l'introduction d’une méthode sûre de classification et de Rouen et peut être à bon droit appelé le réformateur de la zoologie.

En établissant pour les groupes de valeur diverse une série de catégories basées sur les idées d'espèce, de genre, d'ordre et de classe, il put créer un système de division des êtres animés, procédant par gradations nettement déterminées. D'autre part, il introduisit, avec le principe de la nomenclature binaire, une manière aussi sûre que simple de désigner les êtres. Chaque animal reçut deux noms empruntés au latin; le premier exprimait le genre, le second l’es-

pèce, ramenant ainsi la forme en question à un genre et à une espèce déterminés. De la sorte, Linné établit non seulement une délimitation nette et une classification de tout ce qui était connu, mais encore une charpente méthodique dans laquelle les découvertes ultérieures pussent trouver facilement leurs places respectives, et où il serait toujours possible de s'orienter.

L'ouvrage capital de Linné, le Systema naturæ, qui subit de nombreuses modifications dans ses treize éditions, embrasse les trois règnes, minéral, végétal et animal. On ne saurait le comparer exactement qu'à un catalogue détaillé où seraient enregistrés avec méthode, comme les livres d'une bibliothèque bien: ordonnée, tous les produits de la nature avec l'énoncé de leurs caractères les plus remarquables. Chaque espèce, animale ou végétale, reçut, d'après ses propriétés, une place définie, et fut mise dans le groupe du genre avec un nom spécifique. Au nom était jointe une courte diagnose latine, ainsi que les synonymes des auteurs et des renseignements sur les mœurs, l'habitat, la patrie.

De même que Linné créa en botanique un système artificiel fondé sur les caractères tirés de la fleur, de même aussi sa classification des animaux fut tout artificielle, car elle ne reposait point sur la distinction des groupes naturels, mais s’appuyait le plus souvent sur quelques particularités empruntées arbitrairement à la structure interne et externe. Déjà, avant Linné, Ray avait montré avec beaucoup de sagacité le côté faible des divisions d’Aristote, sans toutefois les rejeter absolument. Linné réalisa ces réformes indiquées par le naturaliste anglais, en établissant six classes d'animaux d’après Ja conformation du cœur, l'aspect du sang, le mode de respiration et de reproduction.

1. Mammifères, Mammalia. Sang rouge et chaud. Cœur composé de deux ventricules et deux oreillettes. Vivipares. Linné distingue sept ordres : Primates, -Bruta, Feræ, Glires, Pecora, Belluæ, Cete.

» 2. Oiseaux, Aves. Sang rouge et chaud. Cœur composé de deux oreillèttes et béix ventricules. Déipires. Accipitres, Picæ, Anseres, Grallæ, Gallinæ, Passeres:

3. Amphibiens, Amphibia. Sang rouge et froid. Cœur formé d’une seule oreillette ét d'un ventricule. Respiration pulmonaire. Reptilia (Testudo, Draco,: Lacerta, Rana), Serpentes.

4. Poissons, Pisces. Sang rouge et froid. Cœur composé d’une seule oreillette et d'un ventricule. Respiration branchiale. Apodes, Jugulares, Thoracici,. PERS minales, Branchiostegi, Chondropterygii.

5. Insectes, Insecta. Sang blanc. Cœur simple. Antennes articulées. Coleoptera, Hemiptera, Lepidoptera, Neuroptera, Hymenoptera, Diptera, Aptera.

6. Vers, Vermes. Sang blanc. Cœur simple. Antennes non articulées. Mollusca, Intestina, Testacea, ZoOpRUEE, Infusoria.

L'influence de Linné se fit surtout sentir dans la zoologie descriptive, qui, | grâce à lui, acquit une vue d'ensemble des formes animées et une méthode d'ob- | servation sûre et précise. Le système ne correspondait pas toujours, il est vrai, «| aux affinités naturelles, puisque d'ordinaire quelques caractères extérieurs set "M

Page 1